lundi 27 mai 2024

Chausey à bord du Marité : récit d’une journée hors norme !

Chausey à bord du Marité : récit d’une journée hors norme !

Granville, jolie petite ville normande sise sur un éperon rocheux au bord de Manche possède bien des atouts. Mon préféré ? Son territoire d’outre-mer, terres de pirates, rivages d’aventures à dix-sept kilomètres du cœur de ville : l’archipel de Chausey

Les rochers affleurants de Chausey abritent des colonies d’oiseux. ©JudeLo

Chausey est une magie !

Sis à 17 kilomètres du port de Granville, cet archipel se mérite. Il faut ab-so-lu-ment le visiter avec un professionnel ou un guide qui saura vous en présenter toutes les facettes et toutes les richesses. Chausey est le plus grand archipel d’Europe avec ses 365 îles et îlots et son important marnage qui fait 6 mètres en moyenne et 14 mètres durant les grandes marées. Pour des néophytes, ce marnage explique bien des surprises.

J’ai fait cette expérience un jour de grande marée, 101 de coefficient soit un marnage d’environ 12 mètres. A bord du Marité, on met deux bonnes heures pour entrer dans l’archipel en tirant quelques bords entre la Grande île, la seule habitée à l’année et les autres petites îles. Vers 11h30, l’équipage affale les voiles et jette l’ancre en plein milieu de nulle part, où seuls affleurent quelques petits rochers habités de colonies de macareux. On est en droit de se demander où l’on est.

Le capitaine sort une carte. Nous sommes au cœur de l’archipel, il y a un passage nord/sud, nous l’avons emprunté et nous sommes au milieu du trajet. Même ainsi informé, ce n’est pas si simple. D’autant que depuis des heures, il pleut. Visibilité zéro. Alors, quand le chef du bateau nous dit sous une pluie battante, « on va descendre déjeuner dans la cale aux morues puis, avec le zodiaque l’équipage vous déposera sur la plage« , je reste pantoise. Une plage ! Vous êtes sûr de vous !? Je ne sais pas ce qu’il a bu le capitaine mais ça fonctionne bien. Ce jour-là vraiment, la météo n’est pas au rendez-vous. Une brume assez épaisse stagne au-dessus de Chausey. Il tombe des hallebardes depuis notre départ. Aucun vêtement, sauf ceux des professionnels, n’est capable de nous maintenir à l’abri. Un de mes compagnons de voyage, gras comme un guidon de vélo de course, est bleu, tremblant et pétrifié par l’humidité froide. Il descend se réchauffer comme il peut dans la fameuse cale. Je fais un peu de résistance et finis par céder. Dans cet endroit dédié aux « récoltes » du bateau, chacun est venu avec son panier repas. C’est amusant et convivial. Tout ce joli petit monde s’organise. Je m’installe comme je peux. Même sans les morues, ça ne sent pas très bon là-dedans. Autrement dit, mieux vaut choisir la bonne météo pour cette expérience très insolite.

 

 

Avec mes compagnons de galère, nous mangeons en silence, plongés dans l’imposant tableau mural, l’aventure en images des cent ans du Marité ! Deux ou trois d’entre-nous ne tiennent plus en place. Direction le pont. Tant pis, la pluie ce sera toujours mieux que la bien nommée cale aux morues. On escalade un escalier en colimaçon avant d’arriver à l’air libre. Un regard panoramique autour de moi et j’ai l’impression de pénétrer dans un rêve.

La pluie a cessé. Nous voilà en plein soleil, normand le soleil. Et là, pile dans l’axe de vue que j’avais une heure plus tôt s’étale un immense banc de sable blond couronné de rochers. Les oiseaux installés à leurs faîtes sont partis fouiller dans la grève découverte par la mer. Le temps de grignoter un dessert, de boire un thé et de raconter deux trois blagues, le paysage a encore changé. Minute après minute se dévoile, une terre, une large plage, des rochers, des sentiers, des herbiers d’eau. Je sens monter en moi une impatience crasse. Je veux y aller. Il arrive quand le départ en Zodiac ? Le temps que ces messieurs-dames s’installent ajouté à celui de quelques allers-retours et c’est désormais une île, une grande île qui se dessine devant le Marité au mouillage dans la baie. Le paysage change sans cesse. Certes, nous sommes en baie du Mont-Michel, là où une croyance urbaine affirme que la marée monte et descend à la vitesse d’un cheval au galop, mais là on n’est pas loin de cette contre-vérité.

