mardi 4 août 2026

Jazz à Juan 2026 : À la Pinède Gould, le Sketches of Spain d’Erik Truffaz a rencontré le Paris jazz manouche de Thomas Dutronc

Juan-les-Pins, 18 juillet 2026. Avant-dernière soirée de la 65e édition de Jazz à Juan, et déjà des allures de grand final. Sous les pins de la Pinède Gould, deux visions du jazz se sont répondu le temps d’une nuit : d’un côté, un hommage flamenco à Miles Davis porté par le trompettiste Erik Truffaz ; de l’autre, la nonchalance élégante de Thomas Dutronc, venu swinguer sur les standards qu’il aime. Une soirée dont l’éclectisme a rappelé, une fois de plus, à quel point le langage du jazz peut voyager sans jamais se perdre.

Erik Truffaz et Antonio Lizana, quand Miles Davis traverse les Pyrénées

Premier acte, et changement de décor immédiat : place à l’Espagne, avec une relecture du légendaire Sketches of Spain de Miles Davis. Le concerto d’Aranjuez ouvre le bal — dépouillé, aérien, résolument flamenco — porté par un septet réuni autour d’Erik Truffaz. À ses côtés, le saxophoniste Antonio Lizana et le clarinettiste Renaud Gabriel Pion complètent une section de cuivres et d’anches d’une belle unité, soutenue par Arin Keshishi à la basse, Manuel de la Torre à la batterie, Vincent Thomas aux percussions et Pau Figueres à la guitare flamenca.

Très vite, la danseuse Ana Perez rejoint les musiciens sur scène, costume blanc à franges et talons devenus percussion à part entière — un dialogue frontal entre le jazz et l’âme du flamenco. Entre reprises inspirées de l’album de Miles Davis, comme Will’o the Wisp emprunté à Manuel de Falla ou la mélodie Solea, et compositions originales signées Truffaz et Lizana, le set invente une musique-monde à la fois savante et populaire : cuivres tantôt feutrés, tantôt tonitruants, guitare flamenca distillant un parfum de nostalgie, chant et cante jondo profondément habités. Ce soir-là, on aurait presque pu entendre Miles Davis lui-même glisser que ce n’était pas vraiment du jazz, mais simplement de la musique — la musique qu’il aimait.

Thomas Dutronc, une déclaration d’amour aux standards

Photo de groupe d'Erik Truffaz

Thomas Dutronc , le Dandy du Jazz revisite les standards.

Deuxième acte, et retour à Paris — ou presque. Pour la grande première de son nouveau concept « Jazz & Friends », Thomas Dutronc s’est entouré d’une équipe de complices taillée pour l’occasion : Éric Legnini au piano et au Rhodes, Stéphane Belmondo à la trompette, Rocky Gresset à la guitare, Thomas Bramerie à la contrebasse et Franck Agulhon à la batterie. Une formation resserrée, mais d’une redoutable complicité.

Le concert s’ouvre sur un morceau instrumental, guitare de Dutronc en tête, avant d’aller piocher avec tendresse dans un répertoire qui va de Chet Baker à Michel Legrand — dont Les moulins de mon cœur, popularisé par Françoise Hardy — en passant par Django Reinhardt et une escale parisienne du côté de Jacques Lanzmann, sur cette ville qui s’éveille toujours à cinq heures. Beaucoup de générosité dans les solos, une vraie fluidité dans les arrangements, chaque musicien parfaitement à sa place tout en gardant un espace de liberté qui sied aux mélodies. Le rappel, à l’issue d’un très beau set, aura confirmé ce que la soirée entière semblait démontrer : la richesse infinie et l’universalité du langage musical.

La Pinède Gould, scène de tous les dialogues

Depuis 1960, la Pinède Gould aime réunir, en une seule nuit, des univers qui n’avaient a priori rien pour se croiser. Cette soirée du 18 juillet en aura offert une nouvelle démonstration éclatante : d’un côté l’Espagne du flamenco venue honorer la mémoire de Miles Davis, de l’autre le Paris jazzy et manouche de Thomas Dutronc. Deux façons, radicalement différentes, de faire vivre le jazz aujourd’hui — et une preuve supplémentaire que sous ces pins centenaires, face à la Méditerranée, la musique continue de voyager sans jamais se figer. Jean-Loup Guest.


Jazz à Juan, 65e édition, s’est déroulé du 9 au 19 juillet 2026 à la Pinède Gould, Antibes Juan-les-Pins.

