mardi 4 août 2026

VOYAGE AU POLE SUD, un film de Luc Jacquet

C’est notre mission de journaliste de vous donner envie d’aller voir un film ou pas. Et pour réussir cette mission, il y aura autant d’approches que de journalistes qui écriront leur ressenti au travers de leurs filtres. Culturels, émotionnels, éducatifs, artistiques, narratifs, critiques bien sûr. Depuis toutes ces années, je n’ai jamais considéré que pour bien faire mon boulot, il me fallait démonter un film, le passer à la moulinette des comparaisons, l’assimiler à l’univers d’un tel ou d’une telle. Je ne crois qu’il faille le relier à un courant de pensées, à des référents. Quand bien même, parfois, il est juste de citer des origines communes et des combats singuliers mais partagés, j’ai toujours aimé penser qu’un auteur de film, – au même titre qu’un auteur de livres,- narrait une histoire profondément enfouie dans sa mémoire cellulaire à laquelle il avait un besoin irrépressible de donner une vie propre, au risque de ne pas être compris. Et, que je sache, plusieurs humains peuvent partager des inspirations et des destins communs tout en choisissant de la raconter chacun à leur manière. Je ne sais pas très bien pourquoi j’ai écrit ces mots qui précèdent. Sans doute, parce que j’ai peur des gens qui vont quitter la salle (des journalistes l’ont fait pendant la projection), je crains que toute cette poésie soit trop lourde à porter dans un monde qui fait mal tous les jours à tous les êtres, j’ai peur qu’il soit incompris ou mal compris dans toutes ses dimensions.

Voyage au Pôle Sud, Luc Jacquet et ses manchots.

Dans ce film, Voyage au pôle Sud, Luc Jacquet est narrateur, présentateur, personnage principal. Je ne vais pas abuser du suspens insoutenable. On le voit, on voit des manchots, on voit de la neige, de la glace, des bateaux, des troncs d’arbres calcinés et le Pôle Sud.

C’est tout.

Et dans ce tout, il y a tout !

L’aventure, l’amour, la mort, le froid glacial, les icebergs, la fonte des glaces, la petitesse de l’homme, la minusculinité des animaux, la quasi absence de végétation.

Il y a tout. Tout d’un monde d’une beauté en noir et blanc. Certes un choix de réalisateur, mais en réalité aucune couleur n’aurait été justifiable face à l’immensité blanche du Pôle Sud, ponctuée du gilet des manchots.

Il y a tout. Tout ce qui fait l’Homme dans ces aventures au pôle. Tout ce qui défait l’homme qui casse, crache, détruit, abîme comme aucune tempête, aucun ouragan, aucune horde animale ne le fera jamais.

Voyage au Pôle Sud un film de Luc Jacquet

Ce film, son narratif, ses pauses, ses visions, son inconditionnel amour pour les terres australes sont une ode à la beauté de notre planète. Avec ce film on pénètre dans une galerie d’art tout en longueur où chaque photo se lit indépendamment l’une de l’autre ; où chaque photo manifeste son incroyable esthétisme tout en restant intimement unie à toutes les autres. Et cette immense galerie se poursuit sur 4920 secondes pour aboutir à 123,000 photos qui, collée l’une à l’autre créent l’un des films les plus purs et les plus magnétiques qui soit.

Entre road-movie et quête d’absolu, Voyage au pôle Sud fait le récit d’une vie d’homme passionné par ces contrées, par la rudesse des climats et la résistance de la vie. Cette scène de bébés manchots en pleine tornade de glace fait réfléchir à nos conditions de vie si aisées. Dans ces éléments parfois déchaînés, parfois calmes, on admirera le doux regard du phoque de Weddell, le vol planant du condor des Andes et des albatros, les démarches éthyliques des manchots, on entendra le cri rauque de la baleine bleue, on se réjouira de la présence quasi impossible d’un bébé léopard de mer. Et reste en suspension dans l’air, jamais posée et pourtant tellement omniprésente, reste la question ? Jusqu’à quand ?

