mardi 4 août 2026

Les livres à mettre sous le sapin 2023 : Paradise, Nevada

Valeurs sûres les livres à offrir. Pourtant offrir un livre ce n’est pas offrir un objet c’est offrir un temps dans l’ailleurs, une promenade, un voyage. Mieux vaut les choisir avec soin.

Foisonnant et addictif : Paradise, Nevada de Dario Diofebi

Un événement : une bombe explose en mai 2015 au Positano, un hôtel casino de luxe de Las Vegas.
Quatre personnages principaux : Ray doué dans les études, les abandonne au profit d’un statut de joueur de poker en ligne. Tom, exilé de son Italie natale, pas en règle dans ses visas US. La mannequin dépressive Mary Ann devenue serveuse. Et, Lindsay qui se rêve écrivaine et peine à publier des articles sans intérêt.
Des personnages secondaires : une galerie de bons « rôles » !

Une question ? Comment tous ces gens et cet attentat sont-ils mêlés ?

Une réponse sur 640 pages, (dont quelques-unes sur le poker sont vraiment trop longues, on peut les sauter sans rien perdre) fourmillantes d’analyses, de satire, d’histoire familiale… Un éclairage sur l’Amérique. Et petit à petit se découvre l’univers du casino. Côté face tout est paillettes. Qu’en est-il des coulisses ?

Paradise, Nevada de Dario Diofebi chez Albin Miche. ISBN 9782226471178 – 23,90€

 

 

Les livres à mettre sous le sapin 2023 : Tsunami

Valeurs sûres les livres à offrir. Pourtant offrir un livre ce n’est pas offrir un objet c’est offrir un temps dans l’ailleurs, une promenade, un voyage. Mieux vaut les choisir avec soin.

Toujours une bonne surprise : Tsunami de Marc Dugain

Ultra populaire Marc Dugain, auteur prolifique de romans qui s’attachent à explorer des univers radicalement différents à chaque fois. Il visite ici ni plus ni moins que l’Élysées et les pouvoirs qui y sont rattachés. Anticipation ou politique fiction, on passe du temps dans la tête du Président de la République Française sans pour autant être si éloigné que cela des réalités quotidiennes de notre monde. Ce tout nouveau président est le narrateur. Sa toute première grande réforme veut « imposer » les individus selon leur impact environnemental. Ça grince de toutes parts !

Ancré dans la réalité d’une démocratie en berne, de luttes de pouvoirs, de forces internationale, de nouvelles technologies ce roman donne à réfléchir sur l’avenir de notre société. Une analyse intelligente et lumineuse à lire urgemment !

Tsunami de Marc Dugain chez Albin Michel – ISBN 9782226478108 – 21,90€

Les livres à mettre sous le sapin 2023 : Karma Rouge

Valeurs sûres les livres à offrir. Pourtant offrir un livre ce n’est pas offrir un objet c’est offrir un temps dans l’ailleurs, une promenade, un voyage. Mieux vaut les choisir avec soin.

Jamais une erreur : Jean-Christophe Grangé, Rouge Karma

Il caracole au sommet des hits de auteurs les plus vendus. On n’est jamais déçu avec un livre de cet auteur connu de tous pour, entre autres, son roman adapté : « Les rivières pourpres » ! Point commun à toutes œuvres : le sang, l’enquête, un homme et une femme, une unité de temps historique. Ici, mai 1968.

En dix pages, il vous entraîne dans une course haletante. Sur fond de meurtre, on revisite l’ambiance de l’époque : interdit d’interdire, sous les pavés la plage, les cheveux longs, le LSD, le hash…

Un livre à conseiller à tous ces jeunes pour lesquels mai 68 se range au rang d’une litanie de dates apprises par cœur et dépourvue de l’essentiel : le vécu. Peut-être que Karma Rouge les réveillera de leur hibernation collective ?

Karma Rouge de JC Grangé chez Albin Michel – ISBN 9782226439444 – 23,90€

Les livres que vous avez loupés !

C’est la rentrée littéraire. On vous en parle plus tard… Finissons l’année avec les pépites que vous avez peut-être loupées !

ROMANS – Bélhazar -Le voyant d’Etamps – La Juive de Shangaï – Lapin Maudit – Ames Animales – Les cartographes

En poche, chez J’ai Lu, l’excellent « Bélhazar » de Jérôme Chantreau vous mènera par le bout du nez dans un univers de vérité et de fantasmes, à la recherche d’une explication. Qui était Bélhazar et s’est-il vraiment suicidé ? Une enquête si particulière que rien ne pourrait la résumer. La fin ? Une apocalypse et une apothéose avec la révélation du mystère. Un livre contre l’oubli.