Jazz à Juan 2026 – Samara la Diva, héritière d’Ella, et Marcus la Légende, compagnon de Miles, réunis sur la scène mythique de la Pinède Gould pour une soirée de rêve

Juan-les-Pins, le 17 juillet 2026. Il y a des soirs, à la Pinède Gould, où l’air lui-même semble accordé sur la bonne tonalité. Le 17 juillet en était un. Guichets fermés, 3 350 âmes serrées sous les pins et un programme pensé comme une respiration en deux temps pour célébrer le centenaire de la naissance de Miles Davis : d’abord un souffle neuf, tout en velours et en promesses ; ensuite, une mémoire électrique, portée par ceux qui l’ont vécue de l’intérieur.

Samara Joy, une voix qui fait swinguer les cigales

Elle a 26 ans, déjà six Grammy Awards à son actif — dont celui du meilleur album de jazz vocal en 2026 pour Portrait — et une manière bien à elle d’entrer en scène sans jamais forcer le trait. Samara Joy chante comme on respire : avec une aisance déconcertante, un grain de voix chaud et ce petit vibrato qui semble toujours retenir quelque chose pour mieux le donner l’instant d’après.

Et puis, sous les pins, un miracle discret s’est produit. Les cigales de la Pinède, fidèles au rendez-vous, se sont mises à chanter en canon avec elle — comme si la nature avait décidé d’improviser sa propre partie d’accompagnement. Ce soir-là, sa voix a été comparée à celles de Sarah Vaughan et d’Ella Fitzgerald : deux étoiles que l’on ne convoque jamais pour rien. Le phrasé souple, le sens du silence entre les notes, la façon de laisser une phrase suspendue juste assez longtemps pour donner le frisson : tout, chez elle, respire l’héritage sans jamais sentir la copie.

Marcus Miller, l’électricité d’une mémoire

portrait noir et blanc de Marcus Miller

Marcus Millier : we want Miles…

Puis le rideau change de couleur. Le tempo s’accélère, le grain devient électrique et voilà Marcus Miller qui s’empare de la scène avec We Want Miles!, un hommage pensé pour le centenaire de la naissance de Miles Davis, né le 26 mai 1926. Le bassiste n’en est pas à son coup d’essai à Jazz à Juan — treizième venue, tout de même — et il ne se contente jamais de rejouer un répertoire : il en fut l’un des architectes, directeur musical de Miles de 1980 à 1985 et artisan du son électrique qui a fait basculer la carrière du trompettiste vers Tutu et les grandes fresques fusion.

Autour de lui, ce ne sont pas des remplaçants, mais des voix qui ont véritablement traversé cette histoire avec Miles : Bill Evans au saxophone, Mino Cinelu aux percussions et Mike Stern à la guitare, complices historiques de l’aventure We Want Miles. À la trompette, Sean Jones reprend le flambeau, chargé d’un rôle presque impossible : faire revivre un son que personne d’autre n’a jamais tout à fait su reproduire.

Et c’est là que la Pinède a offert l’un de ces instants suspendus qui n’appartiennent qu’aux concerts en plein air : aux premières notes électriques de Miller, les cigales — intarissables depuis le début de la soirée — se sont tues d’un coup. Comme si la nature elle-même retenait son souffle pour écouter. Un frisson de silence, aussitôt rempli par le groove, qui en dit long sur la place que Marcus Miller occupe aujourd’hui dans le jazz : celle, tout simplement, d’une évidence.

La Pinède Gould, une scène qui a du son dans les veines

Depuis 1960, la Pinède Gould ne se contente pas d’accueillir des concerts : elle les fait respirer autrement. Les pins parasols encadrent la scène comme des rideaux naturels, la nuit tombe lentement sur la baie et la Méditerranée, invisible, impose sa présence en toile de fond. Miles Davis, Ella Fitzgerald et Sidney Bechet y ont tous laissé une trace. Cette soirée du 17 juillet, en réunissant, en une seule nuit, une voix qui invente l’avenir du chant jazz et des musiciens qui en portent la mémoire vivante, aura rappelé une chose simple : ici, la musique ne se contente jamais d’être écoutée. Elle se vit, elle se respire et, parfois même, elle fait taire les cigales. Jean-Loup Guest.

 


La 65e édition de Jazz à Juan s’est déroulée du 9 au 19 juillet 2026 à la Pinède Gould, à Antibes Juan-les-Pins.