Voyage au Pôle Sud un film de Luc Jacquet

Il y a urgence à voir ce film. Seul, seule, en famille, entre amis, vieilles personnes et jeunes gens – surtout jeunes gens —. À certains, dont moi, il rappellera la chance que j’ai eue de naître suffisamment tôt dans ce monde pour avoir cru que l’Arctique et l’Antarctique existeraient toujours (doux rêve). Aux jeunes gens et jeunes femmes, il confirmera la fragilité de toute vie et je l’espère, leur donnera envie de mettre les mains dans la neige et la glace pour que leurs enfants puissent, eux aussi, un jour aller filmer ces paysages. (doux rêve !?) Judith Lossmann


INFORMATIONS PRATIQUES

LA VIE EST BELLE VOYAGES

VOYAGE AU POLE SUD

Voyage au Pôle Sud de Luc Jaquet – Sortie le 20 décembre 2023.

PS : Je n’étais pas allée voir La marche de l’Empereur tant j’avais peur de voir des animaux morts. Je ne voulais pas les voir morts. Seulement vivants. Si vous partagez cette crainte vous pouvez aller voir Voyage au Pôle Sud.

PS : ce film devrait être inscrit dans les programmes de toutes les écoles, de toutes les années.

Confinement : France Télévisions renforce son programme culturel !

Dans le contexte de confinement, France Télévisions se mobilise et transforme ses programmes de fin de semaine pour permettre aux Français de se divertir et de se cultiver.
Dès le 30 Octobre, et tout au long du mois de Novembre, France Télévisions offrira une programmation culturelle d’une ampleur inédite et diversifiée afin de mettre en valeur la création française.

Tous les vendredis soirs : un spectacle vivant
Dès le 30/10 avec « Tailleurs pour Dames » de Georges Feydeau, le cycle « Au spectacle chez soi » sur France 5 donnera accès à un spectacle vivant toutes les semaines. Alors que les salles de spectacles sont fermées partout en France, France Télévisions ouvre la plus grande salle de spectacle de France à tous les arts. Le théâtre, l’opéra et les spectacles d’humour seront à l’honneur sur les antennes du service public.

Le samedi après-midi : place aux documentaires et à la connaissance
A partir du 7/11 à 15h, France 2 bouscule sa programmation habituelle afin de proposer une offre riche de documentaires autour de trois axes principaux : des documentaires de connaissance permettant à chacun de mieux partager la culture, des documentaires de découverte et des documentaires scientifiques. A la même heure dès aujourd’hui, France 5 mettra à l’honneur l’art de vivre autour de la décoration et du jardinage en diffusant « La Maison France 5 » et « Silence Ca Pousse »

Le dimanche: c’est la journée du cinéma
Alors que les salles de cinéma viennent de fermer, France Télévisions met en place une programmation exceptionnelle de cinéma français et européen toute la journée sur ses antennes. A partir de 13h30 sur France 3 sera proposé tous les dimanches un classique du cinéma français, avec le 1/11 « Trois hommes à abattre » de Jacques Deray. A partir de 15h, France 2 proposera deux films de comédie contemporaine et légère, avec dès ce dimanche « Le brio » de Yvan Attal suivi de « L’enquête Corse » de Alain Berbérian. Ces trois films viendront s’ajouter à la programmation de cinéma du dimanche soir de France 2 ainsi qu’à la programmation d’un film par soir sur les antennes de France Télévisions mise en place depuis le couvre-feu.

Dès ce week-end (31 octobre/1er nov), de nouveaux films et séries sont disponibles sur la plateforme france.tv, à commencer par l’intégrale de la saison 4 de « Dix pour cent»  et de la série événement « De Gaulle, l’éclat et le secret»  ainsi qu’une collection de 1ers films de grands réalisateurs dont ceux de Céline Sciamma, Xavier Dolan ou Valérie Donzelli…
Dans cette période de crise sanitaire, France Télévisions se met au service des Français pour s’adapter aux changements majeurs de leur quotidien. La télévision publique est mobilisée pour permettre aux Français de continuer à se cultiver et se divertir dans une période exceptionnelle. France Télévisions est engagée au côté des acteurs de la culture.
« Dans une période, où nous sommes tous privés de l’accès quotidien à la culture, c’est plus que jamais notre rôle que d’être au rendez-vous de la création française, des artistes et du désir d’évasion des Français. Comme nous l’avons fait en lançant en quelques jours une émission culturelle quotidienne, nous voulons être aux côtés des Français pour partager ces moments avec eux » déclare Stéphane Sitbon-Gomez, directeur des antennes et des programmes.

