mardi 4 août 2026

Jazz à Juan 2026 : À la Pinède Gould, le Sketches of Spain d’Erik Truffaz a rencontré le Paris jazz manouche de Thomas Dutronc

Juan-les-Pins, 18 juillet 2026. Avant-dernière soirée de la 65e édition de Jazz à Juan, et déjà des allures de grand final. Sous les pins de la Pinède Gould, deux visions du jazz se sont répondu le temps d’une nuit : d’un côté, un hommage flamenco à Miles Davis porté par le trompettiste Erik Truffaz ; de l’autre, la nonchalance élégante de Thomas Dutronc, venu swinguer sur les standards qu’il aime. Une soirée dont l’éclectisme a rappelé, une fois de plus, à quel point le langage du jazz peut voyager sans jamais se perdre.

Erik Truffaz et Antonio Lizana, quand Miles Davis traverse les Pyrénées

Premier acte, et changement de décor immédiat : place à l’Espagne, avec une relecture du légendaire Sketches of Spain de Miles Davis. Le concerto d’Aranjuez ouvre le bal — dépouillé, aérien, résolument flamenco — porté par un septet réuni autour d’Erik Truffaz. À ses côtés, le saxophoniste Antonio Lizana et le clarinettiste Renaud Gabriel Pion complètent une section de cuivres et d’anches d’une belle unité, soutenue par Arin Keshishi à la basse, Manuel de la Torre à la batterie, Vincent Thomas aux percussions et Pau Figueres à la guitare flamenca.

Très vite, la danseuse Ana Perez rejoint les musiciens sur scène, costume blanc à franges et talons devenus percussion à part entière — un dialogue frontal entre le jazz et l’âme du flamenco. Entre reprises inspirées de l’album de Miles Davis, comme Will’o the Wisp emprunté à Manuel de Falla ou la mélodie Solea, et compositions originales signées Truffaz et Lizana, le set invente une musique-monde à la fois savante et populaire : cuivres tantôt feutrés, tantôt tonitruants, guitare flamenca distillant un parfum de nostalgie, chant et cante jondo profondément habités. Ce soir-là, on aurait presque pu entendre Miles Davis lui-même glisser que ce n’était pas vraiment du jazz, mais simplement de la musique — la musique qu’il aimait.

Thomas Dutronc, une déclaration d’amour aux standards

Photo de groupe d'Erik Truffaz

Thomas Dutronc , le Dandy du Jazz revisite les standards.

Deuxième acte, et retour à Paris — ou presque. Pour la grande première de son nouveau concept « Jazz & Friends », Thomas Dutronc s’est entouré d’une équipe de complices taillée pour l’occasion : Éric Legnini au piano et au Rhodes, Stéphane Belmondo à la trompette, Rocky Gresset à la guitare, Thomas Bramerie à la contrebasse et Franck Agulhon à la batterie. Une formation resserrée, mais d’une redoutable complicité.

Le concert s’ouvre sur un morceau instrumental, guitare de Dutronc en tête, avant d’aller piocher avec tendresse dans un répertoire qui va de Chet Baker à Michel Legrand — dont Les moulins de mon cœur, popularisé par Françoise Hardy — en passant par Django Reinhardt et une escale parisienne du côté de Jacques Lanzmann, sur cette ville qui s’éveille toujours à cinq heures. Beaucoup de générosité dans les solos, une vraie fluidité dans les arrangements, chaque musicien parfaitement à sa place tout en gardant un espace de liberté qui sied aux mélodies. Le rappel, à l’issue d’un très beau set, aura confirmé ce que la soirée entière semblait démontrer : la richesse infinie et l’universalité du langage musical.

La Pinède Gould, scène de tous les dialogues

Depuis 1960, la Pinède Gould aime réunir, en une seule nuit, des univers qui n’avaient a priori rien pour se croiser. Cette soirée du 18 juillet en aura offert une nouvelle démonstration éclatante : d’un côté l’Espagne du flamenco venue honorer la mémoire de Miles Davis, de l’autre le Paris jazzy et manouche de Thomas Dutronc. Deux façons, radicalement différentes, de faire vivre le jazz aujourd’hui — et une preuve supplémentaire que sous ces pins centenaires, face à la Méditerranée, la musique continue de voyager sans jamais se figer. Jean-Loup Guest.


Jazz à Juan, 65e édition, s’est déroulé du 9 au 19 juillet 2026 à la Pinède Gould, Antibes Juan-les-Pins.

Jazz à Juan 2026 – Samara la Diva, héritière d’Ella, et Marcus la Légende, compagnon de Miles, réunis sur la scène mythique de la Pinède Gould pour une soirée de rêve

Juan-les-Pins, le 17 juillet 2026. Il y a des soirs, à la Pinède Gould, où l’air lui-même semble accordé sur la bonne tonalité. Le 17 juillet en était un. Guichets fermés, 3 350 âmes serrées sous les pins et un programme pensé comme une respiration en deux temps pour célébrer le centenaire de la naissance de Miles Davis : d’abord un souffle neuf, tout en velours et en promesses ; ensuite, une mémoire électrique, portée par ceux qui l’ont vécue de l’intérieur.

Samara Joy, une voix qui fait swinguer les cigales

Elle a 26 ans, déjà six Grammy Awards à son actif — dont celui du meilleur album de jazz vocal en 2026 pour Portrait — et une manière bien à elle d’entrer en scène sans jamais forcer le trait. Samara Joy chante comme on respire : avec une aisance déconcertante, un grain de voix chaud et ce petit vibrato qui semble toujours retenir quelque chose pour mieux le donner l’instant d’après.

Et puis, sous les pins, un miracle discret s’est produit. Les cigales de la Pinède, fidèles au rendez-vous, se sont mises à chanter en canon avec elle — comme si la nature avait décidé d’improviser sa propre partie d’accompagnement. Ce soir-là, sa voix a été comparée à celles de Sarah Vaughan et d’Ella Fitzgerald : deux étoiles que l’on ne convoque jamais pour rien. Le phrasé souple, le sens du silence entre les notes, la façon de laisser une phrase suspendue juste assez longtemps pour donner le frisson : tout, chez elle, respire l’héritage sans jamais sentir la copie.

Marcus Miller, l’électricité d’une mémoire

portrait noir et blanc de Marcus Miller

Marcus Millier : we want Miles…

Puis le rideau change de couleur. Le tempo s’accélère, le grain devient électrique et voilà Marcus Miller qui s’empare de la scène avec We Want Miles!, un hommage pensé pour le centenaire de la naissance de Miles Davis, né le 26 mai 1926. Le bassiste n’en est pas à son coup d’essai à Jazz à Juan — treizième venue, tout de même — et il ne se contente jamais de rejouer un répertoire : il en fut l’un des architectes, directeur musical de Miles de 1980 à 1985 et artisan du son électrique qui a fait basculer la carrière du trompettiste vers Tutu et les grandes fresques fusion.

Autour de lui, ce ne sont pas des remplaçants, mais des voix qui ont véritablement traversé cette histoire avec Miles : Bill Evans au saxophone, Mino Cinelu aux percussions et Mike Stern à la guitare, complices historiques de l’aventure We Want Miles. À la trompette, Sean Jones reprend le flambeau, chargé d’un rôle presque impossible : faire revivre un son que personne d’autre n’a jamais tout à fait su reproduire.

Et c’est là que la Pinède a offert l’un de ces instants suspendus qui n’appartiennent qu’aux concerts en plein air : aux premières notes électriques de Miller, les cigales — intarissables depuis le début de la soirée — se sont tues d’un coup. Comme si la nature elle-même retenait son souffle pour écouter. Un frisson de silence, aussitôt rempli par le groove, qui en dit long sur la place que Marcus Miller occupe aujourd’hui dans le jazz : celle, tout simplement, d’une évidence.

La Pinède Gould, une scène qui a du son dans les veines

Depuis 1960, la Pinède Gould ne se contente pas d’accueillir des concerts : elle les fait respirer autrement. Les pins parasols encadrent la scène comme des rideaux naturels, la nuit tombe lentement sur la baie et la Méditerranée, invisible, impose sa présence en toile de fond. Miles Davis, Ella Fitzgerald et Sidney Bechet y ont tous laissé une trace. Cette soirée du 17 juillet, en réunissant, en une seule nuit, une voix qui invente l’avenir du chant jazz et des musiciens qui en portent la mémoire vivante, aura rappelé une chose simple : ici, la musique ne se contente jamais d’être écoutée. Elle se vit, elle se respire et, parfois même, elle fait taire les cigales. Jean-Loup Guest.

 


La 65e édition de Jazz à Juan s’est déroulée du 9 au 19 juillet 2026 à la Pinède Gould, à Antibes Juan-les-Pins.

Jazz à Juan 2026 : Une nuit de soul sous les pins : Seal et Mica Millar embrasent Jazz à Juan

Il y a des soirs où l’air lui-même semble retenir son souffle. Le 13 juillet, sous les pins parasols de la Pinède Gould, à Juan-les-Pins, ce fut exactement cela : une chaleur écrasante de 30 degrés, un concert de cigales en guise de prélude et des milliers d’éventails s’agitant dans la pénombre dorée du crépuscule. La 65e édition de Jazz à Juan, complète depuis des semaines, s’apprêtait à vivre l’une de ses soirées les plus attendues, portée par un souffle de nostalgie et de soul qui allait traverser toute la Pinède jusqu’au bout de la nuit.