Toujours chez J’ai lu mais radicalement différent et tout aussi addictif, « Le Voyant d’Etampes » d’Abel Quentin. Jean Roscoff, professeur à la retraite, mou, alcoolique, désœuvré est ranimé par le désir d’écrire une biographie entamée quarante ans plus tôt. Celle d’un poète noir américain, fuyant le maccarthysme, venu mourir sur une route de France. Le livre sort dans l’indifférence jusqu’à ce que les réseaux sociaux s’en emparent. Un livre d’une grande liberté d’esprit. De celle qui ne devrait jamais nous quitter une seule seconde !

Chez XO Éditions, le nouveau Marek Halter. Avec « La Juive de Shangaï« , comme à son habitude, l’auteur nous embarque dans une histoire pleine de rebondissements. Une histoire où tout s’oppose et où tout se rejoint. Où les évidences n’en sont pas. Une histoire si profondément humaine. Une histoire d’amitié improbable entre la juive Ruth Rostein et Clara, l’allemande résistante engagée auprès du parti communiste. Ruth sauve la vie de Clara ce qui va lier leurs vies et leurs destins à jamais. Au travers de leur histoire celle de millions de juifs polonais fuyant le nazisme. Un grand et beau roman signé par un immense nom de l’humanisme.

Chez Matin Calme Éditions, réalisme, magie et horreur sont le point commun de « Lapin Maudit« , un recueil de nouvelles signées par l’auteure coréenne Chung Bora, traduite pour la première fois en français. Pour la énième fois, un grand-père raconte à sa petite-fille l’histoire de la lampe sur la table à côté de lui. Une lampe lapin assis sous un arbre. « Quand tu confectionnes un objet maléfique, il est important qu’il soit agréable à regarder. » lui dit-il ! Dix nouvelles à lire avec l’esprit ouvert sinon passez votre chemin. Ce livre propulsé au firmament du Booker Prize oblige à replacer en permanence sa position de lecteur.

 

Un autre de nos chouchous (please, pas de jaloux vous êtes nombreux), le génial et incroyable J.R Dos Santos. L’auteur de romans inoubliables que nous avons encensés dans nos colonnes depuis des années, parmi lesquels « La formule de Dieu », « L’ultime secret du Christ », « Signe de vie » et tant d’autres. Point commun ? Tous ses romans sont hyper documentés. C’est la marque de fabrique de Dos Santos. Écrire un roman pour faire passer crème, disent les jeunes, tous les messages qui bousculeraient trop les esprits si ces mêmes informations étaient présentées dans un article. Avec « Ames Animales » aux éditions HC. Hervé Chopin, c’est encore plus palpable. Ne lisez pas ce livre pour l’intrigue. Il n’y en a guère. L’auteur-journaliste donne à lire un roman très averti sur les animaux et sur l’âme animale. Dans ce demi-millier de pages, comme quoi le sujet est vaste, il raconte, dénonce, explique l’horreur planétaire que nous faisons vivre aux animaux. Au prétexte qu’ils ne parlent pas, ne se révoltent pas, nous leur faisons plus de mal qu’il est possible de l’imaginer. Il révèle aussi et surtout des histoires de famille animale, de partage d’expériences, d’éducation et de sensibilité. Il nous dit les sacrifices que les mères sont capables de faire pour sauver leurs petits. Bref, cela ne fait aucun doute pour nous à la rédaction que de dire que les animaux sont nos sœurs et nos frères, cela reste bien incompris. Une donnée risible. Une vue de d’esprit. Combien de temps encore faudra-t-il à la pseudo humanité pour comprendre et assimiler que nous sommes tous, absolument tous, interdépendants les uns des autres. Ils meurent ! Nous mourons ! Ils vivent ! Nous vivons !
Âmes animales ? Un plaidoyer sur la cause animale qui prouve combien, nous les humains, ne sommes qu’une toute petite, minuscule partie d’un écosystème intelligent, où les animaux sont infiniment plus que de la nourriture ou des objets de chasse.