Le Roi d’ici, d’Avénarius d’Ardronville

Un roi comme vous n’en avez jamais vu. Le Roi d’ici est un film intelligemment drôle portant une réflexion sur des sujets contemporains avec beaucoup de poésie, de philosophie et d’humour.

Le Roi d’ici, d’Avénarius d’Ardronville

©Grand Oyant

Synopsis
Alors qu’il se promenait sous l’orage au pied d’un château en ruine, un simple d’esprit est frappé par la foudre et se croit appelé à régner. Voici dix ans que Jean-Jacques porte couronne, entouré d’une cour qui s’amuse à jouer avec sa folie sympathique. Ayant acquis une solide réputation, notre roi reçoit la visite d’une équipe de tournage : un reportage est fait sur lui. Le Roi d’ici présente son quotidien, sa pensée politique singulièrement illusoire. Mais ne propose-t-il pas de bonnes joies ?

Un film : petit budget, grands éclats de rire
Si vous vous baladez dans les rues étroites de Paris, dans le doux quartier latin à Paris, vous aurez la chance de découvrir ce petit cinéma Saint-André des Arts dans la rue qui porte son nom. À l’affiche, Le Roi d’ici. Le réalisateur ? Avénarius d’Ardronville. Et voilà qui éveille notre curiosité. Allons-y faire un tour !
Amoureux de la langue française et des comédies ? Ce film est fait pour vous ! Imaginez un roi et sa cour se promener dans les rues d’une petite ville médiévale sur les bords de Loire… Au XXIe siècle ? Ce délicieux décalage entre ces deux époques rend le film à la fois absurde et touchant. Et si on se laissait emporter dans l’univers d’un roi simple d’esprit, parfaitement interprété par Nicolas de Lavergne ?

Le Roi d’ici, d’Avénarius d’Ardronville

©Grand Oyant

Un texte raffiné, des messages à décrypter
Et si cette absurdité n’était pas si éloignée de la réalité ? Le Roi d’ici est un film au texte fin, délicatement rédigé par la plume d’Avénarius d’Ardronville. Nous nous laissons emporter par les vers, les proses, les rimes croisées, suivies et embrassées. Ce film délivre d’ingénieux messages poétiques comme politique avec une pointe de philosophie tout en apportant une réflexion sur des problématiques actuelles. À vous de les interpréter !
Finalement, le film mène à se poser la question suivante : la vie est-elle une comédie ? À méditer. 

Nous vous laissons le plaisir de découvrir Le Roi d’ici, au cinéma Saint-André des Arts jusqu’au 10 décembre 2019.


Informations pratiques

Au sujet du Saint-André des Arts
Le Saint-André des Arts, anciennement Studio Gît-le-Cœur, est un cinéma indépendant d’Art et Essai situé au plein coeur de Paris, dans le quartier latin. Il ouvrit en février 1967 avec pour première projection La Collectionneuse d’Éric Rohmer puis fut repris en 1971 Roger Diamantis. Il le dirigera jusqu’à son décès en 2010.

Le Roi d’ici, d’Avénarius d’Ardronville
Avec Nicolas de Lavergne (le Roi) et Jean Eckian (le médecin et le Pape)
Compositeur et chef d’orchestre Hubert Evin
En salle depuis le 13 novembre 2019.

Prochaines dates :
Les 20, 21, 22, 23, 24 et 25 Novembre 2019
et les 3 et 10 Décembre 2019
Voir la bande annonce

Vita & Virginia : d’amour et de littérature

Virginia Woolf et Vita Sackville-West se rencontrent en 1922. Un très beau film de femmes, esthétique et passionnant, sur une histoire d’amour très en avance sur son temps !

La première est une femme de lettres révolutionnaire. Pas très riche, elle écrit des chefs d’œuvres plus ou moins méconnus du grand public mais bénéficie en revanche de la reconnaissance intellectuelle de toute l’intelligentsia et du célèbre Bloomsbury Group, auquel elle appartient.

La seconde est une riche aristocrate, mondaine qui plus est, au succès retentissant avec ses romans que l’on nommerait aujourd’hui « de gare ». Sans la connaître personnellement, Vita admire Virginia, son style littéraire qu’elle ne parvient pas à atteindre. Elle rêve de la croiser, d’être partie prenante du Bloomsbury Group, cette communauté d’artistes qui voulaient mener leur vie comme ils l’entendaient et qui ont façonné leurs vies au service de leurs passions et leurs centres d’intérêt, dans une quête totale de liberté.

