lundi 30 janvier 2023

Légendaires lumières de l’hiver en Finistère

Légendaires lumières de l’hiver en Finistère

À un rien du solstice d’hiver, autrement dit du jour le plus court de l’année, je vous invite à profiter des lumières du Finistère. A l’extrême Ouest, au Nord et au Sud, le Finistère ferme la France et ouvre sur l’aventure. Au départ de Plougonvelin, juste à côté du Conquet jusqu’à la Baie de Morlaix en passant par l’île de Batz, ce sont quelques-uns des 1200 kilomètres de plages, criques, falaises que nous allons sillonner ensemble !

La Pointe de Corsen, « the westy Point » est le point le plus à l’ouest de la France continentale. Au large, on voit passer les grands dauphins et autres cétacés. À la même latitude, 3510 kilomètres droit devant, c’est St-John à Terre-Neuve au Canada, destination privilégiée des immenses campagnes de pêche à la morue, armées, dès le milieu du 16è siècle, au départ de Morlaix, Saint Pol de Léon et Roscoff. De cette période faste pour les armateurs, productrice d’emplois pour les marins et les matelots, l’inconscient collectif retient le Finistère comme un pays de vent et de vagues. Un pays de pluie avec bottes et cirés. Un pays de tempêtes et de cieux cendrés. Un pays où domineraient le gris du granit des maisons et celui des nuages. Quelle erreur ! Le Finistère est lumière, le Finistère est couleurs…

mer vers l'ile Vierge

Vers l’île Vierge. ©Judith Lossmann

Au lever du soleil, la lumière réveille les murs anciens d’un orange sacré

Léger mais bien réel décalage horaire oblige, près d’une heure de jour sépare Nice de Brest… À huit heure du matin, il fait encore noir en décembre à Plougonvelin, à l’extrême limite, à la pointe de l’Europe. A l’horizon, le soleil naissant teinte les nuages de rose et d’orangé. La lumière crée des ombres longues et lance ses étincelantes flèches sur les murailles de l’ancienne abbaye bénédictine du Conquet et les hauts murs du phare Saint Mathieu. Ce damier lumineux de noir et d’orange vif redonne vie aux espaces entre les arches gothiques de l’une et les rondeurs protectrices de l’autre. L’abbaye fut pillée, désossée, dépourvue de sa toiture. Heureusement, quelques bonnes âmes réussirent à sauver les murs !

Le phare Saint-Mathieu lui, bénéficie d’une architecture épurée, un fût blanc et lisse terminé par une corniche peinte en rouge. Cent-soixante-trois marches pour atteindre sa balustrade en pierre et se régaler les yeux de l’un des plus somptueux panoramas qui soit. Une étendue entre la Pointe de l’Île d’Ouessant, la Chaussée des Pierres Noires et l’Archipel de Molène. Construit en 1835, on le visite avec un jeune guide au bonnet rouge. Un gaillard moyen format au bagou grand format. Il narre comme personne l’histoire du phare et celle de son gardien. Il convainc en un instant qu’il était préférable d’être gardien au paradis qu’en enfer ou au purgatoire. Une façon de parler des îles Finistériennes selon leur degré d’hostilité ! Il termine son grand oral par la citation d’un poème de Michelet après avoir expliqué plouc, baragouin, – pain et vin en breton, – et baragouiner ! Ce que précisément il ne fait pas, tant son récit est captivant. Chaque phare possède son code lumineux personnel. Celui de St Mathieu pulse à un éclat blanc toutes les quinze secondes. Il répond à celui de Kermorvan, créant ainsi dans la nuit un passage protégé entre les roches affleurant dans cette mer d’Iroise au tempérament très déchainé.