Granville/ Chausey… les herbiers pleins de vie. ©JudeLo

Chausey ! Et se dévoilent des terres…

Je débarque de l’annexe, pantalon retourné, pieds dans l’eau, baskets accrochées au coup par les lacets. Je marche sur un épais matelas d’herbes et d’algues. Tellement doux, presque huileux. Puis, j’arrive sur une partie rugueuse. Je ne comprends pas tout de suite. Je me baisse et sous mes yeux ébahis je vois des millions de petits coquillages. Une effervescence, une myriade, une voie lactée. Hallucinant. Encore quelques pas et c’est le sable. Sans plan, ni indication, je suis mon instinct et la courbure des lignes pour visiter ces espaces qui n’existaient pas il y a deux heures. En fait, je suis en train de marcher au fond de la mer ! Qui d’ailleurs ne cesse de reculer. Bientôt on pourra rejoindre le Marité à pieds ! Je pars en direction d’un lagon. On pourrait se croire aux Seychelles. Dans un coin, un couple s’active. Ils pêchent des crevettes bouquets. Je sens que je les dérange dans leur cachette. Je poursuis. Un bateau, 7/8 mètres est couché sur le flanc. Un homme gratte le sable et les herbiers voisins. Je l’interroge. Il pêche ! Des coquillages, des crevettes, des huîtres sauvages, des coques, des palourdes. Je repars à l’opposé. Mon temps dans ce paradis est compté, il faudra remonter à bord et rentrer au port, à Granville. Derrière une mini dune, je tombe nez à nez avec un autre bateau, encore plus grand, plus chic, tout droit dressé sur sa quille. Je m’étonne. Le propriétaire m’explique qu’il vient ici tous les jours, il jette l’ancre. Attend que la marée descende en buvant un café et en contemplant les paysages. Il pêche. Il attend que la marée remonte et il repart tranquille avec son butin !
Elle n’est pas belle la vie !?

À Chausey, les plages apparaissent et disparaissent par la magie de marées. ©JudeLo

Il me prend une frénésie. Ce n’est pas tous les jours que l’on marche au fond de la mer. J’ai envie de tout voir.

Là, des ostréiculteurs et mytiliculteurs profitent de la marée basse pour, armés de leurs immenses bottes, retourner les poches et soigner les élevages. Je comprends mieux désormais, le pourquoi des hautes, très hautes fourches de bois plantées dans le sable. Ce sont des repères de bancs.

Là, un autre lagon, deux de mes compagnons de voyage et un monsieur qui fait des grands signes dans notre direction : « Un phoque ! Un phoque ! Venez le photographier ! Je n’ai pas pris mon matériel photo, juste un iPhone. Le phoque est gros comme une tête d’épingle. Pas grave mes yeux l’ont vu et l’ont inscrit dans mes beaux souvenirs. Je mets un pied dans l’eau. Elle est bonne. Deux pieds dans l’eau. J’y vais, j’y vais pas ? J’y vais ! Une telle occasion ne se rate pas. Un bonheur de liberté. Dans une heure le lagon aura disparu. Et même s’il revient demain, il ne sera pas exactement à la même place, il n’aura pas les mêmes dimensions, ses eaux n’auront pas la même température. Ha ce marnage ! Il crée des instants dont la poésie me touche profondément.

Granville / Chausey. Les dauphins accompagnent le Marité. ©JudeLo

Une corne de brume retentit. Il doit déjà être l’heure de quitter ces lieux enchanteurs, qui existent par tranche, jamais aux mêmes heures. À regret je repars vers le lieu de rendez-vous. Je suis restée là, quoi ? Une heure. Une heure et demie. Et déjà la plage du débarquement n’a plus tout à fait le même look. Les herbiers se redressent. Les petits coquillages orangés sont sous l’eau. Les algues libèrent toute une faune de mollusques. Parfois, ça craque sous les pas. Je n’avais encore jamais écrasé de bigorneaux. Je monte en dernier dans le dernier transfert. En quinze minutes l’eau atteint presque mes hanches. Il est temps de laisser à Chausey sa vie cachée. J’emporte avec moi des instants magiques !

Sur le chemin du retour, un banc de grands dauphins joueurs nous accompagnera un long et beau moment. Que je vous envie votre première fois à Chausey ! Judith Lossmann

 


INFORMATIONS PRATIQUES

LA VIE EST BELLE VOYAGES

CHAUSEY, L’ARCHIPEL 

 

 

 

Première adresse sur place

  • Première adresse sur place

Se rendre à Chausey :

Il existe de nombreuses façons de se rendre sur l’archipel et la grande île. Via la navette quotidienne, une vedette qui circule tous les jours aller-retour (sauf si la météo est vraiment épouvantable). Via des loueurs de bateaux privés, via le voilier, le Marité, tous les moyens sont bons de visiter l’archipel de Chausey.

En savoir plus sur le Marité : https://lemarite.com/100-ans-en-2023/

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