Vita & Virginia, un film de Chanya Button

Vita & Virginia, un film de Chanya Button

Quand leurs chemins se croisent enfin, Vita jette son dévolu sur la brillante et fragile Virginia. Virginia résiste, s’interroge. Vita est mariée. Elle aussi. Si elle accepte les avances non dissimulées de la belle Vita, il leur faudra à toutes les deux faire fi des conventions sociales et de leurs mariages respectifs.

La fascination de Virginia pour Vita est la plus forte. Elle cède. Commence une longue et belle histoire d’amour entre deux femmes au tempérament de feu et de glace. Il n’y a pas que du sexe, de la sensualité dans leurs échanges, il y a aussi une foisonnante fascination sur le « talent » de l’autre qui donne tout son sel à ce film d’époque qui n’est pas d’époque au sens primaire du terme tant la réalisatrice a su montrer la modernité des ces femmes avant-gardistes, ajoutant même certains anachronismes !

À terme, l’abîme entre la vie d’artiste de Virginia et le faste de l’excentrique aristocrate, la détresse et le chagrin Virginia ravagée l’abandon donneront naissance à l’une de ses œuvres maitresse : Orlando ! Un livre bouleversant sur le genre et sur l’art.


INFORMATIONS PRATIQUES

Vita & Virginia, un film de Chanya Button

Vita & Virginia (1h50), un film de Chanya Button avec Gemma Aterton, Elisabeth Debicki, Isabella Rosellini – En salles le 10 juillet 2019

La fréquentation des sorcières, vampires et démons est vivement conseillée !

Depuis le 12 juin, il est de bon ton de fréquenter ce monde invisible aux yeux des humains, surtout quand la sorcière est belle comme Diana Bishop et le vampire comme Matthew Clairmont. Le livre perdu des sortilèges, série tirée de la saga (A discovery of witches) signée par Deborah Harness (385000 livres vendus en France) est résolument une histoire d’amour transposée dans le monde fantastique. C’est le « gros » détail qui fait toute la différence et lui confère tout son charme.

Depuis que le monde est monde, les sorcières connaissent leurs heures de gloire et leurs heures sombres. Depuis quelques années, elles ont refait surface et sont légions au point de se faire concurrence sur nos écrans. La Sorcière bien aimée des années 1960 obtenait quelques faveurs dues à son rang en remuant son joli nez. L’histoire s’arrêtait là. La sorcière de 2020 se bat, a du caractère, est érudite, indépendante, gagne sa vie, fait des études, surfe sur internet, n’a pas besoin de mec, ni d’une belle-mère… quoi que !

Le Livre perdu des sortilèges

Le Livre perdu des sortilèges

Brillante historienne, Diana Bishop est une sorcière qui ignore tout de son appartenance au clan des sorcières. Un jour, un livre ensorcelé de la bibliothèque d’Oxford tombe entre ses mains. Immédiatement, le livre suscite toutes les convoitises des organisations de sorciers, démons et autres vampires.

Hasard ou volonté fantastique, elle prend conscience de ses pouvoirs et de son immense potentiel. Et aussi de son attractivité. Quand elle croise Matthew Clairmont, un énigmatique vampire de 1500 ans, ils scellent un pacte d’amour que tout viendra contrarier. Ils n’auront d’autres choix que de percer les mystères de ce manuscrit et de s’assurer de le mettre à l’abri d’esprits mal intentionnés.

On ne vous cachera pas que cette série est un peu chargée en poncifs et en clichés. N’empêche, le divertissement est de qualité. D’abord, le jeu des acteurs est convaincant. Ensuite les décors sont à la hauteur de nos attentes et participent à la crédibilité de l’histoire. Quant aux effets spéciaux, ils sont rares et plutôt bien réalisés.

Conclusion : On se laisse volontiers ensorceler par cette série parfaite pour l’été où l’on se promène (parfois… on vole) dans les coulisses d’un univers enchanteur, des couloirs d’Oxford aux canaux de Venise en passant par les châteaux forts de la France. Je conseille et j’attends la suite avec impatience.