Dans un tout autre domaine, on vous entraîne avec « Les cartographes » de Peng Shepherd paru chez Albin Michel Imaginaire, dans le monde des passionnés de cartes anciennes. Année 1990. Ils sont jeunes, talentueux et fous de cartes. Ne sont-elles pas celles qui font et défont les mondes, les frontières. Depuis que les hommes voyagent sur la planète, ils n’ont eu de cesse que le morceler en territoires facilement identifiables. Pour y retourner. Pour permettre à d’autres d’y retourner et ainsi de mettre leur pas dans ceux des premiers explorateurs. La bande d’amis, auto-proclamés, les cartographes a un rêve : créer l’atlas imaginaire qui les rendra célèbres dans le monde très fermé des collectionneurs. Trente ans plus tard, Nell qui a déjà perdu sa mère, perd son père, le Dr Young retrouvé mort dans son bureau de la New York Public Library. Malgré une dispute qui les avait séparés depuis longtemps, elle adorait son père. Sa mort ressemble à une énigme. Elle s’empare du mystère et remonte le fil du temps. Voilà qui va les conduire dans d’étranges contrées où les apparences sont floues et la vérité intangible.

 

RECITS – En Inde – La Chine en folie

Albert Londres !? Notre maître à écrire à la rédaction. Le père du grand reportage moderne !  Les éditions Arléa nous rappellent ses écrits et les remettent au grand jour avec la parution de deux récits majeurs. Petit, concis, faciles à lire, ces trois textes « racontent » si bien, avec de tels accents de vérité absolue, sans concession aucune, le quotidien de ce reporter fabuleux. « En Inde« . Calcutta. 1922. Albert Londres radicalement hostile aux anglais, narre son penchant pour les revendications nationalistes exprimées par Nerhu, Gandhi et Tagore. Toujours en 1922, Albert Londres pose ses stylos et ses regards aiguisés au Grand Hôtel de Pékin et sur la Chine. Dans « La Chine en folie« , il décrit ses 400 millions d’habitants, les seigneurs de la guerre, les mercenaires, les bandits et les guerres civiles. Un avant-goût de notre Chine actuelle ou tout l’inverse ?

JEUNESSE – Léo et la cité mécanique

Au rayon jeunesse, les très belles éditions Sarbacane (on a aussi le droit de le lire quand on se sent jeune dans sa tête) proposent un superbe roman initiatique « Léo et la cité mécanique« . Léo est un jeune prince humain. Le dernier de cet univers. L’un des derniers humains aussi. Il vit avec sa grand-mère, pas aimante, dans un palais et s’ennuie à mourir. Un jour, son robot-ami, joyeux et gaffeur est accusé de vol et emprisonné. Léo, s’échappe pour lui porte secours. Il rencontre Madeleine, une vieille (mot interdit dans la cité) inventrice qui l’aide mais lui révèle d’inquiétants secrets et réveille de douces espérances. La mère de Léo ne serait peut-être pas morte ! Commence une quête aventureuse pour les trois amis. Sous ses dehors de conte enfantin, ce livre pose les questions essentielles sur l’avenir, l’humanité, le climat et tant d’autres.

 

FACON DE PENSER – Le laboureur et les mangeurs de vent – Se souvenir du futur – L’étonnant pouvoir des couleurs

Que dit la 4ème de couverture de ce livre de Boris Cyrulnik chez Odile Jacob (paru en mars 2022) ?
« À 7 ans, j’ai été condamné à mort pour un crime que j’ignorais. Ce n’était pas une fantaisie d’enfant qui joue à imaginer le monde, c’était une bien réelle condamnation.  » B. C. Boris Cyrulnik a échappé à la mort que lui promettait une idéologie meurtrière. Un enfant qu’on a voulu tuer et qui toute sa vie a cherché à comprendre pourquoi, pourquoi une telle idéologie a pu prospérer. Pourquoi certains deviennent-ils des « mangeurs de vent », qui se conforment au discours ambiant, aux pensées réflexes, parfois jusqu’à l’aveuglement, au meurtre, au génocide ? Pourquoi d’autres parviennent-ils à s’en affranchir et à penser par eux-mêmes ? Certains ont tellement besoin d’appartenir à un groupe, comme ils ont appartenu à leur mère, qu’ils recherchent, voire chérissent, le confort de l’embrigadement. Ils acceptent mensonges et manipulations, plongeant dans le malheur des sociétés entières. La servitude volontaire engourdit la pensée. « Quand on hurle avec les loups, on finit par se sentir loup. » Penser par soi-même, c’est souvent s’isoler. Seuls ceux qui ont acquis assez de confiance en soi osent tenter l’aventure de l’autonomie. Au-delà de l’histoire, c’est notre présent que Boris Cyrulnik éclaire. À travers sa tragique expérience de vie, hors des chemins battus, Boris Cyrulnik nous montre comment on peut conquérir la force de penser par soi-même, la volonté de repousser l’emprise, de trouver le chemin de la liberté intérieure. Un livre profond et émouvant. Un livre fondateur.
« Le laboureur et les mangeurs de vent » !? Nous l’avions complètement oublié sur une étagère. Sans doute parce Boris Cyrulnik est un sage, un érudit, un « Monsieur » si profondément humain que nous en avons oublié de lire, ne serait-ce que pour l’honorer pour le travail réalisé. Shame on us ! S’il parle de son histoire « personnelle » l’auteur nous parle surtout de la nôtre. Et l’on découvre comment toutes nos émotions fonctionnent et nous font percevoir le monde différemment. Une lecture captivante et une lecture salutaire… indispensable. Monsieur Cyrulnik, pardon d’avoir tant tardé.

