lundi 21 septembre 2026
Jazz à Juan 2026 – Samara la Diva, héritière d’Ella, et Marcus la Légende, compagnon de Miles, réunis sur la scène mythique de la Pinède Gould pour une soirée de rêve

Jazz à Juan 2026 – Samara la Diva, héritière d’Ella, et Marcus la Légende, compagnon de Miles, réunis sur la scène mythique de la Pinède Gould pour une soirée de rêve

Juan-les-Pins, le 17 juillet 2026. Il y a des soirs, à la Pinède Gould, où l’air lui-même semble accordé sur la bonne tonalité. Le 17 juillet en était un. Guichets fermés, 3 350 âmes serrées sous les pins et un programme pensé comme une respiration en deux temps pour célébrer le centenaire de la naissance de Miles Davis : d’abord un souffle neuf, tout en velours et en promesses ; ensuite, une mémoire électrique, portée par ceux qui l’ont vécue de l’intérieur.

Samara Joy, une voix qui fait swinguer les cigales

Elle a 26 ans, déjà six Grammy Awards à son actif — dont celui du meilleur album de jazz vocal en 2026 pour Portrait — et une manière bien à elle d’entrer en scène sans jamais forcer le trait. Samara Joy chante comme on respire : avec une aisance déconcertante, un grain de voix chaud et ce petit vibrato qui semble toujours retenir quelque chose pour mieux le donner l’instant d’après.

Et puis, sous les pins, un miracle discret s’est produit. Les cigales de la Pinède, fidèles au rendez-vous, se sont mises à chanter en canon avec elle — comme si la nature avait décidé d’improviser sa propre partie d’accompagnement. Ce soir-là, sa voix a été comparée à celles de Sarah Vaughan et d’Ella Fitzgerald : deux étoiles que l’on ne convoque jamais pour rien. Le phrasé souple, le sens du silence entre les notes, la façon de laisser une phrase suspendue juste assez longtemps pour donner le frisson : tout, chez elle, respire l’héritage sans jamais sentir la copie.

Marcus Miller, l’électricité d’une mémoire

portrait noir et blanc de Marcus Miller

Marcus Millier : we want Miles…

Puis le rideau change de couleur. Le tempo s’accélère, le grain devient électrique et voilà Marcus Miller qui s’empare de la scène avec We Want Miles!, un hommage pensé pour le centenaire de la naissance de Miles Davis, né le 26 mai 1926. Le bassiste n’en est pas à son coup d’essai à Jazz à Juan — treizième venue, tout de même — et il ne se contente jamais de rejouer un répertoire : il en fut l’un des architectes, directeur musical de Miles de 1980 à 1985 et artisan du son électrique qui a fait basculer la carrière du trompettiste vers Tutu et les grandes fresques fusion.

Autour de lui, ce ne sont pas des remplaçants, mais des voix qui ont véritablement traversé cette histoire avec Miles : Bill Evans au saxophone, Mino Cinelu aux percussions et Mike Stern à la guitare, complices historiques de l’aventure We Want Miles. À la trompette, Sean Jones reprend le flambeau, chargé d’un rôle presque impossible : faire revivre un son que personne d’autre n’a jamais tout à fait su reproduire.

Et c’est là que la Pinède a offert l’un de ces instants suspendus qui n’appartiennent qu’aux concerts en plein air : aux premières notes électriques de Miller, les cigales — intarissables depuis le début de la soirée — se sont tues d’un coup. Comme si la nature elle-même retenait son souffle pour écouter. Un frisson de silence, aussitôt rempli par le groove, qui en dit long sur la place que Marcus Miller occupe aujourd’hui dans le jazz : celle, tout simplement, d’une évidence.

La Pinède Gould, une scène qui a du son dans les veines

Depuis 1960, la Pinède Gould ne se contente pas d’accueillir des concerts : elle les fait respirer autrement. Les pins parasols encadrent la scène comme des rideaux naturels, la nuit tombe lentement sur la baie et la Méditerranée, invisible, impose sa présence en toile de fond. Miles Davis, Ella Fitzgerald et Sidney Bechet y ont tous laissé une trace. Cette soirée du 17 juillet, en réunissant, en une seule nuit, une voix qui invente l’avenir du chant jazz et des musiciens qui en portent la mémoire vivante, aura rappelé une chose simple : ici, la musique ne se contente jamais d’être écoutée. Elle se vit, elle se respire et, parfois même, elle fait taire les cigales. Jean-Loup Guest.

 


La 65e édition de Jazz à Juan s’est déroulée du 9 au 19 juillet 2026 à la Pinède Gould, à Antibes Juan-les-Pins.

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