INFOS PRATIQUES

Le livre perdu des sortilèges (Disponible depuis le 12 juin 2019 en VOD / DVD / BLU-RAY

Diffusée sur SKY ONE en Angleterre, la série a connu un très gros succès d’audience, et a d’ores et déjà été renouvelée pour 2 saisons. Depuis le 19 mars 2019, elle est diffusée sur SYFY.

8 épisodes de 45 mInutes / Langues : Français et Anglais – Sous-titres : Français

Coffrets 3 DVD ou 2 Blu-Ray à 19,99 € TTC et en VOD sur toutes les plateformes

Édité par KOBA FILMS

Los Silencios

Los Silencios, affiche du film de Beatriz Seigner

Los Silencios, affiche du film de Beatriz Seigner

Une belle histoire de fantômes en forêt amazonienne ! Un film à mettre sous tous les yeux même si sa culture très « Art & Essai » ne lui ouvrira pas tous les publics. Donc pour le voir en salle on se précipite…

Synopsis : Nurai, 12 ans et Fabio, 9 ans arrivent avec leur mère sur une petite île presque en apesanteur au coeur de l’Amazonie. Ils ont fui le conflit armé colombien dans lequel leur père a disparu pour venir attendre des nouvelles aux confins des frontières du Brésil, du Pérou et de la Colombie. Un, jour, mystérieusement, leur père apparait dans leur nouvelle maison.

J’ai beaucoup aimé ce film, lent, très lent… Il pose d’interminables questions et n’apporte de réponses qu’à la dernière image. Il nous emporte dans un flot d’émotions et de couleurs dans un étrange village de maisons sur pilotis, des cabanes en bois comme tous les voyageurs ont pu les voir. Nous sommes dans notre époque en 2019. Et le film montre aussi cet étonnant mélange entre tradition et modernité. Très vite, on se demande pourquoi le garçon a toutes les attentions de sa mère. Sans doute parce que sa fille est muette. L’est-elle devenue avec les conflits colombiens ? A-t-elle assisté à des scènes traumatisantes ? Et ce père, avec lequel chacun entretient une relation larvée dans le… silence ! Qu’est ce que ça veut dire ?

J’ai beaucoup aimé ce film, lent, très lent … Il est rempli de poésie, d’amour, d’espoir et aussi d’une réalité complexe.

Et si vous avez des doutes, je vous livre un secret. S’il ne fallait qu’une seule et unique raison pour aller le voir ce serait pour la sublimissime scène de la fin. Celle où les pirogues voguent en silence sur l’Amazone, se rapprochent d’un centre, s’illuminent. C’est grandiose. Un tableau, une œuvre en soi cette scène et tous les amoureux du cinéma doivent la graver dans leur mémoire. Judith Lossmann


INFOS PRATIQUES

Los Silencios (1h30) un film de Beatriz Seigner – Au cinéma depuis le 3 avril – avec Marleyda Soto, Enrique Diaz, Maria Paula Abares Pena, Adolfo Savilvino.

 

 

Tel Aviv on fire, un soap-opéra réparateur !

Tel Aviv on fire

Tel Aviv On Fire

Salam, 30 ans, vit à Jérusalem. Il est palestinien et stagiaire sur le tournage de la série arabe à succès « Tel Aviv on Fire » ! Tous les matins, il traverse le même check-point pour aller travailler à Ramallah. Un jour, Salam se fait arrêter par Assi, un officier israélien, fan de la série, et pour s’en sortir, il prétend en être le scénariste. Pris à son propre piège, Salam va se voir imposer par Assi un nouveau scénario. Évidemment, rien ne se passera comme prévu.

Tel Aviv on fire, un film de Sameh Zoabi avec Kais Nashif, Lubna Azabal, Maisa Abd Elhadi – 1h37 – En salles le 3 avril 2019.

En savoir plus sur Sameh Zoabi, le réalisateur

Il nait et grandi à Iksal, un village palestinien près de Nazareth. Doublement diplômé de l’université de Tel Aviv en études cinématographiques, il fait une Master en réalisation à Columbia – USA. Il fait partie des 25 réalisateurs mis en avant par le Filmmaker magazine comme «New Faces of Independent Film 2006».

5 questions à Sameh Zoabi

Pourquoi réaliser Tel Aviv on fire ?