Dans « Se souvenir du futur » chez Guy Trédaniel, nous abordons des rivages inconnus. Dans cette version nouvelle et illustrée, les auteurs Romuald Leterrier et Jocelin Morisson affirment qu’il est possible d’accéder à des informations en provenance du futur sous forme de synchronicités. Mais que sont donc les synchronicités ? Pour les auteurs, ce sont des petits miracles du quotidien qui nous adressent des messages chargés de sens. En conjuguant les enseignements venus du fond des âges aux sciences les plus pointues de notre époque, il serait donc possible de connaître son futur. La méthode présentée ici, dite de rétrocausalité est étudiée par la physique. Les exemples spectaculaires choisis pour illustrer les réflexions ouvrent des champs qu’il est bon d’explorer tant les perspectives sont époustouflantes.

 

Pour rester dans les perspectives étonnantes et rarement abordées, il faut s’attarder sur « L’étonnant pouvoir des couleurs » de Jean-Gabriel Causse sorti chez Flammarion il y a un an. Dans cette version augmentée du best-seller de l’auteur, les illustrations originales permettent de comprendre comment, au-delà d’un aspect esthétique, le choix de la couleur est lié aux influences qu’elles exercent sur nous, sur notre humeur. Après cette lecture, impossible de voir les couleurs comme de simples aplats !

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. La suite avec la rentrée littéraire. À bientôt. Judith Lossmann

Conte impatients d’être vécus, Henri Gougaud

Fin d’été. On a gardé les pépites pour la fin, histoire de nourrir les affamés de lecture qui seraient restés sur leur faim. Parmi ces perles, l’inénarrable, le fabuleux, le poète que nous chérissons à la rédaction : Henri Gougaud !

Dans le genre, perles à lire, à savourer, à relire, ne passez pas à côté des Contes impatients d’être vécus. L’auteur (et nous aussi) les considérer comme aussi nécessaires que les arbres, les sources, les maisons, j’ajoute l’aire que l’on respire. Dans cette société en pleine mutation, si loin d’avoir réalisé sa révolution de conscience, Ces contes impatients d’être vécus résonnent comme des boucliers à la bêtise et à la superficialité ambiantes pour ne pas dire à la vulgarisation de la pensée. Ces Contes impatients sont des petites leçons d’apparence insignifiante, pourtant essentielles. Ils se lisent en si peu de temps et laissent de si belles traces. Ils apprennent à connaître l’autre et mieux encore, en s’identifiant à se connaître soi-même. Et là, réside le début de la sagesse.

Un extrait choisi pour vous donner envie de lire tous les autres

La musique du cœur du monde

Il est dit qu’à l’aube des temps, avant que le monde s’éveille, avant que l’éternel n’ait fleurit le jardin d’Eden, l’âme vivait, insouciante, libre de visiter les mers, de parcourir les univers, de goûter les saveurs naissantes partout où la vie s’animait. Elle était heureuse. Elle le fut jusqu’à ce jour d’avant les jours où sur le seuil de sa demeure le créateur pétrit Adam. Après quoi il voulut que l’âme habite désormais le corps de l’homme neuf, mais elle s’effaroucha, grimaça, recula, flaira cette prison de chair que vieux père lui désignait. Elle n’en voulut à aucun prix, elle s’enfuit au fin fond du monde.
Et voilà Dieu embarrassé. Il ne voulait pas la forcer, ce n’était pas dans ses manières. Mais par ailleurs comment abandonner Adam seul au monde, dans ses ténèbres ? Il réfléchit. Une idée vint. Elle lui fit pétiller les yeux. D’un claquement des doigts devant sa barbe blanche il fit tomber du ciel des anges musiciens. Voix haute, grave, percussion, envols de flûtes, violon, harpe emplirent aussitôt l’univers. L’âme tremblante, au bord du monde, entendit, s’étonna, s’émerveilla bientôt de ces sons inouïs qui lui donnaient l’envie de chanter avec eux, de rire, de danser, d’oublier enfin cet effroi qui l’avait longtemps engourdie. Un instant elle s’abandonna entre les bras du Créateur. Elle le sentit, dans son ivresse, ouvrir le corps obscur d’Adam. Tout doux il la poussa dedans, et le cœur du nouveau vivant enfin s’anima, s’échauffa.
Ce rythme sourd dans nos poitrines, c’est ce qui nous reste des anges et de leur musique infinie. Et quand nous vient un chant, un air qui parfois nous émeut aux larmes, ne cherchez pas pourquoi. C’est l’âme qui remue. Elle se souvient du temps lointain où elle emplissait l’univers et s’émerveillait d’être libre comme la fille aimée de Dieu.


