
Jazz à Juan 2026 : Une nuit de soul sous les pins : Seal et Mica Millar embrasent Jazz à Juan
Il y a des soirs où l’air lui-même semble retenir son souffle. Le 13 juillet, sous les pins parasols de la Pinède Gould, à Juan-les-Pins, ce fut exactement cela : une chaleur écrasante de 30 degrés, un concert de cigales en guise de prélude et des milliers d’éventails s’agitant dans la pénombre dorée du crépuscule. La 65e édition de Jazz à Juan, complète depuis des semaines, s’apprêtait à vivre l’une de ses soirées les plus attendues, portée par un souffle de nostalgie et de soul qui allait traverser toute la Pinède jusqu’au bout de la nuit.
Mica Millar, l’émotion à vif

Une voix soul intimiste.
À 20 h 30 précises, la scène s’illumine et Mica Millar fait son entrée sous une ovation déjà brûlante. La chanteuse britannique, compositrice et productrice farouchement indépendante, n’a rien d’une débutante intimidée : depuis son premier album, Heaven Knows, sorti en 2022, elle s’est imposée comme l’une des voix soul les plus captivantes du Royaume-Uni.
Ce soir-là, elle présente son tout nouvel opus, A Little Bit of Me, sorti le 5 juin 2026 et enregistré en Provence — un disque plus intime, plus spirituel, né de six années de doutes, de combats et de reconstruction personnelle. Face à la mer qui scintille en arrière-plan, elle offre une heure de concert impeccable, mêlant soul et R&B avec une puissance vocale rare qui enveloppe littéralement la Pinède. Complice d’un public déjà conquis, elle multiplie les échanges avec la foule, l’invitant à chanter avec elle — un moment suspendu, presque hors du temps. Sa voix, empreinte d’une émotion et d’une sincérité rares, confirme pourquoi elle s’impose aujourd’hui comme l’une des révélations les plus marquantes de la scène soul britannique.
Seal, la légende qui n’avait jamais joué à Juan
À 22 heures, changement d’ambiance. Seal fait ses débuts sur cette scène mythique — un comble pour un artiste qui a vendu plus de 30 millions d’albums, cumulé plus d’un milliard de streams et raflé quatre Grammy Awards, trois Brit Awards et un MTV VMA au fil de sa carrière. L’homme à la voix inimitable, celle de « Kiss from a Rose », de « Crazy » et de « Killer », déploie un répertoire qui a marqué des générations entières de pop, de R&B et de dance.
Sous les étoiles, dans cette Pinède qui a vu défiler les plus grands noms du jazz depuis 1960 — de Miles Davis à Ella Fitzgerald —, Seal livre une prestation habitée, à la croisée de la nostalgie et de la magie pure. Il déroule les titres qui ont construit sa légende, de « Killer » à « Crazy », en passant par l’incontournable « Kiss from a Rose », dans une setlist pensée comme un voyage à travers toute sa carrière. Le public, venu nombreux, vit ce concert comme une soirée historique pour le festival — une évidence, tant cette rencontre entre l’artiste et la Pinède semblait, malgré cette grande première, aller de soi.
Une soirée hors du temps
Entre la ferveur intimiste de Mica Millar et la communion électrique autour de Seal, cette soirée du 13 juillet restera comme l’un des sommets émotionnels de l’édition 2026 de Jazz à Juan — le plus ancien festival de jazz d’Europe, qui se poursuit jusqu’au 19 juillet à Antibes Juan-les-Pins, entre légendes confirmées — Tom Jones, Marcus Miller, Goran Bregović — et nouvelle génération de talents.
Sous les pins de la Pinède Gould, avec la mer en toile de fond et les cigales pour seule bande-son avant que la musique ne prenne le relais, Jazz à Juan a une fois de plus prouvé pourquoi il reste, plus de six décennies après sa création, un rendez-vous que les amoureux de musique ne manqueraient pour rien au monde. Jean-Loup Guest.