Pour faire une comédie ancrée dans la réalité du conflit israélo-palestinien ! Les gens envisagent cette région et le conflit avec beaucoup de sérieux, et les tentatives d’en rire sont rapidement considérées comme trop légères. Pour ma part, j’estime que la comédie permet d’aborder des questions très sérieuses d’une façon plus subtile. Avec Tel Aviv on Fire, l’histoire aborde frontalement l’idée de perspectives conflictuelles.

Salam, votre personnage principal, travaille sur un soap opéra arabe produit à Ramallah. Pourquoi un soap opéra ?

Les soap opéras sont une affaire sérieuse au Moyen-Orient. Les gens les regardent assidument et sont très impliqués dans ces feuilletons.

Est-ce que vous regardiez des soap opéras quand vous étiez enfant ?

Quand j’étais jeune en Israël, il y avait seulement deux chaînes de télévision. Les séries en langue arabe venaient essentiellement d’Égypte. Ils avaient les meilleurs soap opéras, particulièrement pendant le mois du Ramadan, même les israéliens regardaient. Le feuilleton que j’ai créé pour mon film est un hommage à l’un des plus célèbres et avec lequel j’ai grandi. À présent les choses sont

bien différentes. Il existe des centaines de chaînes de télévision arabes, de nombreuses séries syriennes, libanaises, égyptiennes, mais aussi turques ou indiennes sous-titrées. Les soap sont regardés partout.

Quelle a été votre approche visuelle pour ce film ?

Visuellement, l’idée était de travailler autour du contraste entre deux réalités : la magie, l’univers coloré du soap opéra et le quotidien, la réalité brute en dehors du studio. Nous avons essentiellement tourné en décor avec des lumières naturelles, à l’exception du check point que nous avons dû créer.

Pouvez-vous nous parler des différents niveaux de lecture que contient Tel Aviv on fire ?

Dans une perspective plus large, le film possède deux trajectoires politiques : premièrement, il y a l’histoire de la guerre telle qu’elle est décrite dans le soap et présentée par Bassam, oncle de Salam et producteur, créateur du show. Bassam appartient à l’ancienne génération, qui a combattu en 1967, et signé les accords d’Oslo. Deuxièmement, il y a la réalité quotidienne des check-points, qui est en lien direct avec l’histoire. L’histoire du soap et celle du film se croisent et fusionnent. En tant que jeune palestinien, Salam se retrouve à devoir lutter entre ces deux réalités. La vie de Salam et son interaction avec Assi sont reflétées dans le soap et lui donne une autre dimension. Pour le dire simplement, Assi, veut écrire sa propre histoire, celle d’une réalité enjolivée à Salam. Au fur et à mesure que la confiance de Salam grandit, il réalise que c’est impossible et doit arrêter cela. Rien ne pourra changer en Israël et en Palestine tant que les deux peuples ne seront pas égaux. C’est le seul moyen d’avancer.

Bookshop, le film-fable Noël 2018, à voir en famille

Trois fois primé, « Meilleur film », « Meilleure réalisatrice », « Meilleure adaptation », ce film est une parfaite illustration du pot de terre contre le pot de fer… Puisque la vie est une lutte incessante entre les « malfaisants » et les « bienfaisants », il faut voir BookShop pour sa morale… Vous aimez les livres ? Vous feriez tout pour eux ? Bookshop est pour vous. Adapté du roman de Penelope Fitzgerald, le film raconte l’histoire de Florence Green, une jeune veuve, qui en 1959, tombe amoureuse d’une vieille baraque abandonnée de Hardborough au nord de l’Angleterre. Elle rêve d’y installer ses enfants chéris : ses livres. À force de persuasion et de compromissions, elle réussit. Un succès de courte durée, il faut compter avec le cynisme et la méchanceté gratuite d’une femme odieuse (Patricia Clarkson) et de quelques lâches nobliaux de la bourgade qui voient d’un sale œil cette femme indépendante, passionnée, libre trop avant l’heure. Ils vont lui mener la vie dure.
Bookshop, film, Isabel Coixet.
Bookshop, un film-fable d’Isabel Coixet.
Heureusement, une toute jeune fille (Honor Kneafsey, belle comme un cœur et très prometteuse) et un homme (Bill Nighy, sublime en ours mal léché) apportent du réconfort dans son quotidien. Est ce que tout cela suffira ? Pas sûr ! Cette touchante fable à l’insoupçonnable fin (il faut vraiment attendre les toutes dernières images du film pour sourire dans ses larmes) dit que les malfaisants gagnent plus souvent que les gentils mais au fond que gagnent-ils vraiment ? Ce qu’il faut voir c’est ce que gagnent les « bienfaisants ». Bookshop (1h52) un film de Isabel Coixet avec Emily Moritmer, Patricia Clarkson, Bill Nighy et Honor Kneafsey