Jazz à Juan 2026 : Une nuit de soul sous les pins : Seal et Mica Millar embrasent Jazz à Juan

Il y a des soirs où l’air lui-même semble retenir son souffle. Le 13 juillet, sous les pins parasols de la Pinède Gould, à Juan-les-Pins, ce fut exactement cela : une chaleur écrasante de 30 degrés, un concert de cigales en guise de prélude et des milliers d’éventails s’agitant dans la pénombre dorée du crépuscule. La 65e édition de Jazz à Juan, complète depuis des semaines, s’apprêtait à vivre l’une de ses soirées les plus attendues, portée par un souffle de nostalgie et de soul qui allait traverser toute la Pinède jusqu’au bout de la nuit.

Mica Millar, l’émotion à vif

Portrait en gros plan du visage de Mica.

Une voix soul intimiste.

À 20 h 30 précises, la scène s’illumine et Mica Millar fait son entrée sous une ovation déjà brûlante. La chanteuse britannique, compositrice et productrice farouchement indépendante, n’a rien d’une débutante intimidée : depuis son premier album, Heaven Knows, sorti en 2022, elle s’est imposée comme l’une des voix soul les plus captivantes du Royaume-Uni.

Ce soir-là, elle présente son tout nouvel opus, A Little Bit of Me, sorti le 5 juin 2026 et enregistré en Provence — un disque plus intime, plus spirituel, né de six années de doutes, de combats et de reconstruction personnelle. Face à la mer qui scintille en arrière-plan, elle offre une heure de concert impeccable, mêlant soul et R&B avec une puissance vocale rare qui enveloppe littéralement la Pinède. Complice d’un public déjà conquis, elle multiplie les échanges avec la foule, l’invitant à chanter avec elle — un moment suspendu, presque hors du temps. Sa voix, empreinte d’une émotion et d’une sincérité rares, confirme pourquoi elle s’impose aujourd’hui comme l’une des révélations les plus marquantes de la scène soul britannique.

Seal, la légende qui n’avait jamais joué à Juan

À 22 heures, changement d’ambiance. Seal fait ses débuts sur cette scène mythique — un comble pour un artiste qui a vendu plus de 30 millions d’albums, cumulé plus d’un milliard de streams et raflé quatre Grammy Awards, trois Brit Awards et un MTV VMA au fil de sa carrière. L’homme à la voix inimitable, celle de « Kiss from a Rose », de « Crazy » et de « Killer », déploie un répertoire qui a marqué des générations entières de pop, de R&B et de dance.

Sous les étoiles, dans cette Pinède qui a vu défiler les plus grands noms du jazz depuis 1960 — de Miles Davis à Ella Fitzgerald —, Seal livre une prestation habitée, à la croisée de la nostalgie et de la magie pure. Il déroule les titres qui ont construit sa légende, de « Killer » à « Crazy », en passant par l’incontournable « Kiss from a Rose », dans une setlist pensée comme un voyage à travers toute sa carrière. Le public, venu nombreux, vit ce concert comme une soirée historique pour le festival — une évidence, tant cette rencontre entre l’artiste et la Pinède semblait, malgré cette grande première, aller de soi.

Une soirée hors du temps

Entre la ferveur intimiste de Mica Millar et la communion électrique autour de Seal, cette soirée du 13 juillet restera comme l’un des sommets émotionnels de l’édition 2026 de Jazz à Juan — le plus ancien festival de jazz d’Europe, qui se poursuit jusqu’au 19 juillet à Antibes Juan-les-Pins, entre légendes confirmées — Tom Jones, Marcus Miller, Goran Bregović — et nouvelle génération de talents.

Sous les pins de la Pinède Gould, avec la mer en toile de fond et les cigales pour seule bande-son avant que la musique ne prenne le relais, Jazz à Juan a une fois de plus prouvé pourquoi il reste, plus de six décennies après sa création, un rendez-vous que les amoureux de musique ne manqueraient pour rien au monde. Jean-Loup Guest.

Jazz à Juan 2026 – Sous les pins de la Pinède Gould, l’Orient mystique de Dhafer Youssef percute les brumes électriques de Morcheeba

Juan-les-Pins, le 11 juillet 2026. Il y a des soirées à Jazz à Juan qui claquent comme un programme parfait. Celle du 11 juillet en fait partie. Deux artistes. Deux continents. Deux langages sonores lancés l’un contre l’autre sous les pins centenaires de la Pinède Gould. Le choc s’annonçait frontal, et c’est bien ce qui rendait cette deuxième grande soirée de la 65e édition si excitante sur le papier.

Dhafer Youssef, ou l’art de faire de l’oud une prière

Un homme arba joue de l'Oud, asssis sur le sol devant une peinture colorée.

Dhafer Yousseg,le maître de l’OUd.

