samedi 25 septembre 2021

Terre d’Argence

Terre d’Argence

… Comme argent. La couleur du dessous des feuilles à deux tons des peupliers, ces arbres endémiques dont les feuillages légers brillent sous la brise et vous disent : Bienvenue en Terre d’Argence. Un minuscule triangle en Provence enrichi de tous ses voisins, la Camargue, la confluence du Rhône et du canal du Rhône à Sète, les rives de l’étang de Berre, les Alpilles. Biodiversité, balades sur terre et sur eaux, bonnes tables, patrimoine, faisons halte dans ce territoire plein de belles surprises.

Terre d’Argence. En son cœur : Beaucaire

Les belles demeures de Beaucaire. ©Judith Lossmann

Au nord d’Arles, une ville aux innombrables richesses dissimulées. Une ville endormie pendant plusieurs décennies par une politique inadaptée à ses trésors. Une ville qui se remet lentement à évoluer et dont il faut encourager le nouveau développement touristique, en oubliant tout ce qui a été dit sur elle. Autrement considérée et protégée, aujourd’hui elle serait assurément à l’égal de L’Isle-sur-la-Sorgue tant son patrimoine, son histoire, ses atouts sont riches. Beaucaire, sans aucun doute, un bon plan immobilier sur lequel parier. Mais c’est un autre sujet, partons en visite…
Avec son gracieux port de plaisance, ses ruelles étroites, ses façades majestueuses, Beaucaire recèle nombre de spots à découvrir, à admirer. Au cœur de ce patrimoine étonnant pour cette petite bourgade perdue entre les grandes alentour : l’Histoire !
D’abord elle fut la ville relais de la voie Domitienne qui reliait l’Italie à l’Espagne. Bien plus tard, Louis XIV, se prit d’affection pour Beaucaire. Il s’y rendit et fit gagner à la ville popularité, population et prestige. De nombreuses traces de son « attachement » persistent, notamment l’Hôtel de ville, parfaitement dans son jus, que l’on appelait « le bureau des privilèges des conservateurs de la Foire ». Un pur joyau !

Du 16ème au 19ème siècle, la Foire de la Madeleine devient le carrefour incontournable du commerce international. On venait de partout pour vendre et acheter.  Elle recevait 100.000 visiteurs et marchands.  Rencontre entre l’Orient et l’Occident, en dix jours, la Foire générait autant de chiffre d’affaires que le port de Marseille en un an. Au 18ème siècle, s’enchaînent les constructions de magnifiques hôtels particuliers. À l’époque, ils servent autant à abriter les riches familles que leur personnel. On cherche des vendeurs, des commis, des porteurs, bref toute une faune à avoir sous la main pour vendre toujours plus et toujours mieux et assurer son train de vie. Proposer à cette main-d’œuvre le gîte et le couvert, permettait de l’appâter à un moment où les « muscles » et le « baratin » étaient très demandés ! La journée terminée, hier comme aujourd’hui, cette faune allait flâner sur les quais très animés, jouer à la pétanque, se balader dans les belles rues redevenues calmes.

Courant 19ème siècle, l’arrivée du chemin de fer crée l’arrêt du commerce fluvial et … marque la fin de la Foire. Les ouvriers restent pour travailler dans les oliveraies, les vignes, les exploitations agricoles, les usines et le creusement du Canal qui permettra d’acheminer les matières premières et le renvoi des produits manufacturés. Puis, après la Seconde guerre Mondiale, ce sera l’heure du « tout camion ».

Beaucaire, ville d’Art & d’Histoire a beaucoup à offrir aux voyageurs curieux. Ses rues de magnifiques hôtels particuliers. Ses façades pleines de gargouilles, d’emblèmes, de chiffres et de détails surprenants. Quelques musées. Sa Forteresse dont la tour polygonale domine la ville de toute sa hauteur. On visite son chemin de ronde et de très beaux jardins aménagés. De là-haut, on a une vue à 180° sur les jolis toits provençaux. Au cœur de la ville, Notre-Dame de Peyragude, l’imposante église collégiale construite en pierre de Beaucaire. Son orgue, classé, avait un mauvais son. Il faudra attendre cent ans pour qu’il soit réparé. L’église a été pillée, il reste peu d’œuvres d’origine à part une représentation de Marie-Madeleine datée du 18ème siècle.