Mala Junta, un film de Claudia Huaiquimilla

Dans son premier long métrage de fiction, la réalisatrice chilienne Claudia Huaiquimilla prend la décision de suivre deux adolescents. À travers leurs parcours, elle met en lumière la difficulté de se construire en tant qu’adulte.

Tano, jeune délinquant de Santiago de Chile, est envoyé chez son père qu’il n’a pas vu depuis des années. Ses méfaits répétés le conduisent dans le sud du pays qui lui est inconnu. À son arrivée, il fait la connaissance de Cheo, jeune lycéen timide et malmené au lycée. Au fil des jours, chacun apprend à s’apprivoiser et une amitié fraternelle voit le jour. D’un côté, Tano apprend à se maîtriser, à respecter son père et à devenir un homme. De l’autre, Cheo apprend à s’affirmer et à revendiquer ses origines Mapuche.

Ce film raconte le parcours initiatique de ces jeunes gens qui apprennent l’un de l’autre pour parvenir à surmonter leurs difficultés. Une épopée qui souligne aussi la complexité des relations parents-enfants. Mala junta, « mauvaise assemblée » en espagnol, insiste sur le rejet, la différence, les fragilités. Andrew Bargsted (Tano) se découvre une âme de caïd révolté alors que Francisco Perez-Bannen (Cheo) est irréprochable dans son rôle de jeune timide. Plongés dans les décors d’une forêt menacée par la déforestation, les deux acteurs s’en sortent remarquablement dans ces rôles d’une grande intensité.

Des faits réels dans une fiction
mala junta enterrement

Claudia Huaiquimilla, elle-même d’origine Mapuche, tenait à faire rentrer l’Histoire dans son premier long métrage. Sujet à tensions chez les Mapuche littéralement « Peuple de la Terre » dont les communautés aborigènes du Chili et d’Argentine sont réprimées depuis des années et notamment sous Pinochet. Les Mapuches accusent les descendants des colons européens de voler leurs terres. Un combat que Claudia Huaiquimilla montre dans toutes ses vérités.

En conclusion

Tout ce long métrage est porté par des paysages magnifiques. Situés principalement sur le territoire où vivait la famille de la réalisatrice, ces décors naturels ancrent encore plus la fiction dans la réalité. Empreintes d’une certaine mélancolie, ces terres font l’objet de terribles guerres entre les Mapuches qui souhaitent récupérer leur territoire et les usines de cellulose qui usent les sols alentours et déforestent les environs. La musique, exclusivement jouée avec des instruments Mapuche, apporte une note sud-américaine intense. La rareté des mélodies pendant le long métrage entraîne plus profondément le spectateur dans cette forêt dense. La musique, quelques notes intenses, concluent les différentes parties du film. Elle est sans aucun doute une actrice à part entière de l’histoire. Une Histoire toujours d’actualité chez les Mapuche.

Le film a remporté le prix lycéen de la fiction et le prix du public au festival Cinélatino de Toulouse en 2017 ainsi que le grand prix du festival de Valvidia en 2016 et révèle deux acteurs solaires. Nul doute que nous les retrouverons d’ici peu dans d’autres films sud-américains.


Informations pratiques : 

mala junta affiche web

Mala Junta, de Claudia Huaiquimilla avec Andrew Bargsted et Francisco Perez-Bannen
En salles à partir du 14 mars 2018.