INFOS PRATIQUES

Contes impatients d’être vécus d’Henri Gougaud chez Albin Michel. ISBN : 9782226474353 – 21,90€

Et c’est ainsi que nous vivrons, Douglas Kennedy

Lecture d’été… Il est encore temps ! Le temps morose qui stagne sur la France en cette période estivale, invite plus encore qu’à l’accoutumée à lire. Dans la catégorie grosses ventes, il y a le dernier livre de Douglas Kennedy, Et c’est ainsi que nous vivrons !

Ceux qui me suivent savent combien j’apprécie cet auteur. Au fil d’une histoire, telle un tronc, il se plaît à ajouter des branches principales, des branches secondaires, des feuilles enrichissantes pour l’histoire et pour la connaissance intime des personnages. Sous sa plume, ils naissent, agissent et meurent (parfois). Le temps de leur vie dans un livre, toujours ils se heurtent, apprennent de leurs erreurs et finalement évoluent. A quel prix ? En sacrifiant lequel de leur rêve ? Laquelle de leurs certitudes ?

Dans cette presque dystopie « Et c’est ainsi que nous vivrons », suivons la mission de l’agente Samantha Stengel. Dans une Amérique divisée en deux blocs, tout s’oppose mais surtout les opinions et la liberté. Si ça vous rappelle quelque chose c’est normal. Ce en quoi, je ne suis absolument pas certaine qu’il s’agisse d’une dystopie, un mot qui rassure les optimistes mais plutôt d’une prospective assez probable qui conforte les réalistes. Passons…

Ambiance check Point Charly aux État-Désunis d’Amérique. Les États du Sud et du Centre, intégristes religieux, régoristes, puritains à l’extrême, contre l’avortement et pas du tout « awake » se confrontent à la liberté surveillée des États de l’Est et de l’Ouest, où l’on vit comme avant la séparation, la puce engrammée dans l’esprit et les corps en plus !

Chacun défend sa philosophie de vie. Samantha et son équipe d’un côté. Le clan de CS de l’autre. Et chacun tente de s’infiltrer de l’autre côté d’une frontière aussi terrible qu’entre Berlin Est et Ouest…

Sauf que ce qu’il y a de l’autre côté ressemble en effet miroir à ce que l’on a chez soi. Une réunion impossible sauf peut-être pendant quelques minutes d’intimité où d’autres liens que ceux de la politique se joueront. Judith Lossmann


Et c’est ainsi que nous vivrons de Douglas Kennedy aux éditions Belfond. ISBN : 97825 714 493 231 -22,90€

Deux livres essentiels : « Mon potager auto-suffisant « et « Vivre Autonome »

C’est dans l’air du temps : tous, nous sentons qu’il y a de l’eau dans le gaz. Tous, nous sentons qu’un changement dans l’équilibre du monde risque de se métamorphoser en danger. Tous, nous sentons et désormais savons que le changement (bêtement présenté uniquement sur l’une de ses faces : réchauffement !), que le changement climatique donc est là, bien là. Seuls, les climatosceptiques, (on se demande encore comment ils peuvent l’être ; cela dit il y a bien des révisionnistes, malheureusement), on se demande comment disais-je, certains pensent que c’est de la « flûte », qu’on (qui on ?) va trouver des solutions, que rien n’est vrai !

