
Jazz à Juan – 9 juillet 2026 : soirée d’ouverture
Jazz à Juan : la soirée d’ouverture du 9 juillet, entre jazz, soul et crooner de légende
Hier soir, jeudi 9 juillet, la 65ᵉ édition du plus ancien festival de jazz en plein air d’Europe a levé le rideau à la Pinède Gould. Le ciel passait du rose au bleu nuit au-dessus de la Méditerranée et, sous les pins centenaires, deux générations issues de la musique noire américaine se sont donné rendez-vous pour une soirée d’ouverture qui ne ressemblait à aucune autre.
José James et China Moses : Marvin Gaye revisité, à fleur de peau
Torse tatoué entrevu sous un costume de lin, mèche argentée et sourire qui semble ne jamais s’éteindre : José James arrive sur scène avec l’allure décontractée de celui qui n’a jamais rien à prouver. Accompagné d’un quartet sur mesure — piano, basse, batterie, guitare —, il a rejoint China Moses pour une carte blanche pensée en l’honneur des cinquante ans d’I Want You, l’album culte le plus charnel de Marvin Gaye.
Le pari : ne pas se contenter de rejouer les morceaux, mais les laisser infuser, se déformer et se répondre entre les deux voix. James, la voix feutrée et le groove hip-hop dans le sang, laissait la part belle aux silences ; China Moses, fille de Dee Dee Bridgewater et habituée des tessitures graves et habitées, apportait la brûlure. Entre les deux, quelque chose comme une conversation intime — plus proche d’un tête-à-tête que d’un hommage classique. Le sommet de la soirée est d’ailleurs venu d’un morceau extérieur à l’album célébré : une magnifique version de What’s Going On, que Marvin Gaye lui-même n’aurait pas reniée, portée par les deux voix en parfaite communion.

Tom Jones… l’éternel jeune crooner, séduisant et irrésistible. Crédit : © Jazz à Juan – Fred Laures
Tom Jones : un crooner qui défie le temps
S’il existe un artiste qui semble s’être arrangé avec les lois de la physique, c’est bien Tom Jones. Pour son entrée en scène, l’homme est installé sur un haut tabouret. Mais, du haut de ses 86 ans, il ne semble avoir besoin d’aucun ménagement une fois le micro en main.
Le ton était donné dès le premier morceau : un I’m Growing Old livré en piano-voix, dans lequel le Gallois assume frontalement son âge plutôt que de le fuir. La suite a confirmé cette étrange sérénité face au temps qui passe, entre reprises de Leonard Cohen et de Bob Dylan, côté mélancolie, et incursions plus enlevées du côté de What’s New Pussycat? ou d’une version bluesy de Sex Bomb. Entre deux morceaux, l’artiste a égrené ses souvenirs — ses débuts en studio à la fin de l’année 1964, ses premiers concerts sur la Côte d’Azur — avant de rendre hommage, à sa manière, à quelques-uns des auteurs qui ont jalonné sa route : Cat Stevens, Bob Dylan, Randy Newman, Prince.
Au rappel, fidèle à son goût pour l’anecdote, il a donné au public le score du match France-Maroc, avant de conclure sur Johnny B. Goode — un ultime clin d’œil à Chuck Berry, celui qu’Elvis Presley considérait comme le véritable roi du rock’n’roll.
Une entrée en matière fidèle à l’esprit du festival
Cette double affiche résume assez bien ce qui fait la singularité de Jazz à Juan depuis 1960 : faire cohabiter, au cours d’une même soirée, l’hommage rendu avec ferveur à un géant disparu et la présence, bien vivante, d’une icône qui continue d’écrire son histoire. La suite du festival, jusqu’au 19 juillet, proposera une programmation différente chaque soir, avec notamment Seal, l’hommage de Marcus Miller à Miles Davis, à l’occasion du centenaire de sa naissance, et la jeune Samara Joy.