Dans Beaucaire, on trouve beaucoup de marbre rouge venu du Minervois tout proche. Des ferronneries tarasconnaises. Beaucoup de sculptures dont certaines nécessitent les explications d’une guide tant elles sont mystérieuses. Entre cour et jardin, des hôtels particuliers ont été sauvés par les Offices HLM. On voit de surprenants anneaux dans les murs. Ils servaient à bâcher pour protéger les gens et les marchandises du soleil. En pleine foire, l’ancienne rue de la Draperie était entièrement sous-louée par les commerçants à des marchands qui y installaient leur négoce et leur… lit. (Beaucaire lire notre précédent article sur cette destination ici.)

Partons explorer les alentours…

Sauvage et envoûtante abbaye troglodytique de Saint-Roman

L’abbaye troglodytique de Saint Roman. ©Judith Lossmann

Soyons cash… ça grimpe sec pour l’atteindre. Il faut prendre son temps car il est hors de question de renoncer à cette visite. L’Abbaye se mérite. Une fois là-haut, la récompense est belle. Creusé à même la roche, niché dans une garrigue poussée sur un surplomb rocheux, ce monastère fut le refuge des moines ermites. On comprend leur désir de solitude. Ainsi perchés entre terre, cieux et eaux, entourés d’une roche couleur beige rosé, ils étaient – comme nous visiteurs-, dans une sorte de paradis terrestre, bercés par le crissement des cigales, les cris des aigles et autres rapaces en vol stationnaire.
Bon à savoir : en été, un Apéro-Panorama est organisé de nuit avec bougies, buffet de spécialités locales (apéro-box en temps de Covid).

Encore plus loin, au frais sur l’eau

Pour quelques heures, laissons-nous tenter par une balade au fil du Rhône. C’est parti. Avec Florent et son super bateau « L’abeille noire« , vivons une belle expérience sur le Rhône et le canal. À l’approche des rives, on surprend une flore et une faune ivres de liberté. Au centre du large cours d’eau, une construction. On s’approche. Une écluse ! Une très profonde écluse. Celle de Vallabrègues, la dernière avant la mer. 17 mètres de profondeur, mieux vaut être un pilote émérite. Voyez notre vidéo pour vivre l’ouverture des portes après la descente.

On descend de 17 mètres dans l’écluse le Vallebrègues sur le Rhône, la dernière avant la mer. © Judith Lossmann

Et arrive, sur le retour en fin de journée, un magnifique coucher de soleil sur le fleuve. Il est temps d’étaler la nappe Vichy et de sortir les paniers d’osier débordants de victuailles odorantes et goûteuses. Un véritable appel à la gourmandise. Le tout arrosé par des vins locaux, des Costières entre autres. Là, de l’autre côté de la rive, les châteaux de Tarascon et de Beaucaire se font face dans un déchaînements de tours et de créneaux. Qu’il fait bon vivre !

Coucher de soleil sur le Rhône depuis le pont de l’Abeille Noire. ©Judith Lossmann

De la plante au parfum

Lavande pour les huiles essentielles du Mas en Provence.

Les terres d’Argence se prêtent volontiers à la culture biologique des plantes à parfum et de leur transformation en huile essentielle. Un lieu permet à cette magie alchimique de prendre vie : Un mas en Provence. De la visite guidée des plantations au procédé de distillation, tous les sens sont sollicités par cette expérience conduite de main d’expert par le jeune et enthousiaste Gaël Briez, fondateur du lieu et des collections. A la fin de la présentation on sait enfin, comment l’eau se sépare de l’huile, que sont les hydrolats, à quoi servent les unes et les autres. Un atelier découverte de l’aromathérapie, de l’olfactothérapie et une boutique complètent cette visite. Une expérience sensorielle à ne pas manquer !

La route des vins

Terre d’élection, entre Rhône et Costières, la nature a gâté la Terre d’Argence. Soleil, sable, galets, petites déclivités donnent aux vins d’ici leurs personnalités élégantes et fruitées.
Au château Mourgues du Grès, un domaine familial fort bien implanté dans la région, on élève des vins biologiques AOC Costières de Nîmes et IGP Pont du Gard. La visite du domaine se révèle fort intéressante avec sa balade paysagère dans les vignes hautes bordées par la garrigue et les vergers, accompagnée du chien sourd de la famille, de dégustions au cœur du vignoble, le tout, parachevé par un déjeuner dans la cour du château, à l’ombre des parasols géants. Grand moment ! Anne nous parle de ses vins ICI.