Enfin, à l’heure où l’on nie l’Histoire, où on la réécrit, où l’on déboulonne les statuts et où l’on change les mots des auteurs mondialement connus et respectés… Tout est possible ! Même l’impossible. Les Juifs, lors de la dernière guerre, victimes du nazisme, pensaient qu’il était impossible que la France les « vende », que la France les « lâche », que la France les sacrifie… et pourtant près de 75.000 d’entre eux ont été gazés. Ça donne des frissons, non ? Vous pensez que je me suis éloignée de mon sujet et que je mélange tout. En fait, non. Appliqué à d’autres sphères, il faut s’attendre à des erreurs magistrales de la part de nos gouvernants. Les pires sont possibles. Toutes sont possibles. Triste tableau !

mon potager auto suffisant

Mon potager auto suffisant d’Alexis Surre

Avec les réseaux sociaux, où chacun prend la parole, persuadé de détenir la vérité, on (nous, le gros de la troupe, des communs) pense que l’on est libres ! Tartuferie ! Rien ne nous rend plus esclaves que les échanges de bas étages qui sont légion sur les réseaux sociaux. Parlons du droit de vote (qui, selon moi devrait être une obligation de vote, un jour de semaine, pendant les heures de travail)… Nous pensons qu’il nous donne des droits. Que nenni ! Notre actuel président a été élu par moins de 25% des Français, est-ce normal ? Pire, même élu par 55% des Français, il faudrait entendre ce que disent les gens dans les rues à propos de sa brutalité, de sa gouvernance royale et verticale et la demande de changement au profit d’une démocratie participative. Un jour, peut-être. En attendant, rangez vos casseroles et vos sifflets, désormais interdits ! On va où là ???
En attendant, c’est le bordel et la peur gagne petit à petit toutes les strates du pays. Pendant la pandémie, jamais les petites maisons paumées dans nos campagnes n’ont autant été vendues. Pourquoi ? Parce qu’il y a un jardin ! Parce qu’il y a une potentielle autonomie ! Et, nous voilà de retour à mon sujet : deux livres essentiels !

Mon potager auto-suffisant d’Alexis Surre

Le premier, « Mon potager auto-suffisant » signé par Alexis Surre dit @the_gentleman_farmer, décrit par le menu comment cultiver un potager à raison de 2 heures de boulot hebdomadaire. Ce jardinier du week-end et apiculteur autodidacte partage toutes ses recettes, ruses et techniques. Son livre est formidable. Il enseignerait à un enfant de 5 ans comment faire. Donc si vous êtes plus âgé.e.s, ce devrait être OK pour vous. Avec ses techniques 100% bio, faciles à mettre en place et suivies mois par mois, vous pourrez nourrir votre famille en bons produits… Presque gratuits. Un peu d’eau, de terre et de temps… La table des matières est pleine de bons sens : La terre de votre potager, le calendrier du potager, la sélection des légumes et des aromatiques, les maladies, les outils et, les abeilles, qu’il faut absolument protéger. La meilleure façon consistant à leur offrir un espace plein de fleurs et sans pesticides.

Vivre autonome, le survivalisme à la française de Salsa Bertin

vivre autonome. Survivalisme à la française.

Vivre autonome. Le survivalisme à la française.

Le second, « Vivre autonome » signé par Salsa Bertin, va encore plus loin. L’auteure parle de survivalisme à la française. Et, ce n’est pas rien. C’est en la lisant que j’ai décidé d’introduire mon article en parlant de tous les nuages stagnants au-dessus de nos têtes. Salsa parle de la liberté ! Pour elle, à juste titre, France et Liberté sont des quasi-synonymes, tant, dit-elle, la Liberté est constitutive de l’Histoire de notre pays. Dès son premier chapitre : La Catastrophe qui vient ? Gouverner, c’est prévoir… Se posent les questions sur nos gouvernants et leurs capacités de décision et surtout sur leurs champs décisionnel, forcément orienté vers leurs propres intérêts. Dans son livre Salsa Bertin appelle à la résistance utile, féconde, réaliste, productive de solutions. Elle parle d’autonomie circulaire, de permaculture, de réseautage. Elle consacre un chapitre entier à l’eau. Fondamentale et dont il devient plus qu’urgent de conscientiser la valeur. Elle parle de la Terre, qui ne ment pas et peut-être nourricière si on la respecte. Puis, elle aborde le potager, la conservation, le pain… Avant d’arriver à la maison !

Deux livres phares pour produire à manger et se mettre à l’abri si les cieux s’assombrissent. Et même s’ils ne s’assombrissent pas. Il n’est pas question pour moi ici de me transformer en Cassandre et de prédire un destin français ou planétaire. Et comme le dit Paul Claudel : « le pire n’est jamais sûr. » Mais il est plus sûr d’imaginer le pire avec des solutions. Ces deux livres en sont. Judith Lossmann

 

 

 


INFORMATIONS PRATIQUES

Mon potager auto-suffisant d’Alexis Surre chez Leduc. 22€. ISBN : 9791028527815

Vivre autonome, survivalisme à la française de Salas Bertin, aux éditions Jean-Cyrille Godefroy. 22€. ISBN : 9782865533312