Ouverture de feu : le maître tunisien de l’oud et chanteur Dhafer Youssef débarque avec Shiraz, son dernier album — le plus intime, sans doute, de toute sa carrière. Un disque écrit pour son épouse, la cinéaste Shiraz Fradi, où l’amour et la gratitude se mêlent à des zones d’ombre assumées. Rien de sage là-dedans : de la matière brute, transformée en musique.

L’histoire de l’homme vaut le détour. Né à Téboulba, dans une famille de pêcheurs où l’on est muezzin de père en fils, Dhafer Youssef chante depuis l’âge de cinq ans. Direction Vienne à la fin des années 1980, puis une révélation au club de jazz Porgy & Bess, qui va tout changer : greffer le jazz contemporain sur les traditions soufies et le lyrisme arabe, sans jamais trahir l’un au profit de l’autre. Résultat : des collaborations avec Herbie Hancock ou Marcus Miller et une place à part dans le paysage du world jazz — une voix que l’on reconnaît en trois notes.

Sur scène, pour Shiraz, il n’était pas seul : piano, trompette, basse, batterie, guitare invitée… Tout un attirail pensé pour transformer le concert en voyage intérieur. Transe soufie, embardées jazz, confidences amoureuses : pendant une heure, la Pinède a dû quitter la Méditerranée pour dériver ailleurs.

Pour se faire une idée plus précise de ce que cela donnait vraiment sur scène, le lendemain, le 12 juillet, Dhafer Youssef rejouait cette même tournée, « Shiraz », au Festival international de Hammamet, avec Daniel Garcia Diego au piano, Mario Rom à la trompette, Swaéli Mbappé à la basse électrique, Tao Ehrlich à la batterie et Nguyên Lê à la guitare. Au menu : « Eyeblink and Eternity », « Rose Fragrance », « The Epistle of Love », « Zakir Bhai Eternal Longing ». Les échos de cette date tunisienne parlent d’une soirée qui bascule dans le mystique, portée par une communion presque hypnotique avec le public. Le programme exact de la Pinède reste à confirmer, mais cette étape de la tournée donne un excellent aperçu de l’atmosphère qui devait y régner.

Morcheeba, trente ans de trip-hop en apesanteur

Changement de décor brutal. Place à l’électronique organique de Morcheeba, portée par la voix suave de Skye Edwards et la patte de Ross Godfrey. Leur histoire mérite d’être racontée : une rencontre de hasard à Londres, il y a trente ans. Ross, dix-huit ans, multi-instrumentiste du Kent, invite chez lui une jeune chanteuse d’East London dont on lui a vanté le talent. Elle arrive avec sa guitare et chante un morceau. Le courant passe immédiatement. Morcheeba vient de naître, sans le savoir.

Onze albums et plus de dix millions de disques plus tard, le groupe débarque à la Pinède pour défendre Escape the Chaos, son petit dernier — enregistré en groupe, à l’ancienne, entouré de proches et d’invités. Un disque tiraillé, comme souvent chez eux, entre soin électronique et pulsion instrumentale brute. La douceur ne mange jamais la gravité, et inversement.

Pas de setlist confirmée pour la Pinède, mais les autres dates de la tournée « Escape the Chaos » donnent une bonne indication : un cocktail de classiques increvables — « Trigger Hippie », « The Sea », « Rome Wasn’t Built in a Day », « Blood Like Lemonade » — et de titres frais du nouvel album — « Call for Love », « We Live and Die », « Never an Easy Way » —, pour environ une heure trente de concert. Sur cette tournée, les retours de spectateurs décrivent systématiquement la même chose : une salle debout qui chante et se balance d’une seule voix, portée par une Skye Edwards toujours aussi magnétique sur scène.

La Pinède Gould, écrin d’émotions depuis 1960

Impossible de raconter cette soirée sans s’arrêter sur le lieu qui la rend possible. Créée en 1960 en hommage à Sidney Bechet, la Pinède Gould n’a besoin de presque aucun artifice : les pins parasols encadrent la scène, la nuit tombe sur la baie, la mer reste invisible, mais on la sent partout. Miles Davis, Ella Fitzgerald, Ray Charles et Nina Simone y sont tous passés. Soixante-cinq ans plus tard, la magie du lieu opère toujours — ici, la musique ne se contente pas de se faire entendre : elle prend possession de l’espace.