Difficile en Terre d’Argence de passer à côté du célèbre Mas des Tourelles, connu pour ses recherches historiques sur le vin. Comment ? Qui ? Avec quoi ? Au fil d’une captivante visite, un voyage en romanité, on apprend comment les Romains ont fait naître la notion de vin. Au départ une recette avec des simples, des herbes, du miel. De l’hydromel. Puis, l’expérience venant, les débuts d’une technique et la mise en œuvre d’un process et d’une notion de qualité. Dans une immense cave, un pressoir à l’ancienne, exhibe ses belles poutres et sa force de près de trois tonnes. Tous les ans, des vendanges sont réalisées avec ce pressoir et un foulage aux pieds ! Se relient entre eux des ateliers animés par nos vignerons archéologues qui content le vin où l’on apprend tout concernant les contenants :  amphore, Gauloise, outre, tonneau ; les méthodes ; la chauffe, le troc. Bien plus tard, la naissance de la bouteille…

La route de l’huile d’olive

Ho fan, c’est la Picholine

Depuis 1924, l’Huilerie Coopérative de Beaucaire, transforme dans son ancien atelier à deux pas du château féodal, les olives locales en huiles de qualité supérieure : AOP huile d’olive de Nîmes, huile d’olive bio ou extra vierge, 100% picholine, – l’olive emblématique de la région – ou huile d’olive fruitée à l’ancienne. Les 40.000 litres annuels produits par la coopérative sont issus des récoltes des 1000 adhérents. Des visites d’oliveraies et des dégustations sont organisées. Renseignements auprès de l’accueil.

Une palette de saveurs…

Manger en Terre d’Argence
À « L’Épicerie » forcément, dans le mythique restaurant de Christine. Une institution installée sur la très jolie placette de la république, dite « place vieille », à côté d’un légendaire dragon. Dans une ambiance sans chichi, on y déguste une cuisine créative composée de produits frais de saison. Les saveurs méditerranéennes sont mises à l’honneur.
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Au Vintage
, un restaurant sur le port de Beaucaire qui offre une belle cuisine traditionnelle aux accents méditerranéens.
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La Halte Nautique à Bellegarde, propose en bord de quai et dans un cadre étonnant, une très belle cuisine de Maître Restaurateur, traditionnelle et inventive. La carte des vins est à la hauteur des plats raffinés servis. Une adresse à tester absolument. Coup de cœur assuré ou je mange mon chapeau !

 

Dormir en Terre d’Argence

Le Mas de l’Ilon

La région souffre d’un manque de structure d’accueil qui oblige à se rabattre sur les chambres et tables d’hôtes. Heureusement ! Cela nous a permis de découvrir le Mas de l’Ilon et ses charmants propriétaires. Un couple aussi aimable que bosseur, prêt à tout pour rendre inoubliable le séjour de ses guests dans la région. Ensemble, ils ont rénové une imposante bâtisse typiquement provençale, dotée de quatre suites confortables et spacieuses, d’une jolie terrasse, d’une piscine, d’un bain à remous et de trois chambres indépendantes supplémentaires au confort plus spartiate mais au calme total.
Leur table de petit-déjeuner et de dîner est à la hauteur de leur implication : riche, généreuse, savoureuse, disponible, chaleureuse. Bref, une table d’épicuriens. Qu’on se le dise, ils fabriquent leur propre huile d’olive avec la récolte des oliviers qui ombrent la terrasse. Le Mas de l’Ilon est un véritable cocon de gentillesse et d’attention. Je l’ai adoré. Faites connaissance avec Claudie ICI et pensez à réserver vite, vite. Je me suis laissée dire que leur calendrier de réservations est full plus d’un an à l’avance. C’est dire !

Une oseraie à Vallebrègues

Le dernier vannier de Vallebrègues. ©Judith Lossmann

En sortant du Mas de l’Ilon, un passage s’impose dans les ruelles du centre jusqu’à la boutique d’un vannier connu du monde entier ! Ce grand professionnel a fait ses classes à l’école Nationale de la vannerie en Haute-Marne. Depuis 28 ans, il fait tout (meuble, caisse, panier, caddie…) sur mesure et envoie sa production à l’International. Ne passez pas à côté. Sa boutique jouxte le Musée de la vannerie. Je prends le pari que vous reconnaitrez des objets de votre enfance !

Les grands formats de Patrice Aguilar.