Luttes féministes à travers le monde

Les femmes, les filles, les minorités et diversités de genre du monde entier continuent à subir aujourd’hui des violations de leurs droits humains, et ce tout au long de leur vie. En dépit d’objectifs ambitieux que se sont fixés les États pour parvenir à l’égalité de genre, leur réalisation n’a à ce jour jamais été réellement prioritaire.
Les progrès réalisés au cours des dernières décennies l’ont essentiellement été grâce aux mouvements féministes, aux militantes et aux penseur.ses. Aujourd’hui, la nouvelle génération de féministes innove et donne l’espoir de faire bouger les lignes par son inclusivité et la convergence des luttes qu’elle prône.
Cet ouvrage intergénérationnel propose un aperçu pédagogique à la thématique de l’égalité de genre, des luttes féministes et des droits des femmes, dans une perspective historique, pluridisciplinaire et transnationale. Ses objectifs sont multiples : informer et sensibiliser, puisque l’égalité n’est pas acquise et que les retours en arrière sont possibles et mobiliser, en faisant comprendre que l’égalité est l’affaire de toutes et de tous.

LES AUTEURES

Fanny Benedetti, membre fondatrice d’ONU Femmes France, est juriste experte en matière de genre et droits humains. Lorelei Colin et Julie Rousseau sont spécialistes en relations internationales et diversité, genre et inclusion. Toutes trois sont des militantes féministes convaincues œuvrant au sein d’ONG. Elles abordent les thèmes avec des « lunettes de genre » particulières. Affiliées chacune à des courants féministes différents, elles parlent dans cet ouvrage d’une seule voix.

MAP STORIES

Rien ne symbolise autant les voyages que les cartes !

Passionné.e.s de voyages, on adore les cartes. Les anciennes cartes du monde, dessinées par les géographes des temps anciens. Des cartes avec leurs erreurs de relief, de côtes, de frontières. Des cartes portant des noms qui nous disent vaguement quelque chose. La Perse… c’était quoi la Perse ? Et pourquoi l’Iran désormais ? Idem pour certaines villes. Byzance devint Constantinople avant de devenir Istanbul. Paris fut Lutèce. Saint Petersbourg devint Petrograd puis Lénigrad pour redevenir St Petersbourg.

En voilà des chemins à suivre dans ce livre Map Stories qui narre la vie des cartes de toutes provenances et de toutes époques. C’est une baroudeuse professionnelle, Francisca Mattéoli qui nous propose cette belle aventure géographique au fil d’une vingtaine de récits sur les lieux qui l’ont marquée.


INFORMATIONS PRATIQUES

Map Stories par Francisca Mattéoli, éditions EPA – 39,95€

Un psaume pour les recyclés sauvages de Becky Chambers

Ou une histoire de moine et de robot dont on ne sait trop qui est le moine de qui est le robot.

De plus en plus souvent, je m’entends dire, en parlant d’un concept, d’une idée, d’une façon de voir l’avenir : « c’est très 21e siècle ! ». Ma façon intime de qualifier les premières conséquences de ce 21eme siècle âgé à peine du quart de sa longévité et donc toujours empreint du mode de réflexion de son prédécesseur et largement représenté par une majorité d’habitants nés au 20e siècle. Des gens qui disent : « C’était mieux avant. » « De mon temps… » « Non, mais t’as vu ça… Ces revendications à la con ?! »
Allez, l’autodérision n’ayant jamais fait de mal à personne, je vais rire de moi-même. C’est toujours salutaire. Moi, la première… Je me désespère de ces revendications. Pourquoi vouloir à tout prix exprimer son homosexualité ? Son transgenre ? Sa sexualité multiple ? Sa race ? Sa couleur ? En quoi tout ceci nous (les hétérosexuels nés homme ou femme et désireux de le rester) regarde-t-il ? Que cachent ces revendications, cette inclusion ? Quel besoin ? Quelle nécessité ?

Dans ma (déjà longue) histoire de vie, je suis certaine de n’avoir jamais été moqueuse, anxieuse, critique envers un ou une gay, un ou une transgenre, un ou une handicapé. Je n’ai jamais compris à quel moment les mots nain.e, sourd.e, aveugle, noir.e sont devenus des insultes. Quand blanc ne l’est pas (Je fais juste remarquer au passage parce que dans les faits je m’en contrefiche de cette revendication). J’ai toujours réagi violemment (en mots) à cette hypocrisie sociale qui fait nommer les éboueurs… des techniciens de surface, les caissières … des hôtesses de caisse et les standardistes… des hôtesses d’accueil téléphoniques. Comme si l’on voulait, transformant l’image mentale, transformer le fond. Une hérésie de plus. Une caissière fait le même métier qu’une hôtesse de caisse mais « on » réussit à lui faire croire que le second est plus valorisant que le premier. Flatterie !? Ça marche toujours.