Mica Millar, l’émotion à vif

Portrait en gros plan du visage de Mica.

Une voix soul intimiste.

À 20 h 30 précises, la scène s’illumine et Mica Millar fait son entrée sous une ovation déjà brûlante. La chanteuse britannique, compositrice et productrice farouchement indépendante, n’a rien d’une débutante intimidée : depuis son premier album, Heaven Knows, sorti en 2022, elle s’est imposée comme l’une des voix soul les plus captivantes du Royaume-Uni.

Ce soir-là, elle présente son tout nouvel opus, A Little Bit of Me, sorti le 5 juin 2026 et enregistré en Provence — un disque plus intime, plus spirituel, né de six années de doutes, de combats et de reconstruction personnelle. Face à la mer qui scintille en arrière-plan, elle offre une heure de concert impeccable, mêlant soul et R&B avec une puissance vocale rare qui enveloppe littéralement la Pinède. Complice d’un public déjà conquis, elle multiplie les échanges avec la foule, l’invitant à chanter avec elle — un moment suspendu, presque hors du temps. Sa voix, empreinte d’une émotion et d’une sincérité rares, confirme pourquoi elle s’impose aujourd’hui comme l’une des révélations les plus marquantes de la scène soul britannique.

Seal, la légende qui n’avait jamais joué à Juan

À 22 heures, changement d’ambiance. Seal fait ses débuts sur cette scène mythique — un comble pour un artiste qui a vendu plus de 30 millions d’albums, cumulé plus d’un milliard de streams et raflé quatre Grammy Awards, trois Brit Awards et un MTV VMA au fil de sa carrière. L’homme à la voix inimitable, celle de « Kiss from a Rose », de « Crazy » et de « Killer », déploie un répertoire qui a marqué des générations entières de pop, de R&B et de dance.

Sous les étoiles, dans cette Pinède qui a vu défiler les plus grands noms du jazz depuis 1960 — de Miles Davis à Ella Fitzgerald —, Seal livre une prestation habitée, à la croisée de la nostalgie et de la magie pure. Il déroule les titres qui ont construit sa légende, de « Killer » à « Crazy », en passant par l’incontournable « Kiss from a Rose », dans une setlist pensée comme un voyage à travers toute sa carrière. Le public, venu nombreux, vit ce concert comme une soirée historique pour le festival — une évidence, tant cette rencontre entre l’artiste et la Pinède semblait, malgré cette grande première, aller de soi.

Une soirée hors du temps

Entre la ferveur intimiste de Mica Millar et la communion électrique autour de Seal, cette soirée du 13 juillet restera comme l’un des sommets émotionnels de l’édition 2026 de Jazz à Juan — le plus ancien festival de jazz d’Europe, qui se poursuit jusqu’au 19 juillet à Antibes Juan-les-Pins, entre légendes confirmées — Tom Jones, Marcus Miller, Goran Bregović — et nouvelle génération de talents.

Sous les pins de la Pinède Gould, avec la mer en toile de fond et les cigales pour seule bande-son avant que la musique ne prenne le relais, Jazz à Juan a une fois de plus prouvé pourquoi il reste, plus de six décennies après sa création, un rendez-vous que les amoureux de musique ne manqueraient pour rien au monde. Jean-Loup Guest.

Jazz à Juan – 9 juillet 2026 : soirée d’ouverture

Jazz à Juan : la soirée d’ouverture du 9 juillet, entre jazz, soul et crooner de légende

Hier soir, jeudi 9 juillet, la 65ᵉ édition du plus ancien festival de jazz en plein air d’Europe a levé le rideau à la Pinède Gould. Le ciel passait du rose au bleu nuit au-dessus de la Méditerranée et, sous les pins centenaires, deux générations issues de la musique noire américaine se sont donné rendez-vous pour une soirée d’ouverture qui ne ressemblait à aucune autre.

José James et China Moses : Marvin Gaye revisité, à fleur de peau

Torse tatoué entrevu sous un costume de lin, mèche argentée et sourire qui semble ne jamais s’éteindre : José James arrive sur scène avec l’allure décontractée de celui qui n’a jamais rien à prouver. Accompagné d’un quartet sur mesure — piano, basse, batterie, guitare —, il a rejoint China Moses pour une carte blanche pensée en l’honneur des cinquante ans d’I Want You, l’album culte le plus charnel de Marvin Gaye.

Le pari : ne pas se contenter de rejouer les morceaux, mais les laisser infuser, se déformer et se répondre entre les deux voix. James, la voix feutrée et le groove hip-hop dans le sang, laissait la part belle aux silences ; China Moses, fille de Dee Dee Bridgewater et habituée des tessitures graves et habitées, apportait la brûlure. Entre les deux, quelque chose comme une conversation intime — plus proche d’un tête-à-tête que d’un hommage classique. Le sommet de la soirée est d’ailleurs venu d’un morceau extérieur à l’album célébré : une magnifique version de What’s Going On, que Marvin Gaye lui-même n’aurait pas reniée, portée par les deux voix en parfaite communion.

Portrait de tom jones

Tom Jones… l’éternel jeune crooner, séduisant et irrésistible. Crédit : © Jazz à Juan – Fred Laures

Tom Jones : un crooner qui défie le temps

S’il existe un artiste qui semble s’être arrangé avec les lois de la physique, c’est bien Tom Jones. Pour son entrée en scène, l’homme est installé sur un haut tabouret. Mais, du haut de ses 86 ans, il ne semble avoir besoin d’aucun ménagement une fois le micro en main.

Le ton était donné dès le premier morceau : un I’m Growing Old livré en piano-voix, dans lequel le Gallois assume frontalement son âge plutôt que de le fuir. La suite a confirmé cette étrange sérénité face au temps qui passe, entre reprises de Leonard Cohen et de Bob Dylan, côté mélancolie, et incursions plus enlevées du côté de What’s New Pussycat? ou d’une version bluesy de Sex Bomb. Entre deux morceaux, l’artiste a égrené ses souvenirs — ses débuts en studio à la fin de l’année 1964, ses premiers concerts sur la Côte d’Azur — avant de rendre hommage, à sa manière, à quelques-uns des auteurs qui ont jalonné sa route : Cat Stevens, Bob Dylan, Randy Newman, Prince.

Au rappel, fidèle à son goût pour l’anecdote, il a donné au public le score du match France-Maroc, avant de conclure sur Johnny B. Goode — un ultime clin d’œil à Chuck Berry, celui qu’Elvis Presley considérait comme le véritable roi du rock’n’roll.

Une entrée en matière fidèle à l’esprit du festival

Cette double affiche résume assez bien ce qui fait la singularité de Jazz à Juan depuis 1960 : faire cohabiter, au cours d’une même soirée, l’hommage rendu avec ferveur à un géant disparu et la présence, bien vivante, d’une icône qui continue d’écrire son histoire. La suite du festival, jusqu’au 19 juillet, proposera une programmation différente chaque soir, avec notamment Seal, l’hommage de Marcus Miller à Miles Davis, à l’occasion du centenaire de sa naissance, et la jeune Samara Joy.

Jazz à Juan 2025 ! Vous n’y étiez pas. J’y étais pour vous… État d’âme d’un fou de Jazz !

Jazz à Juan c’est avant tout cette Pinède Gould, un lieu chargé d’histoire et d’émotions, un écrin naturel qui nourrit la mémoire collective du jazz et accueille des générations d’artistes et de mélomanes depuis plus de six décennies. Depuis soixante-cinq ans, quand le crépuscule caresse la Pinède et que la Méditerranée s’embrase des derniers feux du soleil, Jazz à Juan s’éveille, fidèle à sa légende. Les souffles de cuivre et les sons inédits ont traversé les âges, métamorphosant la scène, façonnant un répertoire vibrant d’histoires et d’émotions. La foule, peu à peu, s’est changée en une grande famille attachée à ce rendez-vous, avide de découvertes et riche de souvenirs accumulés sous les frondaisons complices.

Pourtant, au cœur de cette métamorphose, deux présences demeurent, inébranlables. D’abord, l’immuable Méditerranée, la Grande Bleue comme toile de fond majestueuse, dont les reflets dansent jusqu’aux premiers accords – elle veille, silencieuse et rassurante, gardienne éternelle du festival. Puis, il y a cette assemblée de regards, de silences, de respirations suspendues ; un public dont la ferveur traverse les générations, applaudissant avec la même ardeur que jadis, tissant chaque soir un lien invisible d’émotion partagée.

Mais c’est la nature elle-même qui scelle la magie du lieu : le chœur des cigales, vibrant comme un chapelet d’étoiles sonores, enveloppe chaque performance d’un écrin unique, secret. Dans ce théâtre en plein air, les âmes se rencontrent, bercées par la volupté d’un instant suspendu entre ciel et mer, là où le jazz s’élève, éternel, dans une communion d’ombres, de lumières et de mélodies retrouvées. Leur présence sonore imposante oblige souvent les musiciens à interagir spontanément avec elles, comme dans l’anecdote d’Ella Fitzgerald qui a improvisé un morceau qu’elle nommera « Cricket Song » en s’en inspirant pendant son concert à la Pinède en juillet 1964.