Entre le recueillement habité de Dhafer Youssef et la nonchalance électrique de Morcheeba, cette soirée du 11 juillet a de nouveau prouvé ce qui fait l’ADN du festival : réussir à faire cohabiter, en une seule nuit et sous les mêmes pins, des univers qui n’avaient rien pour se croiser — à part l’émotion qu’ils déclenchent, chacun à sa façon, chez un public venu de toute l’Europe pour cela. Jean-Loup Guest.


La 65e édition de Jazz à Juan s’est déroulée du 9 au 19 juillet 2026 à la Pinède Gould, à Antibes Juan-les-Pins.

Jazz à Juan – 9 juillet 2026 : soirée d’ouverture

Jazz à Juan : la soirée d’ouverture du 9 juillet, entre jazz, soul et crooner de légende

Hier soir, jeudi 9 juillet, la 65ᵉ édition du plus ancien festival de jazz en plein air d’Europe a levé le rideau à la Pinède Gould. Le ciel passait du rose au bleu nuit au-dessus de la Méditerranée et, sous les pins centenaires, deux générations issues de la musique noire américaine se sont donné rendez-vous pour une soirée d’ouverture qui ne ressemblait à aucune autre.

José James et China Moses : Marvin Gaye revisité, à fleur de peau

Torse tatoué entrevu sous un costume de lin, mèche argentée et sourire qui semble ne jamais s’éteindre : José James arrive sur scène avec l’allure décontractée de celui qui n’a jamais rien à prouver. Accompagné d’un quartet sur mesure — piano, basse, batterie, guitare —, il a rejoint China Moses pour une carte blanche pensée en l’honneur des cinquante ans d’I Want You, l’album culte le plus charnel de Marvin Gaye.

Le pari : ne pas se contenter de rejouer les morceaux, mais les laisser infuser, se déformer et se répondre entre les deux voix. James, la voix feutrée et le groove hip-hop dans le sang, laissait la part belle aux silences ; China Moses, fille de Dee Dee Bridgewater et habituée des tessitures graves et habitées, apportait la brûlure. Entre les deux, quelque chose comme une conversation intime — plus proche d’un tête-à-tête que d’un hommage classique. Le sommet de la soirée est d’ailleurs venu d’un morceau extérieur à l’album célébré : une magnifique version de What’s Going On, que Marvin Gaye lui-même n’aurait pas reniée, portée par les deux voix en parfaite communion.

Portrait de tom jones

Tom Jones… l’éternel jeune crooner, séduisant et irrésistible. Crédit : © Jazz à Juan – Fred Laures

Tom Jones : un crooner qui défie le temps

S’il existe un artiste qui semble s’être arrangé avec les lois de la physique, c’est bien Tom Jones. Pour son entrée en scène, l’homme est installé sur un haut tabouret. Mais, du haut de ses 86 ans, il ne semble avoir besoin d’aucun ménagement une fois le micro en main.

Le ton était donné dès le premier morceau : un I’m Growing Old livré en piano-voix, dans lequel le Gallois assume frontalement son âge plutôt que de le fuir. La suite a confirmé cette étrange sérénité face au temps qui passe, entre reprises de Leonard Cohen et de Bob Dylan, côté mélancolie, et incursions plus enlevées du côté de What’s New Pussycat? ou d’une version bluesy de Sex Bomb. Entre deux morceaux, l’artiste a égrené ses souvenirs — ses débuts en studio à la fin de l’année 1964, ses premiers concerts sur la Côte d’Azur — avant de rendre hommage, à sa manière, à quelques-uns des auteurs qui ont jalonné sa route : Cat Stevens, Bob Dylan, Randy Newman, Prince.

Au rappel, fidèle à son goût pour l’anecdote, il a donné au public le score du match France-Maroc, avant de conclure sur Johnny B. Goode — un ultime clin d’œil à Chuck Berry, celui qu’Elvis Presley considérait comme le véritable roi du rock’n’roll.

Une entrée en matière fidèle à l’esprit du festival

Cette double affiche résume assez bien ce qui fait la singularité de Jazz à Juan depuis 1960 : faire cohabiter, au cours d’une même soirée, l’hommage rendu avec ferveur à un géant disparu et la présence, bien vivante, d’une icône qui continue d’écrire son histoire. La suite du festival, jusqu’au 19 juillet, proposera une programmation différente chaque soir, avec notamment Seal, l’hommage de Marcus Miller à Miles Davis, à l’occasion du centenaire de sa naissance, et la jeune Samara Joy.