Notre reportage en terre d’Argence s’arrête là, mais votre voyage, lui, ne fait que commencer. A vous sa beauté magistrale, ses étendues préservées, ses reliefs, ses terres redevenues fertiles et ce ne sont pas les sublimes photographies de Patrice Aguilar « Étang de Berre, une mer en convalescence » qui diront le contraire. Judith Lossmann

 

 

 


INFORMATIONS PRATIQUES


Y ALLER
En avion Nîmes, Montpellier, Marseille-Provence
En train : gare TGV Nîmes, Arles, Avignon puis TER jusqu’à Beaucaire.
En bus : LigneE51 – www.edgard-transport.fr

MAISON DU TOURISME ET DU PATRIMOINE
Office du tourisme : 8, rue Victor Hugo – 30300 Beaucaire – Tél. +33(0)4 66 59 26 57 – www.provence-camargue-tourisme.com

TERRE D’ARGENCE : Communauté de communes Beaucaire Terre d’Argence www.provence-camargue-tourisme.comtourisme@laterredargence.fr

LES ACTIVITES

  • Abbaye de Saint-Roman : Ouvert tous les jours en juillet et août. Hors saison : se renseigner/ Prévoir 15 minutes de marche. Déconseillée aux personnes à mobilité réduite. Pas de toilette sur le site. Pas de CB. Visites guidées individuelles ou groupe. Chemin de Saint-Roman – 30300 Beaucaire – Tél. 07 81 56 44 51 – www.abbaye-saint-roman.com – Apéro-Panorama : 12,50€/pers.
  • BALADE SUR L’ABEILLE NOIRE – Black Bee Boating – Tél.06 52 50 57 63 – Tarif : 35€ par personne.  Groupe 190€. Apéro offert. Possibilité d’un pique-nique avec les produits de l’excellent boucher de Vallabrègues. Sur devis. Toutes les infos sur www.blackbeeboating.com
  • Un mas en Provence – Plantation et distillerie d’huiles essentielles. Mas neuf, avenue du Félibrige – 30127 Bellegarde – Tél. +33(0)4 66 01 09 00 – www.mas-provence.frcontact@mas-provence.fr – Ouvert toute l’année du mardi au samedi. Visite guidée (1h) sur réservation : 4,80€/pers de plus de 18 ans.
  • Château Mourgues du Grès – Anne & François Collard – 1055, chemin des Mourgues du Grès – 30300 Beaucaire – Tél. +33(0)4 66 59 46 10 – Pique-nique vigneron : 30€/pers. Résa : info@mourguesdugres.com – Plus d’infos sur : www.mourguesdugres.com
  • Mas des Tourelles – 4294, route de Saint Gilles – 30300 Beaucaire. Tél. +33(0)4 66 59 19 72 – Résa : contact@tourelles.com – Plus d’infos sur : www.tourelles.com
  • Huilerie coopérative de Beaucaire – 48, rue de la redoute – 30300 Beaucaire – Tél. +33(0)4 66 59 28 00 – www.huileriecoop-beaucaire.com – Catalogue sur demande.

MANGER EN TERRE D’ARGENCE

  • L’épicerie – place de la république – 30300 Beaucaire – Tél. +33(0)7 85 40 38 20 – Menu : 16,50€ – Mieux vaut téléphoner pour réserver.
  • Restaurant Le Vintage – 30, quai du Général de gaulle – 30300 Beaucaire – Tél. +33(0)4 30 67 84 29 – Menu : 15€ – Carte à partir de 11€.
  • Restaurant La Halte nautique – Quai Paul Riquet – Port de plaisance – 30127 Bellegarde – Tél. +33(0)4 66 20 61 69 – Menus : 14,90 € (formule, déj.), 18,90 € – Carte : 55 € – Horaires : 12h-15h, 19h-minuit – Fermeture hebdo. : Lundi, mardi – www.haltenautique.fr – Résa obligatoire, la maison est très courue.

DORMIR EN TERRE D’ARGENCE

  • Le Mas de l’Ilon (gîte, chambres et table d’hôtes). Tenu de mains de maîtres, celle de Claudie et de son mari Jean-Noël, on adore cet îlot de douceur protectrice. 13, chemin de l’Ilon – 30300 Vallabregues – Tél. +33 (0)6 72 78 07 51 – Tarif de 99 à 115€ la nuit – masdelilon@gmail.com – www.chambres-hotes-gites-vallebregues.com
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