Une sorte d’échange s’installe entre le vivant et l’art

À propos d’art, la direction artistique du festival Jazz à Juan est assurée depuis quelques années par un trio de mousquetaires composé de Jean-Noël Ginibre, Reno Di Matteo et Pascal Pilorget, complétés par Philippe Baute, directeur de l’office du tourisme d’Antibes Juan-les-Pins. Ce comité veille au choix des artistes, à la programmation et à la pérennité de ce rendez-vous international tout en tentant de maintenir un équilibre entre la tradition du jazz et l’ouverture à la diversité des styles contemporains… pas si simple !
Chaque année le défi est lancé : il faut parfois faire des choix difficiles, accepter de ne pas plaire à tout le monde, tout en restant fidèles à l’esprit du jazz et à la vocation initiale du festival. Dans ce sens, l’ouverture ne signifie pas tout programmer, mais plutôt proposer une direction claire qui honore le jazz tout en étant ouverte à des influences qui dialoguent avec lui, sans dilution… sans dilution !

Alors comme à la saison des vendanges, qu’en est-il du cru Jazz à Juan 2025 ?

 

Au soleil couchant, sous un magnifique ciel bleu nuit la scène éclairée par les sunlights, sous les applaudissements de la foule en attente et des cigales en effervescence fait place en ce 10 juillet 2025, à Émile Londonien qui ouvre ce festival et cette soirée à la Pinède Gould, au son de ses claviers, batterie et guitare basse, montrant un jazz actuel avec des touches d’électro et de jazz funk.
So what ?
Une mise en bouche élégante, des musiciens de talents… pour un public attentif dans une ambiance polissée.

La soirée s’est ensuite poursuivie avec le groupe électro-pop Air, connu pour son mythique album « Moon Safari », apportant une dimension encore plus électro psychédélique à l’événement, mêlant ambiance mystérieuse et onirique  Leur musique atmosphérique et minimaliste, m’on transporté dans un univers bien éloigné du Jazz et laissé totalement sur ma faim !
So what ?
Décalage et dérapage non contrôlé, à défaut de juger leur musique, je dirais juste que j’ai beaucoup soupiré, mais pas de plaisir.

Femme chanteuse à la peau noire habillée avec une robe jaune scintillante

Diane Reeves. ©

Ce mélange entre un jeune groupe jazz électro-funk comme Émile Londonien et un duo emblématique de la musique électronique comme Air illustre bien la volonté du festival Jazz à Juan 2025 de jongler entre tradition et modernité.
Le concert de Diane Reeves le 11 juillet 2025 à la Pinède Gould de Juan-les-Pins, a été un événement marquant. Diane Reeves, chanteuse de jazz cinq fois lauréate d’un Grammy, a livré une performance exceptionnelle mêlant jazz et R&B avec une virtuosité louée par la critique. Son répertoire, connu pour ses capacités d’improvisation et sa voix puissante, a captivé le public présent dans ce cadre enchanteur au bord de la Méditerranée.
So what ?
Quelle classe, quelle élégance, dans la tradition des grandes Divas du Jazz !!!

Jamie Cullum, mon coup de cœur

Un jeune homme blanc en t-shirt chante sur la scène de Jazz à Juan 2025

Jamie Culum © JLGuest

Il a une fois de plus électrisé la scène de Jazz à Juan cette année. Fidèle à sa réputation, l’artiste britannique a livré un concert plein d’énergie, mêlant virtuosité, humour, et intensité émotionnelle. Véritable homme-orchestre, Jamie Cullum a prouvé qu’il était bien plus qu’un simple pianiste ou chanteur de jazz : Il saute d’un instrument à l’autre avec une aisance déconcertante, improvise avec brio, et sait dialoguer avec le public grâce à son charme naturel et son sens du spectacle.
Sur scène, il alterne entre swing, groove, pop et mélodies introspectives, rendant hommage aux grands du jazz tout en y apportant sa touche contemporaine. Son énergie communicative et sa présence scénique en font réellement un « homme à tout faire » du jazz, capable de faire danser autant que d’émouvoir. C’était sans aucun doute un moment exceptionnel de cette édition 2025 du festival Jazz à Juan, et les spectateurs, tous debout, ne sont pas près d’oublier cette performance virevoltante !
So what ?
Chair de poule, du plaisir, beaucoup de plaisir, une communion totale entre Jamie Cullum, ses musiciens et le public qu’il a fait totalement chavirer… that’s the way of Jazz i love !

Ayo, féline et pleine de grâces

Une jeune femme noire, portant un large pull blanc saute dans un ruisseau en tenant une guitare.

Ayo. ©Fred Mont –

Samedi 12 juillet, dans ce cadre unique, naturel et intimiste, adoré des festivaliers, Ayo pénètre sur la scène de La Pinède Gould à pas feutré, telle une féline ondulant avec grâce et délicatesse. Ayo, chanteuse, compositrice et interprète d’origine nigériane et allemande, a transporté le public dès les premiers accords grâce à sa voix douce, puissante et sincère, et à un univers musical mêlant soul, folk, reggae et jazz. Après avoir été révélée en 2006 avec son album « Joyful », elle continue de séduire avec de nombreux autres albums, jusqu’à son plus récent, « Mami Wata » (2024), inspiré par son installation à Tahiti — un disque introspectif témoignant d’une nouvelle étape artistique.
Nous avons été conquis par la générosité de sa prestation, l’émotion qui se dégage de ses textes et l’atmosphère chaleureuse qu’elle sait déployer sur scène.  Ayo propose un voyage à travers ses grands classiques (dont « Down on My Knees », « And It’s Supposed to Be Love », ou « Life is Real »), des titres récents tirés de « Mami Wata », ainsi que de superbes reprises, le tout ponctué d’échanges complices avec le public.
La soirée s’est déroulée dans la douceur d’un soir d’été, sous les pins centenaires, dans une ambiance à la fois festive et contemplative, où 3000 spectateurs se sont détectés de ce concert en plein air, les pieds dans le sable, sous les étoiles de la Côte d’Azur.
So what ?
Totalement sous le charme, quasiment envoûté par sa présence, sa voix, ses influences et ce voyage qu’elle nous fait partager

Grégory Porter, une étoile incontestée sous les pins

Un homme noir souriant avec une rose à la boutonnière et portant une chapka pose devant un chalet en bois.

Gregory Porter -©Ami Sioux

Grégory Porter, fidèle à la scène de la Pinède, a une fois encore enchanté le public venu nombreux cette année. Dès les premières notes, le chanteur américain a su imposer sa présence chaleureuse, enveloppant l’auditoire de son charisme et de sa voix profonde. Maître incontesté d’un univers musical oscillant entre jazz, soul et gospel, Porter a livré une prestation d’une rare intensité. Chaque morceau, interprété avec une sincérité touchante, a résonné comme une invitation au voyage, entre rythmes entraînants et ballades plus intimistes.
La communion entre l’artiste et son public fut palpable : applaudissements nourris, regards émerveillés et sourires complices ont rythmé la soirée. Grégory Porter a prouvé, une fois de plus, qu’il demeure un éternel ravissement pour tous ceux qui partagent, le temps d’un concert, son univers magnétique.
So What ?
Facétieux, généreux, bienveillant… dès la première note il nous enrobe de sa voix puissante et ronde à la fois . Ce mec est lui tout seul une thérapie vers le bien-être…à écouter sans modération !

Karen Guillock, émouvante dans son hommage à Nina

Chanteuse noire, cheveux lisse, souriante vêtue d'une robe en lamé vert scintillant.

Kareen Guiock Thuram- Alice Lemarin

Karen Guillock (plus précisément Kareen Guiock Thuram) s’est produite sur la scène de la Pinède Gould lors du Jazz Festival 2025 à Juan-les-Pins, le jeudi 17 juillet 2025. Son concert, un hommage émouvant à Nina Simone, a été très apprécié du public et des critiques, et elle a joué avec ses musiciens Kevin Jubert (piano), Rody Cereyon (basse), et Tilo Bertholo (batterie). Elle a démarré à 20h30, précédant Ibrahim Maalouf qui a joué plus tard dans la soirée. Ce concert s’inscrit dans une tournée 2025 très active avec plus de 20 concerts et de nombreux festivals à son actif.
Kareen Guiock Thuram est reconnue pour son style sincère et sa forte inspiration de Nina Simone, offrant une expérience musicale intime et émotive sur la scène jazz, notamment à la Pinède, un lieu emblématique du festival Jazz à Juan.
So what ?
E
lle a tout d’une grande… j’aime son timbre de voix, son sourire et l’émotion qu’elle nous procure !

Dabeull enflamme La Pinède dans un moment de pure magie funk & soul 🎶

Gros plan sur le visage angulaire et moustache de Dabeull qui fume une cigarette.