phare kermorvan

Le phare carré de Kermorvan en Finistère. ©Judith Lossmann

Dans la matinée, les lumières effilochent les bleus et les blancs

Balade à pied dans le village du Conquet. Une petite merveille celtique, des boutiques attirantes, une crêperie d’exception, un Gimber jus de pomme devant la cheminée de la Vinotière et des envies de faire un stop prolongé dans cette jolie maison d’hôtes pleine de charme au cœur du bourg. Plus loin, sur la falaise et sous le bleu éclatant du ciel ponctué de laiteux et lumineux nuages évanescents (Ah ! Ce Finistère jamais comme on l’attend), dominent le granit des roches alentours, les pierres du petit chemin des gardiens de phare, et au bout du bout, planté comme un roc au-dessus du ressac, le phare de la presqu’île de Kermorvan. Gris et blanc, carré, fort, capable de résister à des vagues de vingt mètres, Kermorvan est une ode à la résistance, un poème jeté à la rudesse des éléments. On grimpe quelques soixante-dix-sept marches pour, de là-haut, posséder une vue éblouissante sur les îles, le rail d’Ouessant. Au fond du ciel, en ce milieu de matinée, le soleil peine à se lever complètement et une dominante rouge, orangé réenchante les lieux.

L’après-midi, la lumière peint les vagues

Remontons la côte pour l’embarcadère de Castel Ac’h à Plougueneau, direction l’île Vierge, avec son ancien phare, devenu l’un des gîtes le plus réservés de Bretagne et le nouveau phare, le plus haut du monde. Certes, trois-cent-soixante-cinq marches mais, au sommet, un panorama sur tous les Abers ! L’ancien phare se visite aussi. Devenu depuis le printemps 2021 un éco-gite d’exception, il se réserve un an à l’avance mais, parole d’experte, deux ou trois nuits ici, vous change une femme/un homme pour la vie. Question couleurs nous sommes gâtés. Tout n’est que nuance de bleu, rose, vert. En cet fin d’après-midi, le couchant sort déjà ses palettes et arrose les cieux de ses poudres colorées.

Meneham, corps des gardes

Corps de garde des douaniers côtiers à Meneham. ©Judith Lossmann

Le crépuscule, la lumière s’estompe et naît le bleu gris de Meneham à Kerlouan

Tours de roues (de voiture ou de vélo) après tours de roues, rapprochons-nous du pays Pagan, de quelques douces falaises herbues, celle de la Côte des Légendes, ponctuées d’un chemin des douaniers. Les premiers du Finistère, là où l’espace entre la France et l’Angleterre était le plus étroit. L’histoire explique que le nom vient de cet endroit en mer d’Iroise où avaient lieu les plus étonnants naufrages et où étaient censées advenir les plus grandes batailles. Ces batailles, grâce au poste de guet caché entre deux énormes roches, n’ont jamais eu lieu. En revanche, des légendes de farfadets, de fées, de petit peuple et autres Korrigans pourraient bien être nées là, tant l’ambiance crépusculaire, les phénoménaux rochers ronds et le calme sont des éléments propices à toutes les rencontres… Est-ce pour cette raison que le village de Meneham, littéralement le hameau sur le mont, fut définitivement abandonné par son dernier habitant fin des années 1990 ? Je ne saurais vous le dire. Le site, lui, existe toujours. Il présente de bien jolies maisons d’antan devenues ateliers d’artistes d’aujourd’hui. Un marché permanent de l’art et de l’artisanat s’y tient tous les week-ends. Et pendant les fêtes de fin d’année, un « feu permanent » se partagera entre tous au fil d’un relais. Alors, si vous vous sentez l’âme d’un veilleur de feu, c’est l’occasion. Meneham c’est aussi le souvenir, celui de la récolte du goémon, de la fabrication de la teinture d’iode. Toute une filière historique qui nourrira des centaines de familles des décennies durant.