Una Roberta a Parigi : un spectacle entre deux cultures pour célébrer les 70 ans du jumelage Paris-Rome

À l’occasion des 70 ans du jumelage entre Paris et Rome, la capitale française célèbre plus que jamais l’amitié franco-italienne à travers des événements culturels vibrants. Nous avons été séduits par Una Roberta a Parigi, un spectacle aussi drôle que touchant, qui devient le symbole d’un dialogue artistique et humain entre deux pays que tout rapproche.

Depuis 1956, Paris et Rome cultivent un lien unique, mêlant patrimoine, création et art de vivre. Cet anniversaire marque une nouvelle étape dans cette relation forte, avec des événements qui incarnent cette proximité culturelle. Roberta a Parigi s’inscrit pleinement dans cette dynamique, avec une édition spéciale inspirée de ce jumelage historique.

Sur scène, l’humoriste italienne Roberta Cecchin livre un récit autobiographique aussi savoureux qu’universel. Elle raconte son arrivée à Paris, sans parler français, confrontée aux différences de langue, de cuisine et de coutumes. Entre quiproquos, clichés et vérités tendres, elle explore avec humour les subtilités de ces deux cultures voisines mais parfois étonnamment méconnues.

Le spectacle devient alors un véritable voyage interculturel, où se rencontrent le raffinement parisien et la spontanéité italienne. On y parle d’apéros, de drague, de gastronomie, de vocabulaire… mais aussi de cette fameuse rivalité bon enfant qui persiste entre les deux nations. Une immersion pleine d’énergie dans la Dolce Vita, sans quitter Paris.

Cette expérience théâtrale agit comme une invitation au voyage. Car au-delà du rire, elle rappelle combien l’Italie reste une destination incontournable pour les amoureux de culture et d’émotions. De Rome à Florence, de Milan à Naples, chaque ville incarne une facette différente de cet art de vivre si singulier : élégance, convivialité, gastronomie et beauté des paysages.

Dans ce contexte anniversaire, voyager en Italie prend une dimension encore plus symbolique. C’est prolonger cette rencontre entre deux cultures, ressentir ce lien profond qui unit Paris et Rome depuis des décennies. Flâner dans les ruelles romaines, savourer une pasta en terrasse ou admirer un coucher de soleil sur la Méditerranée devient alors une continuité naturelle de cette expérience artistique.

Présenté au Grand Point Virgule à Paris, le spectacle se joue les 9 avril et 3 juin 2026, dans une version enrichie spécialement pensée pour célébrer ce jumelage. Une occasion rare de découvrir une création à la fois drôle, intelligente et profondément humaine.

Avec Una Roberta a Parigi, La Vie est Belle Voyages célèbre une Europe vivante et inspirante, où le voyage commence parfois… sur une scène de théâtre. Et donne irrésistiblement envie de prendre un billet pour l’Italie !

https://www.paris.fr/evenements/una-roberta-a-parigi-edition-special-jumelage-paris-rome-106854

Wonderful World : quand Broadway affronte le monde d’aujourd’hui

Comment continuer à rêver quand l’air du temps s’assombrit ? Avec Wonderful World, Laetitia Ayrès relève le défi en mêlant humour, swing et lucidité. Son nouveau stand-up musical, porté par un trio complice (voix, piano, violoncelle-contrebasse), revisite les grands classiques de Hollywood et de Broadway à l’aune de nos contradictions contemporaines : éco-anxiété, féminisme, fragilité du spectacle vivant, injonction au bonheur permanent. Un spectacle vif, tendre et résolument ancré dans notre époque.

Formée au chant lyrique et nourrie depuis toujours par les comédies musicales, Laetitia Ayrès s’empare de titres cultes, de Cabaret à My Fair Lady en passant par Michel Legrand, pour les détourner avec un sens aigu de l’observation. Chanter New York, New York tout en pensant à son bilan carbone, rêver alors que « tous les voyants sont au rouge » : les paradoxes prennent ici des allures de numéros irrésistibles. Grâce aux arrangements élégants d’Orane Donnadieu ou de Jeyran Ghiaee au piano, et au jeu sensible de Maëlise Parisot au violoncelle-contrebasse, chaque morceau devient un petit théâtre d’émotions.

Entre concert et stand-up, Wonderful World interroge sans alourdir, amuse sans cynisme, et touche par sa sincérité. Laetitia Ayrès y incarne une génération ballotée entre héritage enchanté et réalité déconcertante. Mais, fidèle à l’esprit des comédies musicales, elle choisit la lumière : ici, même à l’heure de Don’t Look Up, « ça se finit bien ».

Créé au Sunsid, le spectacle s’installe au Studio Hébertot, où l’on ressort léger, le cœur battant au rythme des refrains mythiques. Une invitation à réenchanter le quotidien, une paillette pour éclairer la saison !