Dabeull ©David Vasiljevic

Il y a des concerts qui marquent, qui laissent une empreinte indélébile dans les cœurs et les esprits. Celui de Dabeull, lors de cette édition 2025 de Jazz àJuan, en fait clairement partie. Dès les premières notes, Dabeull a imposé sa patte : ce mélange savant et électrisant de funk rétro, de groove sensuel, et de soul luxuriante. Accompagné de musiciens aussi talentueux qu’habités, il a su créer une tension euphorique dans l’air, progressivement, jusqu’au point de bascule — ce moment où la foule cesse de regarder pour commencer à vivre pleinement, corps et âme, ce qui se passe sur scène.
Peu de minutes après le début du set, c’était évident : plus personne ne tenait en place. Le public, tous âges confondus, s’est levé comme un seul corps, happé par le rythme, l’énergie débordante, et cette capacité rare de Dabeull à rendre chaque morceau profondément vivant. Une effervescence communicative s’est emparée du festival. Des sourires partout, des déhanchés spontanés, des mains levées : il y avait quelque chose de magique, presque cathartique, dans l’air.
Avec ses synthés vintage, ses basses chaudes, ses refrains accrocheurs et sa vibe rétro-futuriste, Dabeull nous offre plus qu’un concert : une expérience sensorielle totale. Ceux qui venaient par curiosité sont repartis conquis. Ceux qui étaient déjà fans ont vu leurs attentes pulvérisées. Chaque morceau semblait être une invitation à rejoindre une grande fête bienveillante, à la croisée des années 70 et du groove de demain.
Au-delà de la musique, c’est la relation que Dabeull entretient avec le public qui impressionne. Il sait exactement comment parler à son audience, comment l’inclure, la faire participer, rire, danser, chanter. Il ne s’adresse pas à des spectateurs, mais bien à une communauté joyeuse rassemblée autour de la même passion.
Alors que La Pinède célèbre cette année encore la richesse des musiques improvisées et hybrides, Dabeull a su incarner cette ouverture avec brio. En fusionnant le jazz aux courants funk, soul et électroniques de manière audacieuse, il a offert un moment de cohésion rare — une bulle euphorique suspendue hors du temps…
So what ?
Vous aimez le Jazz, la Soul, le Funk, le Synthé , les Cuivres, la Fusion,  la Danse… alors bienvenus dans l’univers de Dabeull !, That’s Entertainment… un vrai bonheur !

La magie Sophy Soliveau !?

Une photo un peu floue en gros plan du visage de Sophye Soliveau, chanteuse noire de Jazz

Sophye Soliveau – ©JLGuest

Elle a en effet opéré une fois de plus cette année au festival Jazz à Juan, à la Pinède Gould dans ce cadre prestigieux, offrant sa voix pleine de groove précieux et subtil accompagnée de sa harpe, créant une ambiance harmonieuse et profonde, inspirée notamment par la soul. Son approche artistique met particulièrement en valeur l’harmonie vocale collective et l’interaction avec le public, transformant la scène en un espace d’improvisation partagée et de création collective. Ce concert s’inscrit dans une édition 2025 très riche, avec d’autres artistes majeurs programmés autour de cette date.
Sophye Soliveau a une nouvelle fois enchanté le public du Jazz à Juan cette année, confirmant son univers musical unique et la puissance de ses performances en direct. Ses influences artistiques déclarées incluent des figures majeures comme Erykah Badu, Angie Stone, Rachelle Ferrell, Bobby McFerrin, ainsi que Dorothy Ashby, la harpiste de jazz américaine, et Maxell et Brandy dans la sphère R’n’B. Elle se démarque en fusionnant la harpe avec sa voix dans un style moderne et organique, mêlant groove et harmonies vocales raffinées. Elle revendique aussi une admiration pour la chanteuse française Camille, qui a marqué une phase d’inspiration dans son travail.
So what ?
J’adooorre… fan total de ce petit bout de femme qui fait corps avec sa harpe avec une sensualité troublante, qui joue avec les octaves de sa voix avec une facilité déconcertante et surtout j’adore son univers musical .

Le mythique Herbie était là lui aussi…

Herbie Hancock vêtu d'un beau costume bleu pose devant l'objectif en souriant derrière ses lunettes de soleil.

herbie Hancock- ©Herbie Hancock

Le concert d’Herbie Hancock à la Pinède Gould d’Antibes, le 19 juillet 2025 dans le cadre du festival Jazz à Juan, a été salué comme un moment phare du festival. Le mythique Hancock étant revenu pour la quatorzième fois dans un cadre qu’il considère quasiment comme une seconde maison. Son statut de légende incontestée du jazz – et sa capacité à réinventer ses classiques (tels que « Cantaloupe Island », « Maiden Voyage » ou « Chameleon ») – ont fait l’unanimité auprès du public, qui a savouré un répertoire traversant les décennies. L’événement a bénéficié d’une ambiance exceptionnelle et magique sous les pins et les étoiles, confirmant la réputation du festival comme « sanctuaire musical » et rendez-vous incontournable pour les amateurs de jazz. Dans l’ensemble, les retours expriment enthousiasme, émotion et reconnaissance devant la longévité et la créativité intacte de Hancock, qui a comme toujours su emporter la Pinède Gould dans un voyage musical universel.
La Pinède Gould, comble ce soir-là, a accueilli un public « réceptif et généreux », transporté par un répertoire qui traverse toutes les générations et fait vibrer même les néophytes. La dimension intergénérationnelle du public est également souvent citée, avec des passionnés venus en famille ou entre amis pour partager ce moment unique. L’ambiance générale était festive, chaleureuse et presque familiale, Hancock étant tourné vers le public avec complicité « Ici, c’est comme une vieille famille », selon ses propres mots…
So what ?
65 ans de Jazz nous contemplent avec Herbie Hancock…un monument aux allures de jeune homme, espiègle et heureux de partager sa musique sur la scène de la Pinède…Merci Monsieur pour votre œuvre, votre talent et votre…humanité !

Le rideau se referme doucement sur Jazz à Juan après dix jours de festivités et de musique. Rendez-vous est pris en Juillet 2026 !


Jazz à Juan 2025, mes confidences pour confidences…

Jean Loup Guest souriant derrière ses lunettes.

Jean-Loup Guest, l’auteur de cet article, votre serviteur « Jazz » à Juan ! ©Propriété de l’auteur

La musique en général et le jazz en particulier, c’est pour moi l’irruption du merveilleux dans le quotidien, une rencontre imprévisible, un éclat de lumière qui traverse l’âme. Elle tisse en silence des liens invisibles entre les êtres, parfois fulgurants, comme une histoire d’amour née d’un simple regard. Elle échappe aux mots, défie toute logique : on aime, on est emporté, sans savoir pourquoi. On ne dissèque pas un coup de foudre, car ce sont les émotions, palpables et brûlantes, qui parlent pour nous. La musique se vit, elle se ressent, et c’est dans ce mystère qu’elle déploie toute sa magie.

Dans la chaleur de juillet, Jazz à Juan 2025 a effleuré cette étreinte soul entre la nuit et le chant. Cette année, j’y suis venu en quête d’un groove, d’un frisson partagé, attendant cette pulsation qui fait vibrer l’intérieur et vous traverse de part en part comme la voix d’Aretha ou les doigts de Ray Charles. Je rêvais d’accords moites, de regards complices entre musiciens, de cette ferveur suave qui fait, d’une simple soirée, une célébration commune, une église à ciel ouvert.

Mais chaque soir, la ligne ne se tendait pas forcément. Quelques notes m’ont chatouillé l’âme, un solo m’a rappelé l’urgence d’aimer, mais l’alchimie n’y mettait pas tout son feu—il manquait cette sueur, cette intensité viscérale qui, parfois, fait basculer le concert de l’autre côté du miroir, quand on ne danse plus seulement pour oublier mais pour s’élever ensemble. J’ai ressenti des bouquets d’étincelles, quelques fois l’incendie ; des confidences intimes   et de la ferveur partagée.

Je repars avec la gratitude envers ceux qui ont tendu le micro à la nuit, mais il me reste en sourdine cette envie d’un festival d’où l’on ressort embrasé et consolé, le corps habité par une même vibration, le souvenir d’un instant où le temps s’arrête… comme un chœur qui continue de résonner longtemps après le silence.

So Jazz…

Jean-Loup Guest

You and The Night and The Music

Lundi 16 décembre, la pluie fait des claquettes sur le boulevard St-Honoré et mes pas accélèrent pour mieux marquer le tempo sur le bitume en mode « chabada ». J’ai tellement hâte d’y être !

21 ans de bonheur !

D’abord accueillie par le New Morning, puis l’Opéra-Comique et enfin l’Olympia, la soirée qui « consacre » le meilleur du jazz pose depuis 2017 ses valises et ses instruments Salle Pleyel. Il est environ 19h05, quand je pénètre dans cette mythique salle de concert qui accueille la 21e édition de « You and The Night and The Music », l’événement jazz de l’année, organisé par TSF JAZZ qui retransmettra l’intégralité du concert en direct via ses studios, pour celles et ceux qui se retrouvent privés de ce moment tant attendu. Pour Sébastien Vidal, grand manitou de TSFJAZZ et co-animateur de la soirée avec Laure Albernhe, « le jazz c’est d’abord du kiff avant d’avoir du sens, c’est notre objectif, notre vocation. » Avec pour ligne directrice pour construire la soirée de choisir douze groupes pour douze mois. Oui, mais voilà, le cru 2024 est exceptionnel… Impossible de réduire à douze ! Ce seront donc dix-sept groupes qui se produiront avec pour mission de donner du plaisir et de partager des émotions.

Dans la salle, on retient son souffle !