La mer sous la lune à Brigognan

La mer s’est éloignée, la lune éclaire une scène comme en plein jour. ©Judith Lossmann

La nuit, lumière spectrale à Brigognan

Arrivée de nuit dans une chambre avec vue mer, je ne sens de la mer que sa présence immédiate et son reflux, là, à dix mètres. Le vent souffle et s’engouffre dans les deux fenêtres ouvertes de la chambre. C’est l’heure de dîner. Un dîner dans la tradition créée par Marie, propriétaire et âme de lieux, à base de produits hyper locaux dans le respect des animaux, de la nature et du « durable ». Les saveurs sont au rendez-vous.
De retour dans la chambre, je cherche la mer. Elle a disparu. Avec elle le bruit des vagues et le vent. Tout cela s’est éteint. Plus un bruit. Toute vie semble s’être volatilisée le temps d’une marée. La mer devenue invisible, a découvert une plage, des cailloux, des roches, tout un relief. On y voit comme en plein jour ou presque. Sous la pleine lune de ce début décembre, c’est un voyage sur une autre planète que Dame Nature nous offre.

Autre jour, autre matin, la lumière de l’or à Roscoff

Dix heures. Le soleil rase les toits et les bateaux à fond de cale. Sur le sable illuminé d’or courent des crabes assaillis de lumière, prêts à s’enfoncer dans la première cachette venue. Sur la longue passerelle d’embarquement, les ombres allongées s’étendent jusqu’à la surface de l’eau en contre-bas. Cap sur l’île de Batz. Ce matin-là, les voyageurs et les îliens se pressent dans la morsure du vent. Il fait froid mais beau. Le ciel d’un blanc bleuté étincelant invite à une longue promenade entre port et plage sur l’île. En temps normal on visite son jardin exotique, fermé aujourd’hui, mais qui vaut le détour m’a-t-on dit tant tout pousse ici, même les espèces des pays chauds. Allez comprendre ? À coup sûr, il y a de la magie en terres finistériennes.

lever soleil roscoff

L’or du lever de soleil à RToscoff. ©Judith Lossmann

Au bleu, à l’or, au blanc, au rose, à l’orangé, au gris spectaculaire, j’ajoute le vert

Vert comme la campagne finistérienne. Riche, grasse, humide, parfumée par les vents salés, elle nourrit un bétail et fournit un lait autour d’une filière de plus en plus préservée, exigeante et capable de proposer aux consommateurs des produits de qualité. La Bretagne, le Finistère, pionniers de la permaculture et des productions raisonnées donnent naissance ces dernières années à des projets et réalisations d’exception. Citons Grain de Sail, un chocolatier créateur à Morlaix dont le chocolat arrive sur nos côtes en voilier cargo transatlantique. Yoann Couéry de Graine de Breton, spécialiste de l’orgé, du sobatcha. Les algues. Les sablés de la Maison Le Goff. La liste serait trop longue. Ce sera l’objet d’un autre article. Il est encourageant et fondamental de savoir que de plus en plus d’hôtels et de restaurants sont « locavores ». Les Chefs proposent des cartes variées et succulentes avec uniquement des ressources locales. Maximum trente-cinq kilomètres pour Nicolas Carro à Carantec ou Anne Robart de l’hôtel de la Mer à Brigognan, une militante écolo (tout à fait fréquentable je vous rassure) qui prouve que l’on peut gérer un tel établissement avec des valeurs écologistes et renouvelables.

Tournant le dos à l’océan, lumières d’automne indien à Morlaix

Arrêt demandé dans la belle cité de Carantec. De sublimes maisons de granit jouxtent d’autres très belles maisons de granit. Ambiance bretonne par excellence et façades de villas dignes de certains contes de fées. Le bourg est chic et discret. Il s’étale en pleine baie de Morlaix avec en point d’orgue le restaurant de Nicolas Carro. Un jeune chef très expérimenté. On s’éprend en deux bouchées de sa cuisine raffinée et distrayante aux saveurs d’ailleurs. Un mélange signature fort agréable. Lui aussi, comme tous les maîtres des fourneaux conscients de l’état de la planète, conditionne son travail avec des valeurs portant pour noms : locavore, durable, protection, bien-être animal, revalorisation, créativité. Il est de ces jeunes qui refont le monde avec le bon de l’ancien et le meilleur du futur à venir. On repart de son restaurant avec une boîte d’écorce de bois remplie d’un nouveau trésor : des semences paysannes dans un substrat de déchets alimentaires. Une démarche qui permet au restaurant et à l’hôtel de recycler 90% des rebuts. Belle victoire !