Pentagone Papers, un film de Steven Spielberg

L’histoire est digne d’un film d’espionnage américain et pourtant Pentagone Papers se base sur des faits réels. En 1971, Katharine Graham, directrice du journal The Washington Post et Benjamin Bradlee, son rédacteur en chef mènent un combat acharné contre le gouvernement fédéral afin de publier des pages confidentielles et secret-défense impliquant la responsabilité des États-Unis dans la guerre du Viêt Nam (1945-1967).

pentagone papers riots

S’il y a au moins trois éclairages à retenir de cette investigation, ce serait :

– Le rôle des femmes dans la société américaine des années 1970. Katharine Graham, jouée par Meryl Streep, est une directrice « héritante » du Washington Post. Une lourde tâche à laquelle elle n’était pas préparée et qui lui échoit du fait du décès de son mari. Dans ce monde de machos et de misogynes, elle incarne une femme à la fois forte et bouleversante et face à l’adversité qu’elle rencontre dans l’exercice de son métier, on ressent sa fatigue, son angoisse, son amertume mais surtout la difficulté de ses choix. A cet instant de l’histoire américaine, Katherine Graham va jouer le rôle le plus important de sa vie et prendre une décision ferme qui pourrait changer le futur de son journal mais surtout le sens de l’Histoire et l’issue de la guerre.

– Les États-Unis sont-ils vraiment le pays de la liberté d’expression ? La presse, symbole de la démocratie, est considéré aux États-Unis comme le « quatrième pouvoir » après le législatif, l’exécutif et le judiciaire. Un pouvoir qui doit beaucoup, au scandale du Watergate et à l’affaire Pentagone Papers qui fut l’un des premiers scoops de l’histoire du journalisme américain du début des années 1970. Dans le film de Steven Spielberg, on ressent parfaitement la pression politique, venue du plus haut sommet de l’État, que subissent les grands journaux : le Times, le Washington Post. Ce combat entre les journaux et la présidence s’inscrit comme une réponse positive à la question mais on pourrait sans trop se tromper dire que Pentagone Papers a joué un rôle prépondérant dans l’acquisition de cette liberté d’expression.

– Sur la nature des relations entre les journalistes et le pouvoir ? Pentagone Papers montre à quel point les relations entre les journalistes et les hommes politiques sont étroites et ambivalentes.
Quelle est la valeur de la prise de position d’un journaliste ? Plutôt du côté de la classe politique, des affaires, du peuple, de la justice, de la vérité ? Une liste non exhaustive qui montre combien l’exercice du journalisme passe entre les filtres émotionnels de celui qui écrit. Ce papier en est la preuve !

pentagon papers meryl streep

Voilà pour le fond… Pour la forme maintenant… Meryl Streep nous a fait pleurer dans Le Choix de Sophie, danser sur Mama Mia, rêver dans Out Of Africa, vous allez l’aimer pour son audace et ses doutes dans Pentagone Papers. Vous avez aimé Tom Hanks dans Forest Gump pour sa tendresse et sa naïveté, vous allez aimer Tom Hanks dans Pentagone Papers pour son courage et sa fermeté !

A travers le personnage de Katharine Graham et de Benjamin Bradlee, découvrez les coulisses de la rédaction du Washington Post et les mécanismes de la publication d’une presse quotidienne au format papier.pentagone papers tom hanks

Ajoutons une petite analyse « vue du point de vue des femmes »… Pentagone Papers révèle ainsi le combat d’une femme dans laquelle chacune d’entre nous peut se sentir représentée. Certes, les femmes ont gagné en autonomie et en indépendance comme posséder un compte en banque, voter, travailler sans l’autorisation du père ou du mari. Certes, elles ont aussi obtenu leur liberté sexuelle ! Pourtant, ces acquis n’ont jamais été en aussi net recul que maintenant. Aucune d’entre nous, ne peut se reposer sur ses lauriers
L’Histoire raconte fort bien comment les femmes sont toujours assujetties à des allers-retours entre une liberté « conditionnée » et une absence de liberté. Avec ce film, la lutte des femmes est révélée. Aujourd’hui, loin des batailles féministes ridicules qui s’attachent à séparer plutôt qu’assembler, des femmes « de tous les jours » sont obligées de se battre pour faire valoir et perdurer leurs droits. C’est de cela dont il s’agit, faire respecter les droits des femmes et ne pas baisser sa garde. Sinon, bonjour l’obscurantisme.

Après Arrête-moi si tu peux en 2002 et Lincoln en 2012, Steven Spielberg continue de nous surprendre ! Plongez au cœur d’une affaire qui a éveillé les consciences aux États-Unis dans les années 1970. Pentagone Papers est un film à voir absolument !


Informations pratiques : 

Pentagone Papers, un film de Steven Spielberg – Sortie le 24 janvier 2018