19h30. Pleyel se remplit rapidement et une effervescence certaine bruisse devant et dernière le rideau…
19h55. Pleyel est pleine à craquer, plus une seule place de libre.
2036 aficionados installés dans leurs fauteuils en velours rouge trépignent d’impatience en attendant le lever de rideau.
20h00. La voix de Sébastien Vidal s’élève dans la nuit : “place à la musique et place au Jazz, bonne soirée.”
Lumière éteinte et rideau toujours baissé, un vibrant hommage est rendu à Martial Solal, véritable légende du jazz, pianiste, compositeur, arrangeur, chef d’orchestre. Il vient de s’éteindre à l’âge magnifique de quatre-vingt-dix-sept ans.
Derrière ce rideau, qui, décidément n’en finit pas de se lever, retentit le son éclatant d’un big band ! Et me voilà projeté dans le passé, salle Pleyel il y a cinquante-deux ans, un certain 17 avril 1972 avec le Count Basie Orchestra, champion du monde du swing.
Ce soir sur cette même scène, les héritiers du Count Basie Orchestra s’appellent le Zoot Big-band, un collectif de seize jeunes musiciens inspirés, dont la moyenne d’âge n’excède pas vingt-sept ans. Ils rendent un hommage à leurs illustres aînés. Bonne nouvelle, le Zoot Big-band sera l’orchestre de cérémonie de la soirée avec un répertoire et des arrangements composés spécialement pour « You and The Night and The Music ».

Michel legrand afficheDe la scène à l’écran, le Jazz est là !

Cerise sur le gâteau… à chaque changement de groupe, pendant que les techniciens s’affèrent, telles les abeilles ouvrières dans la ruche, un grand écran diffusera des extraits de documentaires, films, interviews ou concerts. L’occasion pour nous durant cet intermède de découvrir un documentaire exceptionnel sur la vie de Michel Legrand. Suivi d’une interview de Quincy Jones qui, tout comme Martial, a eu la très mauvaise idée d’aller rejoindre ses petits copains près des étoiles, probablement pour faire une jam.

Tous en scène, que le spectacle commence !

Sur les planches, les coups de cœur, les soubresauts de l’âme s’enchaînent au rythme des groupes venus de toutes les latitudes et longitudes, ils ont toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, ils ont le voyage dans le sang et dans la musique. Et nous, on est là, on écoute, on savoure. Pourvu que ça dure, prie-t-on, pendant les rares notes blanches. Daoud, un trompettiste franco-marocain de trente quatre ans entre sur scène accompagné de son quartet. Je l’avais découvert l’an dernier à « Jammin’ Juan » et je retrouve avec bonheur ses influences musicales qui nous baladent du jazz au RnB, en passant par le hip-hop ou la musique électro. Son jeu est puissant et mélodieux. Loin des clichés, il communie sur scène avec ses musiciens dans une sorte de danse tribale fusionnelle. Daoud s’inscrit dans la mouvance de Theo Crocker et Christian Scott, mâtiné du charme oriental d’Ibrahim Maalouf. Je conseille son dernier album « Good Boy ».
Enchaînement parfait avec le superbe duo piano voix de la jazz-singer Charlotte Planchou, accompagnée de Marc Priore au piano. Dans son dernier album « Le Carillon », elle se balade avec allégresse du Jazz à la pop en passant par la Bossa.
Place ensuite au talentueux pianiste gallois, Joe Webb, véritable rock star de la scène londonienne, qui compose et joue en trio sa propre musique au piano ou à l’orgue Hammond. Après avoir collaboré avec des pointures comme Wynton Marsalis ou Jamie Cullum, Joe Webb s’est consacré à l’écriture de son premier album « Hamstings and Hurricanes ».
Brad Mehldau dit de lui « il sait swinguer, il est mélodique et laisse les idées se développer sans l’arbitraire »… beau compliment !
La magie du jazz s’exprime grâce à un brassage international qui permet à des musiciens du monde entier d’exprimer leur talent sur la même scène, avec pour unique langage « la musique », pour road book « les partitions » et pour source d’inspiration « l’improvisation ».
Poursuivons donc ce voyage musical au Canada, pays d’origine de l’éclectique multi-instrumentiste Jowee Homicil , qui nous embarque dans son dernier projet « Spiritual Healing » vers ses racines haïtiennes.
Puis, chaud devant avec le Jazz-Funk au féminin de la flûtiste Ludivine Issambourg. Dotée d’une superbe énergie et très inspirée dans son dernier album « Above The Laws » par son maître, Hubert Laws, elle nous enchante ici avec son groove explosif. J’ai même retrouvé ici et là au détour de ses chorus, des envolées lyriques dignes de mon flutiste de cœur…Jethro Tull ! Pour info, Ludivine Issambourg sera au New Morning le 31 janvier prochain.
Autre coup de cœur avec un des pianistes les plus doués du jazz français, grand admirateur de Kenny Barron, le pianiste  Fred Nardin et son « Nightcall » , devenu un tube planétaire après la reprise d’Angèle et Phoenix pour la cérémonie de clôture des JO. Ce qui caractérise Fred Nardin c’est avant tout la beauté de son jeu qui nous emporte et nous fait voyager…j’adore !
Poursuivons ce voyage musical en Italie avec l’album romantique du saxophoniste Stefano Di Battista « La Dolce Vita » avec pour fil rouge, les chansons italiennes populaires et les célèbres musiques de films de la Cinecittà.
Quittons Rome pour Tel-Aviv avec la star du Jazz israélien, le  contrebassiste Avishai Cohen qui bondit sur scène avec ses deux complices, la batteure Roni Kaspi et le pianiste Guy Moskovich, formant un trio de rêve à la tête du duquel Avishai Cohen nous régale, album après album ! « Brightlight », le dernier en date n’échappe pas à la règle. Perso j’ai adoré sa reprise de « Summertime » !
Gros coup de cœur aussi pour Edouard Pennes et son « Bird Lives » en hommage aux deux albums mythiques « Charlie Parker with Strings » (Mercury 1950) et l’album de compilation paru sur le label Verve en 1995. Il n’y aucune volonté de plagier chez Pennes, bien au contraire, il livre une très belle relecture de ces albums de légende, servis pour la circonstance par une petite section de cordes classiques et une section rythmique bebop.
Dans un registre différent, le bouillonnant Isaiah Collier, jeune saxophoniste de vingt-six ans, originaire de Chicago, illustre à sa façon la jeune garde Coltranienne et nous délivre un long monologue puissant et vibratoire dans un savoureux patchwork de gospel et de funk… fascinant !

 

Vamos…

affiche You and the Night and the music 2025Le pianiste espagnol Marco Mezquida qui nous illumine à chaque apparition en flirtant entre jazz et flamenco, nous dévoile son nouvel album plus intimiste « Letter to Milos », dans un format trio peu conventionnel mais qu’il adore avec Martín Meléndez au violoncelle et Alex Tobias au pandeiro, un large tambourin espagnol.
Dans cette quête de rencontres et de voyages, s’il y a bien un musicien de jazz en recherche permanente, c’est assurément Samy Thiebault ! Sa musique multicolore et son saxo sont de véritables remèdes contre la mélancolie…à savourer son album « In Waves ».
L’un des grands moments de la soirée fut la présence exceptionnelle, en sa qualité d’invité d’honneur, du légendaire pianiste jamaïcain Monty Alexander. Ce magnifique octogénaire sur sa fiche d’état civil demeure un éternel jeune homme dès lors que ses doigts effleurent l’ivoire de son piano. Il tombe amoureux du jazz à l’âge de treize ans, le jour où son père l’avait emmené voir Louis Armstrong en concert à Kingston. Monty est un pianiste au swing exceptionnel et à l’incroyable dextérité à l’instar d’Oscar Peterson, son maître à jouer. Petite anecdote…Il était prévu qu’il joue ce soir pendant six minutes, oui mais voilà ! il s’est senti tellement bien sur cette scène de Pleyel, qu’après avoir regardé sa montre, il nous a gratifié de huit minutes de bonheur supplémentaires… Merci Monsieur ! Comme le bonheur appelle le bonheur, la suite des festivités révèle d’autres talents, avec le trio du saxophoniste Dimitri Baevsky qui débarque à NYC à l’âge de dix-neuf ans pour ne jamais plus quitter « big apple ». II sera accompagné par le contrebassiste David Wong et un de mes chouchous, le formidable guitariste Peter Bernstein, dont la biographie donne le vertige…Brad Mehldau, Lee Konitz, Diana Krall, Joshua Redman Diana Krall, Joshua Redman… excusez du peu !

Un ange passe…

Sophye Soliveau, vingt-huit ans, prend place sur scène, avec au programme, « Initiation » un album sublime aux couleurs, R&B, soul, jazz, et gospel. Chanteuse et harpiste surdouée, biberonnée à la chanteuse néo-soul Erykah Badu et au vocaliste américain Bobby McFerrin, dont Sophye Soliveau s’est inspirée pour ses improvisations vocales.
The last but not the least avec le « teen ager » de cette 21e édition de « You and The Night and The Music », le jeune chanteur Tyreek McDole, vingt-quatre ans , étoile montante du jazz vocal, lauréat de nombreux prix, dont le concours international de Jazz Sarah Vaughan 2023 qu’il remporte avec trois morceaux  : September in the Rain ( Sarah Vaughan, Lush Life(Johnny Hartman ) et Every Day I Have the Blues (Joe Williams ). À suivre !