arbre blanc, baie de Morlaix

Arbre blanc en baie de Morlaix. ©Judith Lossmann

L’heure du train, celle du départ, sublimée par la Corniche de Morlaix

Hélas, pas forcément la meilleure heure de ce voyage en Finistère. Je ne suis pas encore partie que me manquent déjà les lumières de ce département. Heureusement, il faut rentrer dans Morlaix et, partant de Carantec, longer la Corniche éponyme. Un luxe. Une volupté. Une téléportation. Je cligne des yeux et à 15h30 je me retrouve dans les lumières du Canada en plein été indien. À droite une forêt. À gauche la baie, la mer, la rivière de Morlaix, en forme de lac large et bleu dont les eaux profondes reflètent les feuillus tout de roux, rouge et brun vêtus. Un décor de carte postale, où pourrait peut-être se cacher un animal mythique, une baleine, un cachalot, un serpent de mer. Que sais-je ?  (réponse dans un article à suivre).
Le slogan dit : Le Finistère, là où tout commence. » J’ajoute… là où tout est couleurs même en hiver. Il est grand temps de visiter et de découvrir le Finistère en hiver. Judith Lossmann


INFORMATIONS PRATIQUES FINISTRE

 

LIENS UTILES

Toutcommenceenfinistere.com

Cinq itinéraires lumière en Finistère
– Plein phare sur l’Iroise et les Abers
– Magie des lumières de la baie de Morlaix à Landerneau
– Secret de lumières, de Crozon vers le pays Bigouden
– Jeux de lumières de l’Odet à la Laïta.
– Lumières légendaires, les Monts d’Arrée et les Montagnes Noires

AVANT DE PARTIRLE ROUTARD FINISTÈRE

Lire Le Routard Baie de Morlaix, édition Hachette. 4,90€. ISBN. 30100000754479

 

 

 

ACTIVITÉS

  • Guide Iroise, Escales Maritimes – Franck Gicquiaud. Tel. 0699413925 – contact@escales-maritimes.com -www.escales-maritimes.com
  • Phare Kermorvan : Route de la presqu’île de Kermorvan – Le Conquet – Tél. : 06 86 31 03 47 – phare.kermorvan@ccpi.bzh
  • Phares de l’île Vierge : Aujourd’hui, le phare se visite entre avril et octobre. On y accède par bateau ou à pied (mais uniquement lors des grandes marées). Pour tout renseignement ou pour une réservation contactez les Vedettes des Abers au : 02 98 04 74 94 ou à la billetterie située sur le Port de l’Aber Wrac’h.
  • Musée Mémoires 39-45 : www.museememoires39-45.fr
  • Mémoriel national des marins morts pour la France (le plus ancien cénotaphe de France). Visite gratuite de ce site implanté sur des falaises de 20m de haut. Impossible de louper la stèle du « souvenir français » de 17m de haut.

 

DORMIR EN FINISTÈRE

Hostellerie de la Pointe Saint Mathieu à Plougonvelin – 7 Pl. Saint-Tanguy, 29217 Plougonvelin – TEL. 02 98 89 00 19 – https://www.pointe-saint-mathieu.com/
Hôtel de la Mer à Brigognan – Côte des Légendes, Prom. des Chardons Bleus, 29890 Plounéour-Brignogan-plages – Tel. 02 98 43 18 47 – https://www.hoteldelamer.bzh/fr/

Chambres d’hôtes Le Conquet – La Vinotière, salon de thé, boutiques et chambres. info@lavinotiere.fr

Eco-lodge au le phare de l’ile Vierge – https://www.abers-tourisme.com/se-loger/hebergements-insolites/la-maison-des-gardiens-de-phare-ecogite-dexception-55197

MANGER EN FINISTÈRE

Crêperie La Route des Phares à Plougerneau

SHOPPING

L’îlette au Conquet. www.lilette.fr

 

 

LES MOTS DU COIN

Aber (synonyme espagnol : ria et scandinaves : Fjord) : entrée de la mer dans la terre. Avec un mouvement de marée net.

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