Wonderful World – Studio Hébertot (Paris 17e)
Tous les lundis et mercredis à 21h
Du 19 novembre 2025 au 28 janvier 2026

https://studiohebertot.com

Steinway & Sons : l’art du piano réinventé, entre ombre et lumière

Dans les ateliers de Hambourg, là où chaque piano est façonné à la main comme une œuvre d’art, Steinway & Sons dévoile deux créations d’exception : Ultra Black et Ultra White. Deux éditions limitées, deux visions du monde, un seul souffle — celui du son absolu.

Hambourg, octobre 2025

Depuis plus d’un siècle et demi, le nom Steinway & Sons résonne comme une note suspendue entre ciel et terre. C’est l’écho d’un savoir-faire rare, né des mains d’artisans qui ont su apprivoiser le bois, le métal et le silence. Fondée en 1853 par Henry E. Steinway à New York, la maison a façonné le son de générations entières de musiciens, des salons feutrés du XIXᵉ siècle aux scènes éclatantes du monde contemporain.
Aujourd’hui, Steinway réinvente son propre langage en dévoilant deux créations d’exception : Ultra Black et Ultra White, deux pianos en édition limitée qui traduisent, chacun à leur manière, la rencontre entre la tradition et la modernité, l’ombre et la lumière. Et aujourd’hui, la légende s’offre une mue : Ultra Black et Ultra White, deux pianos comme deux respirations — l’une d’ombre, l’autre de lumière.
Fabriqués dans les légendaires ateliers de Hambourg, ces instruments d’art ne seront que 52 dans le monde, 26 pour chaque teinte, répartis entre les emblématiques modèles B et D. Deux essences opposées, deux gestes de design d’une précision presque spirituelle.
« Ces pianos incarnent la capacité de Steinway à honorer son héritage tout en explorant de nouvelles expressions du design », confie Guido Zimmermann, président de Steinway & Sons Europe. « Ce sont des instruments d’exception, mais aussi des œuvres d’art destinées à ceux qui célèbrent la beauté, la précision et la singularité. »

Sublime piano noir création de Steinway

Sublime piano noir, une création de Steinway en très peu d’exemplaires pour le monde entier.

Ultra Black : l’élégance du mystère

Ultra Black impose son souffle comme une nuit sans lune. Son noir profond, infini, absorbe la lumière sans la renvoyer, tel un secret. La ceinture Jet Black, les finitions métalliques en PVD noir, le clavier entièrement noir : tout concourt à une unité hypnotique.
Chaque détail est une intention, chaque nuance une respiration. La table d’harmonie, la plaque en fonte teintée Liquid Black Yellow, la signature gravée du logo Steinway : tout ici célèbre la densité du silence et la puissance contenue.

Ultra White : la clarté comme promesse

À l’autre extrémité du spectre, Ultra White respire la clarté et la lumière. D’un blanc satiné, presque diaphane, il évoque la page avant la musique, l’instant suspendu avant le premier accord. Sa ceinture en Pure White, sa plaque en fonte brillante et ses détails chromés forment un ensemble d’une grâce subtile.
On dirait un piano né d’un rêve de neige, une présence immobile et pourtant vibrante, dessinée pour les espaces où l’air lui-même devient son.

La musique réinventée : SPIRIO

Sous leur apparente perfection se cache une révolution invisible : SPIRIO | r, le système de reproduction haute définition signé Steinway.
Grâce à cette technologie, le piano devient un être vivant : il rejoue la musique avec la précision du souffle, le frémissement des marteaux, la pulsation des pédales. Avec SPIRIOCAST, deux Steinway à l’autre bout du monde peuvent partager une même émotion — comme si le pianiste était là, dans la pièce, à portée d’âme.

Quand Steinway rencontre Bentley : le raffinement en miroir

Pour célébrer ces deux créations, Steinway & Sons s’est allié à Bentley Motors. La maison britannique a présenté une Flying Spur Speed Arctic White au placage Piano Black : un dialogue entre deux icônes, deux traditions du luxe et de la précision.
Le bois, le cuir et le métal se répondent, comme deux langages qui se comprennent sans mots — celui du geste parfait, du temps maîtrisé, de la beauté qui ne cherche plus à plaire mais à durer.