Vivement l’année prochaine…

23h15… le rideau se baisse, les lumières éclairent les visages réjouis de mes âmes sœurs d’un soir. Comme au cinéma où je pars toujours le dernier pour lire jusqu’à l’ultime ligne du générique, je reste lové dans mon fauteuil carmin, histoire de regarder les derniers quitter la salle et d’attraper, peut-être, au vol quelques notes bleues flottant encore dans l’air. Je ferme les yeux. Je revois tous les artistes de cette soirée exceptionnelle venus partager leur amour du Jazz et sa magie, qui a opéré une fois de plus. Je me félicite de ce passage de témoin tout en douceur. Et même si cette année a été attristée par le départ vers la Voie lactée du pianiste Martial Solal, du compositeur Quincy Jones, du batteur Roy Haynes, de l’arrangeur brésilien Sergio Mendes, du guitariste Sylvain Luc, du saxophoniste Lou Donaldson, du percussionniste indien Zakir Hussain… Nous aurons assisté ce soir au miracle que seule la musique en général et le jazz en particulier sont capables de produire, l’osmose entre quatre générations, du plus jeune Tyreek McDole, tout juste âgé de vingt-quatre ans au vieux sage Monty Alexander de quatre-vingts ans. Nous étions là pour communier dans ce brassage ethnique de musiciens venus des quatre coins du monde pour partager et transmettre leur message de paix et d’amour. « Le jazz est synonyme de liberté. Pour l’absence de préjugé et de discrimination, l’absence d’obligation et de convention. C’est ma définition du jazz que je veux transmettre à l’auditeur. Qu’il soit jeune ou vieux, traditionaliste ou moderne, fan de jazz ou pas », dit l’organiste Barbara Dennerlein.
Quant à moi, humble amoureux de cette musique qui me transporte, je n’ai qu’un seul désir à formuler… Que nous soyons tous au rendez-vous dans un an Salle Pleyel pour la 22e édition de You and The Night and The Music ! Jean-Loup Guest

Jazz à Juan 2024, universel, chaud et multicolore !

Tous les ans à la même époque, mes papilles auditives sont en alerte ! Et pour cause, la saison des festivals de Jazz bat son plein. Celui d’Antibes Juan-les-Pins n’échappant pas à la règle, nous fêtons la 63e édition de ce festival de légende qui a vu passer sur la scène de la Pinède les plus prestigieux musiciens de la planète. Cette année encore, du 8 au 18 juillet une belle place a été faite à un Jazz éclectique multi-générationnel, où ont brillé une myriade de talents… Avec le temps mes goûts ont évolué, et tout comme je l’aurai fait dans un restaurant étoilé, après avoir dévoré des yeux le menu de ce Jazz à Juan, j’ai vite compris que faire un choix allait être difficile. Défi relevé !  Je vous révèle mon menu musical personnel

Manu Katché

Manu katché,  le plaisir avant tout !

Les premières notes n’étant pas dépourvues de saveur et de peps, puisque c’est à Manu Katché qui fut il y a quelques années le parrain de ce festival sous la Pinède, que revient le privilège d’ouvrir le festival. Casquette vissée sur la tête, le plus « exciting » des batteurs français est venu accompagné de ses musiciens studio. Ils ont livré un show pétillant et jubilatoire pour notre plus grand plaisir. Le batteur des stars entouré de Jérôme Regard à la basse, Patrick Manouguian à la guitare et Elvin Galland derrière les claviers nous ont régalés, et cerise sur le gâteau, un solo de batterie époustouflant du patron a fait se lever la salle sous les étoiles. La nuit est tombée, les cigales cymbalisent et rivalisent avec Manu Katché jusqu’à la fin du set.

Toto : phénoménal et pas une ride

Un plaisir ne venant jamais seul, place au groupe de légende Toto ! Au cours de la dernière décennie, Toto a connu une renaissance majeure de sa popularité. Aucune statistique ne l’illustre mieux que le nombre total d’écoutes, toutes plateformes confondues, proche des cinq milliards. Et malgré le temps qui passe, les années semblent glisser comme les doigts de Steve Lukather sur le manche de sa guitare. Lunettes rondes et chapeau à la Blues Brothers, le chanteur Joseph Williams a également assuré le spectacle avec « Africa », « Georgy Porgy » , ainsi qu’une reprise des Beatles «With a Little Help From my Friends ». Ils ont fait chavirer un Jazz à Juan qui ne demandait qu’à se laisser embarquer jusqu’au bout de la nuit !

La potion magique du jazz africain

J’ai ensuite concentré toute mon attention sur Tiken Jah Fakoly, qui foule la scène de la Pinède Gould pour la troisième soirée. Il nous embarque en voyage sur le continent africain en compagnie de ses musiciens et ses deux fabuleuses choristes. Piano, xylophone, batterie et guitare offrent une diversité musicale hors pair. Une belle fête estivale et en arrière-plan le public, spectateur du coucher de soleil sur le massif de l’Estérel. Une pinède en fête bercée aux ondes positives du chanteur reggae. Une invitation à la danse pour une grande fête populaire.

La star de Dakar…

Deux heures plus tard, Youssou N’Dour se présente à nous. Ovation de public ! Un beau moment vécu ensemble. Le natif de Dakar cultive une belle complicité avec la foule, il déroule sa « setlist » et nous emporte peu à peu au plus profond de son art. Jusqu’au moment où retentit son hit « 7 Seconds » qu’il a chanté en 1994 avec Neneh Cherry. La magie opère toujours même trente ans après…

Les frères Belmondo

Jazz & pop époustouflant !

Le Belmondo Dead Jazz nous fera vivre une soirée éclectique avec un superbe hommage au Grateful Dead par le sextet des frères Belmondo. Un démarrage en fanfare pour  le projet Belmondo Deadjazz qui entame son concert et s’empare sans complexe des morceaux du groupe mythique pour les réinterpréter, les réinventer. Une réussite totale pour Lionel Belmondo au saxophone et son frère Stéphane Belmondo à la trompette, avec, entourés des pointures Éric Legnini au Fender Rhodes, Thomas Bramerie à la contrebasse, Laurent Fickelson à l’orgue et au piano et Dré Pallemaerts à la batterie. Ça démarre fort avec « China Cat Sun Flower ». Les claviers vintages de Legnini et Fickelson font merveille pour distiller subtilement la ligne mélodique du morceau. Puis la trompette de Stéphane Belmondo réinvente la mélancolie et le blues dans le magnifique « Stella Blue », où l’on perçoit presque la voix de Jerry Garcia au travers des notes toutes douces de la contrebasse de Thomas Bramerie, du saxophone inspiré de Lionel Belmondo et du tempo magique du batteur.
La nuit tombe doucement, le trompettiste ému appelle sur scène Brad Mehldau pour un dernier morceau dédié à Grateful Dead, que le pianiste écoutait religieusement trente-cinq ans plus tôt… Impossible de se rappeler de cette époque sans avoir des étoiles plein les yeux.

Chris Potter… Le jazz dans les étoiles

Après l’entracte, Chris Potter a choisi des musiciens d’exception pour présenter son dernier album Eagle’s Point. Johnathan Blake à la batterie, John Patittucci à la contrebasse et Brad Mehldau au piano : un groupe qui va enthousiasmer le public pendant plus d’une heure. On est ébloui par le talent de chacun des interprètes mais peut-être encore plus par l’humilité de chacun d’entre eux tellement à l’écoute des autres. Impossible de louper la patte du contrebassiste, il débute deux des morceaux, avec une tonicité et une vivacité étonnantes. Comment ne pas s’étonner du toucher délicat des baguettes de Johnathan Blake aux cymbales curieusement assemblées, baguettes capables de s’envoler et se démultiplier avec éclat lors d’un solo remarquable. Quant aux mains de Brad Meldhau, elles racontent chacune une histoire pour mieux enchanter ses solos. Chris Potter au ténor, tout en retenue, accompagne, dirige, subtilise parfois la parole à ses amis virtuoses pour des solos chaleureux, quelques chorus inspirés. Un set aux sources du jazz, aux accents coltraniens mais aussi moderne et inspiré.

Truffaz… et votre serviteur

Truffaz… fait son cinéma !

Le 15 juillet, on se referait bien une toile… Après Rollin’, Erik Truffaz sort le Clap ! Deuxième volet de ses histoires de cinéma. Il réitère ce prodige de substituer ses propres images à celles suscitées par les bandes originales pour réécrire le script de nos vies, Truffaz rassemble une troupe d’acteurs nés dont le tellurique Marcello Giuliani co-producteur de l’album.
La contrebasse crépite, les pistons s’agitent, on dirait les dialogues d’un « buddy movie » au pays des frissons. Et puis, il y a la guitare western de Matthis Pascaud, la batterie dégingandée de Raphaël Chassin, les claviers en peau de léopard analogique d’Alexis Anérile… Cette jeune garde s’ébat en toute liberté, dans des espaces de jeu qui ont l’air illimités. Si Erik Truffaz réalisait des films, il le ferait sans doute comme un Cassavetes ou un Pialat, pour offrir à tous les rôles la surface d’improvisation la plus vaste et la plus intérieure. Dans ces musiques de cinéma, dans ce détournement de nos scènes et de nos sons, Truffaz révèle cet état de rêverie juste avant le sommeil et accouche des contes.
Truffaz revisite le thème du film  « Le Casse »,  permet au guitariste quelques envolées très rock que l’on retrouve dans leur magnifique version du «Requiem Pour un Con» avec ses claviers très free. Duo piano-voix pour débuter le « Camille » extrait du « Mépris » de Godard. Les autres reviennent pour enchaîner sur « The Persuaders », le générique impérissable de « Amicalement vôtre ». Emporté par un esprit Rock ou Jazz, Truffaz fait merveille. Quel dommage de les quitter si vite !