Quelle émotion, quel but, quel intérêt commande aux politiques et à leurs corollaires sociaux de « dorer la pilule » aux gens, au point qu’ils s’en contentent voire en sont fiers et qu’ils oublient de regarder là où ça fait mal. Pourquoi ceux qui gouvernent ne peuvent-ils le faire sans recourir aux vils instincts ? Personne, pas une, pas un qui voudrait « gouverner » par le haut. Par l’intelligence partagée, par la communauté, par l’esprit, par… Allez je lâche le mot qui pue, par et avec conscience ?! Bref, les gens de pouvoir prennent les petites gens sans pouvoir pour des cons et ceci depuis que le Monde est Monde. Et, jusqu’à ce que tous, nous fassions ensemble, notre révolution de conscience, il y aura toujours des gouvernants avec leurs abus de pouvoir et des gouvernés qui plieront l’échine pour ne pas risquer de perdre le peu qu’ils possèdent. La loi du talion. Le pot de fer contre le pot de terre. De la chair à canons. Les « ressources » humaines au sens du droit de vie ou de mort fut-il démocratique ! Nommez cela comme il vous (en)-(dé) chante !

Je me suis fort éloignée du Psaume pour les recyclés sauvages de Becky Chambers là non ?

Et bien pas tant que cela ! C’est à la lecture des premières pages de ce livre que me sont venues ces aigreurs intellectuelles. Je me suis dit :  » Punaise, jusque-là ! La revendication des minorités va venir m’emmerder jusque-là !  » Quelques pages et j’ai refermé le livre avec son « iel », ses « froeurs », ses dieux multiples qui règnent sur la conscience des robots. Ses moines. Les laïcs, les écologiaires, les cosmistes, les charismistes, les essentialistes. Nous sommes sur Panga. Un temps où les robots servaient les humains. Suivi d’un temps où ils prirent tout le travail des hommes qui en avaient pourtant bien besoin. Puis, d’un temps où leur porte-parole a expliqué aux humains que les robots refusaient d’intégrer la société humaine. Qu’ils n’en avaient pas grand-chose à faire du statut de citoyens libres. « Nous vous remercions, dirent-ils, de ne pas nous contraindre à rester ici, et, même si votre proposition nous touche, nous souhaitons quitter vos villes afin d’observer ce qui n’est pas une création : la nature sauvage.»

Pour ma part, dit Frère Gil, dans Le Grand Saut : rétrospective spirituelle de l’ère des usines et des débuts de la Transition : « À quelque dieu que soit due la conscience des robots, je crois qu’il est raisonnable de se tourner vers le dieu des mystères. Après tout, comme le garantissait la Promesse de Séparation, nous n’avons plus jamais eu aucun contact avec des robots. Nous ne pouvons leur demander ce qu’ils pensent de tout cela. Nous l’ignorerons sans doute toujours. »

Et, j’ai rouvert le livre, intriguée par cette société humaine (enfin je crois…) représentée par Dex, un froeur parvenu à un moment de sa vie où il doit absolument foutre le camp de la ville. Et le voilà qui enfourche son vélo-maison pour vendre du thé au mug sur les places publiques des jolies campagnes. Et, il entend les grillons, sent la pluie, respire l’ozone de l’herbe coupée, rencontre d’autres iels.

Et, le charme de ce monde agit. Et l’on veut savoir où le conduit cette poésie. Nulle part peut-être mais quelle importance. C’est le chemin qui compte n’est-ce pas ? Pas la destination. Sur la route, iel s’étonne d’objets manufacturés encore en place, de découvertes en la personne des araignées-pommes et j’en passe.

Au fil de ses pérégrinations, il va faire des rencontres interdites. Je ne vous en dis pas plus.

Lisez ce livre gracieux d’une auteure riche, généreuse, cultivée. Une ode à la poésie, à la beauté, à la réflexion, à l’étonnement. Une écriture lumineuse comme un matin d’été. Une vision optimiste d’une planète fertile qui a réussi à échapper au pire. Délicieux et enchanteur, Ce psaume pour les recyclés sauvages gomme toute la première partie de ma chronique. C’est bon ça ! Une pépite « très 21e siècle » dont notre société a grand besoin. Judith Lossmann


INFORMATIONS PRATIQUES

Un psaume pour les recyclés sauvages de Becky Chambers aux éditions L’Atalante – ISBN : 9791036001192 – PRIX : NC