Un héritage vivant

Depuis le premier atelier de Manhattan jusqu’aux manufactures d’aujourd’hui, chaque Steinway est une promesse tenue. Douze mille pièces, une année de travail, et la certitude que la musique peut être un acte d’amour.
De Rachmaninov à Lang Lang, d’Horowitz à Diana Krall, tous ont trouvé dans le Steinway un prolongement de leur âme.
Avec Ultra Black et Ultra White, la maison poursuit cette lignée. Ces pianos ne sont pas seulement des instruments : ce sont des présences. Des fragments d’éternité destinés à ceux qui voient dans un son le reflet d’un monde intérieur.

Avec Ultra Black et Ultra White, la maison ne se contente pas d’ajouter un chapitre à son histoire — elle la réinvente. Deux pianos, 52 exemplaires dans le monde, et la même émotion : celle d’une beauté qui ne vieillit pas.

Avec Roberta, la vie est belle… c’est bien évidemment la Dolce Vita !

Une tornade italienne à l’accent chantant

Venue de Mantoue, Roberta Cecchin a débarqué à Paris sans parler un mot de français. Dix ans plus tard, elle fait rire la France entière avec son one-woman-show Una Roberta débarque à…, décliné dans chaque ville où elle se produit. Dans ce spectacle haut en couleurs, elle raconte avec humour les chocs culturels entre France et Italie : la cuisine, la drague, le langage ou les fameux débats sur le foot… Rien n’échappe à son œil malicieux et à son autodérision typiquement transalpine.

Entre raffinement français et Dolce Vita italienne

Sur scène, Roberta jongle entre deux cultures qu’elle aime passionnément. De la retenue française au tempérament volcanique italien, elle peint un tableau drôle et tendre de nos différences, où chaque anecdote devient un pont entre les peuples. Son accent savoureux, sa gestuelle expressive et son franc-parler séduisent un public conquis, de Paris à Milan, de Genève à Tunis. Plus de 130 représentations, dont 80 % à guichets fermés, ont déjà couronné cette artiste solaire devenue l’ambassadrice officieuse de la Dolce Vita en France.

La plus italienne des Parisiennes

Première humoriste italienne à se produire en français, Roberta est aussi la fondatrice du Divina Comedy Show, premier plateau d’humour en italien de France. Elle partage la scène avec de grands noms comme Alexandre Kominek ou Michela Giraud, et séduit par son naturel désarmant. Véritable passerelle entre deux pays cousins, elle célèbre à sa manière le goût du partage, du rire et de la vie belle — forcément à l’italienne.


Infos pratiques

La prochaine date :

Una Roberta débarque à Lyon – Mercredi 8 octobre 2025 à 20h30

Théâtre à l’Ouest, Décines

Durée : 1h10 env.

Billetterie sur www.unarobertaaparigi.fr

Instagram : @una_roberta_a_parigi

Jardins du Temps : quand la mémoire se peint à Vernon

Du 20 septembre au 19 novembre 2025, le Pavillon des Jouets de Vernon accueille une exposition exceptionnelle : Jardins du Temps, signée de l’artiste peintre chinoise Gulistan. Dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine et des Journées Nationales des Artistes, ce rendez-vous gratuit invite le public à découvrir une œuvre rare, où se mêlent poésie, mémoire et dialogue culturel.

Formée en Chine et en Australie, Gulistan vit et enseigne aujourd’hui à Pékin. Sa peinture explore le temps, la mémoire et la lumière avec une sensibilité méditative qui la distingue sur la scène contemporaine. Loin des effets de mode, ses toiles évoquent l’intime, l’absence, la trace, suspendues entre Orient et Occident. Elle a déjà exposé à Paris, Florence, Shanghai ou encore Dubaï, et figure dans des collections prestigieuses, publiques comme privées.

Au Pavillon des Jouets – ancien bâtiment industriel sauvé des bombardements et transformé en lieu de création par l’artiste Gao Bo – ses œuvres trouvent un écrin singulier. Entre passé et présent, elles résonnent avec l’histoire du lieu et offrent au visiteur une expérience sensorielle hors du temps. Chaque toile devient ainsi un pont, reliant la sérénité orientale aux élans romantiques occidentaux.

Avec Jardins du Temps, Vernon s’inscrit au cœur d’un dialogue artistique international, où la mémoire se fait matière vivante et la peinture langage universel. Une invitation à contempler la beauté fragile des choses et à laisser le temps, le rêve et le silence guider le regard.


AFFICHE JARDINS DU TEMPS

Jardins du Temps, exposition, Vernon.

Infos pratiques :
Pavillon des Jouets – 134, route de Giverny, 27200 Vernon
Du 20 septembre au 19 novembre 2025
Ouvert les samedis de 14h à 18h
Entrée libre et gratuite

https://www.pavillon-des-arts.com/