Joshua Redman au sax…

Joshua Redman, l’élégance à l’état pur

Depuis les trois dernières décennies, le saxophoniste, compositeur et leader Joshua Redman a démontré ses dons. Dans « Where are we » son premier enregistrement en tant qu’artiste Blue Note, il délivre, son album le plus exigeant et le plus captivant à ce jour, et, première pour lui, il construit avec la jeune chanteuse Gabrielle Cavassa une dynamique vocaliste. « Quand j’ai entendu Gabrielle, j’ai réalisé sa qualité expressive, son intimité et une vulnérabilité dans les sons qu’elle produisait qui étaient singulièrement captivants ». À ses côtés le batteur Brian Blade (leur relation date du début de leurs carrières respectives), le pianiste Aaron Parks (déjà partenaire du quartet collectif James Farm) et le bassiste Joe Sanders sont choisis avec soin pour répondre à un album de ballades. À ces musiciens triés sur le volet, pour donner encore plus de perspectives à cet album ciselé,  Redman invite quatre autres amis à contribuer aux portraits de leurs villes natales , les guitaristes Kurt Rosenwinkel (“Streets of Philadelphia”) et Peter Bernstein (“Manhattan”), le vibraphoniste Joel Ross (“Chicago Blues”) et le trompettiste Nicholas Payton (“Do You Know What It Means to Miss New Orleans?”).
« Where are we » offre aux auditeurs de choisir où ils se placent et d’où ils veulent écouter.

Le maître de la basse… MM !

En clôture apparaît MM… Marcus Miller ! 45 ans de carrière, 2 Grammy Awards, le Prix Edison pour l’ensemble de son œuvre, une Victoire du Jazz, nommé Artiste pour la Paix par l’UNESCO en 2013 et porte-parole du projet La Route de l’Esclave… Pour citer quelques-unes de ses distinctions. Marcus est un créateur, un producteur, un multi instrumentiste, un compositeur hors normes et prolifique, sans oublier ses collaborations avec les plus grands, Miles Davis, Eric Clapton, George Benson, Aretha Franklin, Brian Ferry, Wayne Shorter, Al Jarreau, Herbie Hancock et Carlos Santana… Excusez du peu !

Après ce festin musical, refermons les portes de cet exaltant Jazz à Juan 2024. Pour les plus impatients, destination « Le Nice Jazz Fest » du 20 au 23 août. Et vivement les nouvelles agapes Jazzy de Jazz à Juan 2025. Jean-Loup Guest

Jazz à Juan 2023, divines divas. La magie opère !

On succombe au charme de deux exploratrices capables, en trois notes, de nous transporter dans leur univers émotionnel respectif, sur la scène de la Pinède Gould.

Sous le soleil couchant de Juan les Pins, la chanteuse du soleil levant nous enchante…

Presque vingt ans après avoir reçu le Grand Prix Jazz à Juan Révélations et son premier concert sur la scène de la Pinède Gould, la chanteuse coréenne Youn Sun Nah revient à Juan. Elle a sorti son nouvel opus intitulé Waking World début 2022, le premier dont elle a écrit l’ensemble des paroles et de la musique : onze chansons fidèles aux différents univers de sa discographie, empruntant parfois au jazz, à la pop, au folk et aux musiques du monde et révélant de nouvelles dimensions cinématographique et poétique.
Encore plus que sur ses précédents disques, le sillon de celui-ci est empreint de sa propre histoire. Un répertoire inédit donc qu’elle revisite sur scène, pour notre plus grand plaisir, avec un groupe qui l’est tout autant, compose d’une formation voix-basses-guitares-claviers, tout en nuances et aux changements d’atmosphères propres aux spectacles de Youn Sun Nah.

Melody Gardot, Jazz à Juan 2023.

A la nuit tombée, les cigales de la pinède font silence et la Divine Melody apparait

Chanteuse, auteur et compositrice américaine, Melody Gardot apparait sur la scène jazz il y a plus de dix ans. Consacrée Diva du Jazz en 2009 avec l’album My One and Only Thrill, Melody aime mêler folk, blues, bossa nova, RnB et pop à son jazz vocal. En 2020, elle dévoile Sunset in the Blue son cinquième album studio, rapidement devenu disque de platine.Melody Gardot en a fait du chemin depuis qu’elle a écrit son premier EP depuis un lit d’hôpital, victime d’un délit de fuite qui a failli lui coûter la vie. Utilisant les bienfaits thérapeutiques de la musique, elle développe depuis un son jazz très personnel, près de ses émotions.
à la sortie de son premier album, elle fut comparé Comparée à Joni Mitchell et Eva Cassidy. Au fil des années, Melody sait se réinventer sans perdre la sensibilité qui a fait son succès. Son dernier album, « Entre eux deux », co-écrit en 2022 avec le pianiste compositeur Philippe Powell ( le fils de Baden ), redonne vie au format piano et voix, y infusant une perspective nouvelle, empreinte d’une sensualité romantique.

Et, Jazz à Juan est transporté dans un univers brésilien aux effluves douces et parfumées.

Dès les premières notes, Melody Gardot nous envoûte avec sa voix veloutée et son charisme à fleur de peau. Philippe Powell ajoute sa touche de virtuosité et de sensibilité à chaque morceau, créant une harmonie parfaite entre les deux artistes. Les arrangements subtils et les influences brésiliennes donnent une nouvelle dimension à ces titres, transportant le public et moi en particulier dans une atmosphère enchanteresse. Melody Gardot et Philippe Powell démontrent leur évidente complicité sur scène, reflétant leur collaboration étroite dans l’enregistrement de l’album. Leur symbiose musicale se ressent à chaque instant, créant une magie indéniable qui enveloppe la Pinède Gould d’une douce aura tout au long du concert. Les autres musiciens jouent un rôle essentiel dans cette expérience musicale enjouée. La section rythmique apporte une base solide et groovy, tandis que les instruments brésiliens ajoutent des touches colorées et rythmiques à l’ensemble.

Le cadre enchanteur de Jazz à Juan, en bord de mer, ajoute une touche spéciale à cette soirée magique. Le public, transporté dans un voyage musical captivant, savoure chaque instant des concerts exceptionnels donnés par Youn Sun Nah, Melody Gardot et leurs musiciens respectifs.
Leur complicité musicale, les arrangements subtils et l’ambiance magique du festival ont fait de cette soirée un moment inoubliable pour tous les amoureux de ce Jazz métissé, sans frontière et au langage musical universel, qui ne cesse de me donner la chair de poule…

Un immense MERCI à Youn Sun, Melody et Philippe pour ce voyage merveilleux aux confins de l’âme… Jean-Loup Guest

Jazz à Juan, la nuit des divas

Encore enivré par l’incroyable réussite de la première édition du festival UMOF à Deauville en mai dernier, je me retrouve quelques semaines plus tard sur la Côte d’Azur pour la 62e édition de Jazz à Juan… Son programme éclectique est alléchant, puisque dès le premier soir deux divas du Jazz seront sur la scène Pinède Gould en ce 17 juillet de l’an 2023.

Samara Joy, l’étoile au zénith va illuminer la scène de Jazz à Juan
Native du Bronx dans l’état de New-York, âgée de 23 ans, la jeune Samara ouvrira la scène à Dee Dee Bridgewater en ouverture de la 62e édition de Jazz à Juan. Comme son illustre compatriote, on devrait la revoir souvent à la Pinède-Gould. Je ne l’avais jamais vu sur scène, mon attente était donc immense, mais j’avais aussi un peu l’appréhension de découvrir une chanteuse un peu trop surdouée et d’ores et déjà cataloguée comme la digne héritière d’Ella… Tu parles d’un héritage, défi immense !
Alors elle est apparue très grande et tout sourire , en toute simplicité, dans sa robe en lamé, sous une salve d’applaudissements de la foule déjà conquise avant même  la première note.
Alors j’ai retenu mon souffle tel un apnéiste qui va découvrir l’ivresse des profondeurs !
Il y a eu cette voix. D’une incroyable profondeur, tellement mature que l’on pourrait aisément croire qu’elle a été patinée par la vie. Et cette prestance, cette photogénie propre à toutes les reines du jazz…quel enchantement. Et dire qu’elle n’a que 23 ans !

Jazz à Juan 2023

Samara Joy, 23 ans, ouvre la 62è édition de jazz à Juan

Elle égrène un répertoire de reprises totalement revisitées, mais aussi des inédits…un enchantement. Samara Joy s’inscrit dans la lignée des grandes chanteuses de jazz, avec respect et humilité tout en apportant sa touche personnelle et en traçant sa propre voie, montrant aussi l’intemporalité de ses illustres aînées.
L’hiver dernier, son deuxième disque, Linger Awhile, l’a fait basculer dans une autre dimension, avec deux Grammy Awards à la clé : meilleur album jazz vocal et meilleure nouvelle artiste, tous genres confondus.
« Je n’aurais pas pu espérer mieux, pour être honnête. La manière dont j’ai été acceptée, dont les gens accueillent ma musique est incroyable. Je prends ces récompenses comme un signe qui montre que je vais dans la bonne direction. Je ne me dis pas que je suis déjà arrivée. » nous assure-t-elle. Élevée dans une famille où le gospel était la tasse de thé, elle a pris goût à la note bleue sur le tard. Ce qui ne l’empêche pas de connaître ses classiques.  « Je n’aurais jamais pensé me retrouver ici. J’ai vu tellement d’enregistrements de performances ici, comme ce fameux live d’Ella Fitzgerald avec les cigales. Une grande part de l’histoire du jazz a pris forme à Juan. Me retrouver ici, ça a un côté irréel… C’est encore plus beau que ce que j’imaginais. » Elle nous remercie et s’étonne encore de voir ce public debout et reconnaissant, tant elle chante comme elle respire.
Que c’est beau la jeunesse, surtout avec un tel talent !

jazz-juan-Dee Dee Bridgewater ļ Hernan Rodriguez

Dee Dee Bridgewater enflamme la pinède de Juan. ©Fernan Rodriguez

 

Le rideau se referme. Le temps pour les musiciens de Dee Dee Bridgwater de s’installer sur cette scène magistrale de la Pinède Gould.
Dee Dee revient cette fois-ci avec We Love Ella, un projet hommage à la légendaire Ella Fitzgerald.  Le Big Band de jazz, The Amazing Keystone Big Band, lauréat des Victoires du jazz 2018 dans la catégorie « Groupe de l’année », se produit à ses côtés et réinvente les plus grands succès d’Ella, dans la même Pinède Gould où cette dernière dialoguait avec des cigales près de 60 ans auparavant… Pas une ride et une joie d’être sur scène jubilatoire…

Décidément le jazz ça conserve ! Jean-Loup Guest

Jazz à Juan 2022… Clap de fin !

Après deux années de restrictions COVID, Jazz à Juan avait des fourmis dans les doigts pour douze jours de Jazz à gogo… Deux années de frustration balayées, la scène de la pinède sous le feu des spotlights, pas un nuage dans le ciel de Juan, les cigales et les musiciens à l’unisson, un public assoiffé de Jazz… Que la fête commence ! Oui mais voilà… Après autant d’attente, les miennes étaient immenses. Trop ! Probablement ! J’ai donc accusé le coup, je n’ai pas voulu réagir à chaud, j’ai laissé un peu de temps passé pour me permettre de poser ma plume sur cette cession 2022. Une programmation éclectique propre à attirer le plus grand nombre, la « nouvelle vague » d’un côté, les « oldies but goodies » de l’autre. Oui, mais voilà…

Nul doute que la retraite sur les cours de Roger Federer, nous a laissé un peu sur notre faim, tant il nous aura fait rêver… mais quelle classe, il a préparé sa sortie, sans faire le match de trop !

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Jazz-juan22-Cecil Mc Lorin Salvant. ©JLG

Mais trêve de rêveries, place à la musique ! Jazz à Juan 2022

a revêtu ses habits de lumière dans un décor naturel de rêves, la pinède majestueuse, le bleu nuit de la Méditerranée, les étoiles dans le ciel et sur scène… Subitement les cigales font silence, la rayonnante Cecile McLorin Salvant, vêtue d’une ample robe couleur framboise, pénètre sur la scène de la pinède précédée de ses musiciens. C’est elle qui a l’honneur cette année d’ouvrir le 61e Jazz à Juan. Plus qu’elle ne chante, Cécile McLorin interprète ces mélodies, elle les vit intensément de tout son être, de tout son corps, les mains, les bras racontent eux aussi ces fantômes cachés dans les chansons. Elle explore un répertoire allant de Duke Ellington à Véronique Samson en passant par ses propres compositions, en variant les formes. Après Sarah Vaughan ou Ella Fitzgerald, Cécile McLorin Salvant prend sa place auprès des grandes dames du jazz qui brillent auprès des fameuses cigales de la pinède Gould… J’aime. Oui, mais voilà…

Quelques minutes, après cette jolie entrée en matière, les spotlights s’allument à nouveau, je retiens mon souffle et je vois George Benson

apparaître sur scène, j’ai un frisson, le légendaire Georges Benson qui a traversé 50 ans de jazz, à la discographie longue comme le bras, qui a joué avec les plus grands, Monsieur Georges est devant moi en chair plus qu’en os, à 79 balais et pas un cheveu blanc, un sourire Colgate dévastateur et sa fidèle guitare Ibanez from Japan. La voix est incertaine, parfois absente, les chorus de guitare trop rares, la magie n’opère pas… On retient son souffle, on attend le moment de grâce qui ne viendra pas, alors on se dit que même si on reste sur notre faim, il est encore là… et que même s’il ne nous fait plus rêver aujourd’hui, il est encore à 79 ans un papy Jazz très résistant. Oui, mais voilà…

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jJazz-juan22-roberto Fonseca. ©JLG

Les concerts s’enchaînent douze jours durant avec leurs lots de surprises, bonnes ou mauvaises.

Au sommet de ce cru 2022, un très grand cru : Roberto Fonseca,

qui se présente revêtu de son éternel Panama sur la scène mythique de la pinède Gould. Le pianiste Cubain de 47 ans, débarqué tout droit de La Havane s’installe derrière le piano avant de nous adresser quelques mots en français puis, de sa main gauche énergique, lance ce concert. Impassibles les cigales bruissent encore dans les pins alentour. S’il est l’un des maîtres du jazz cubano, Roberto Fonseca ne se contente pas de faire vibrer les rythmes de son île natale. Il pimente ses compositions de toutes sortes de sauces fortes : afro-jazz, swing, soul. Et même quand il reprend « Besame mucho » après une longue introduction à la contrebasse, c’est pour le réinventer de façon extrêmement lente comme se fondre dans l’ambiance un peu moite de ce début de soirée. Il ne saurait finir son set sans le passage obligé – que tout le monde attend – le fameux  » Mambo pa la niña « . Il nous apprend le texte  » Niña yo se sue te gusta….Mambo  » pour qu’on puisse l’accompagner en rythme et dans la tonalité. Fusion totale avec le public et les cigales de la Pinède… un régal !

Deux autres pépites en or 24Kct from Cuba sont venues illuminer le ciel de la Pinède Paquito D’Rivera (clarinette et sax alto) et Chucho Valdés (piano)

Accompagnés par un quartet de fines lames. Les deux vétérans, qui n’avaient pas joué ensemble depuis vingt ans, ont dignement fêté leurs retrouvailles. Chucho et Paquito rattrapent aujourd’hui le temps perdu avec un nouvel album, « I Missed You Too » dont ils ont interprété de larges extraits lors de ce concert de toute beauté. Deux artistes au sommet de leur art, avec des passages remplis d’humour, dont le dérive de Chucho sur thème de… Wolfgang Amadeus Mozart ! fut l’un des fleurons. Un moment de pur bonheur !

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Jazz-Juan22 – Chucho Valdes et Paquito d’Rivera. ©Jacques Le Rognon

Après Cuba et ses rythmes chaloupés, voici le temps du groove Jazzy, funky, soul, pop rock du collectif Snarky Puppy.

Leur groove est addictif, leurs compositions aux petits oignons, les solistes inspirés et leurs prestations torrides, tout cela dans une ambiance de fête et de partage. Un concert du collectif brooklynois « Snarky Puppy », c’est une expérience : vous prenez un plaisir fou dès les premières minutes, mais sans savoir quel genre de musique vous êtes en train d’écouter. Véritable centrifugeuse musicale conduite par le bassiste Michael League, ils ont totalement enflammé la mythique scène de « Jazz à Juan », « for your brain and body », votre âme et votre corps, puisque telle est leur devise… totalement jouissive ! Oui, mais voilà…

Pêle-mêle et méli-mélo…

Thomas Pourquery et son Supersonic, foisonnant d’énergie, brasseur et chercheur inlassable. Côté piano, le jeune prodige Joey Alexander et le non moins doué Tigran Hasmayan qui ne m’ont pas fait dresser les poils ! John Legend agréable et sirupeux, qui n’a de légende que le nom… Stacy Kent que j’aime pourtant d’amour, ne m’a pas séduit sous le ciel de la pinède 2022..son charme n’a pas opéré ! Et que dire de la prestation pitoyable de la diva Diana Krall avec son nouveau look bobo pas si chic, mèches de cheveux devant le visage, planquée derrière son piano, en train de faire défiler un répertoire soporifique, sans aucune inspiration, la voix juste posée et surtout avec cette très désagréable impression qu’elle s’ennuyait à mourir sur scène ! À oublier ! On a également retrouvé cette année avec des plaisirs mitigés, Rhoda Scott, 84 ans ; Paul Anka, 81 ans ; Van Morrison, 77 ans ; Herbie Hancock, 82 ans ; Gilberto Gil, 80 ans et Charles Lloyd, 84 ans ! Un peu comme des grands crus, avec les yeux de Chimène, la scène de la Pinède 2022, au milieu de tous ces jeunes rookies et autres musicos confirmés, aura vu défiler près d’un siècle de Jazz, grâce à des musiciens sans âge au talent éternel !

Et si, c’était ça le secret de la jouvence ?

Jazz à Juan 2022, clap de fin. Mais le Jazz lui est toujours là, plus jeune et inventif que jamais ! Alors le Rdv est pris. On se retrouve en 2023 à la Pinède, au son des cigales. Jean-Loup Guest