lundi 21 septembre 2026
Morlaix ! Du tunnel aux murs, le street art se saisit de la ville…

Morlaix ! Du tunnel aux murs, le street art se saisit de la ville…

Un funiculaire qui ne circula jamais. Un tunnel purement et simplement oublié pendant plus d’un siècle. Des dragons sous terre. 80 fresques à ciel ouvert. À Morlaix, le street art est devenu la plus belle façon de découvrir la ville.

Tout commence par une porte. Belle, monumentale, mystérieuse. Elle s’ouvre sur le parvis de la gare de Morlaix. Et derrière elle, littéralement, le visiteur plonge sous terre. Quelques envolées de marches. Quelques mètres encore et l’on change d’époque et d’atmosphère. Non, en fait, on change de monde.

Oeuvre mise en scène dans le Tunnel de Morlaix.

Un petit coin à découvrir dans le Tunnel de Morlaix.

Bienvenue dans le tunnel du funiculaire de Morlaix

Un tunnel qui possède une particularité assez réjouissante pour qui aime les histoires contrariées : le funiculaire pour lequel il a été construit n’a jamais existé.
Au début du XXe siècle, pourtant, l’idée était excellente. Morlaix est une ville encaissée entre deux versants très abrupts. La gare, elle, domine la vallée. Pour les voyageurs de l’époque, chargés de malles et de bagages — sans roulettes ! — rejoindre les trains depuis le centre-ville supposait notamment d’affronter la fameuse rue des Cent-Marches.
Ingénieux ingénieurs… On imagine donc un funiculaire capable de relier le bas et le haut de la cité en quelques minutes. Quelle merveilleuse idée ! Une idée qui, d’ailleurs, ne serait peut-être pas complètement absurde aujourd’hui. Bref !

Les travaux débutent en mai 1905. Une première galerie pilote, d’à peine quatre mètres carrés de section, est percée dans la roche avant l’élargissement du tunnel. Le chantier est difficile, connaît une interruption, change d’entrepreneur. La voûte est finalement achevée le 1er mai 1908. Environ 155 mètres ont été creusés sous Morlaix.
Et puis… rien.
Ou presque.
L’argent vient à manquer. Les projets de reprise échouent. La Première Guerre mondiale passe par là. Le développement de la route change également la donne. La Société du Funiculaire finit par être liquidée en 1933.

Et il ne reste de cette idée vertigineuse que le souvenir des hommes qui ont passé des mois à ouvrir un passage dans le schiste zébré de la roche pour un voyage qui n’aura jamais lieu ! Heureusement, le tunnel, lui, demeure.
Mais il faudra attendre plus d’un siècle pour que quelqu’un lui invente enfin une destination.

Zag, initiateur des fresques à Morlaix pose dans la seconde partie du Tunnel de Morlaix. ©JAL

Zag, initiateur des fresques à Morlaix pose dans la seconde partie du Tunnel de Morlaix. ©JAL

Zag ou l’art de regarder autrement

Ce quelqu’un, c’est Zag.
Le street-artiste vit à Morlaix depuis plus de vingt ans. Son histoire avec la ville commence presque comme une provocation. Il repère un escalier de l’ancienne Manufacture des tabacs et décide de le peindre. Sans autorisation, à l’origine.
Ainsi naît La Morlaisienne.
L’œuvre plaît, circule, fait parler. Le graffiti sauvage devient peu à peu patrimoine local. Des conventions apparaissent, d’autres artistes sont invités, puis vient, en 2019, le premier Morlaix Arts Tour. Zag raconte lui-même avoir voulu ouvrir aux autres artistes les supports qu’il avait obtenus et leur garantir une condition essentielle : la liberté de création.
Depuis, avec l’association Takad Grafañ, dont il assure la direction artistique du festival, Zag a attiré à Morlaix des artistes français et internationaux et construit, année après année, un parcours qui dépasse largement quelques murs décorés.

Il fallait sans doute quelqu’un habitué à regarder autrement les murs pour s’intéresser à ce tunnel oublié. En avril 2025, pour la première fois, il est véritablement ouvert au public dans le cadre du Morlaix Arts Tour. L’association Takad Grafañ a signé avec la Ville de Morlaix une convention lui en confiant l’exploitation pour trois ans.
Et Zag ne s’est évidemment pas contenté d’allumer la lumière.

Dans le fond du Tunnel de Morlaix, se révèle le Dragon d'Ezra. ©JAL

Dans le fond du Tunnel de Morlaix, se révèle le Dragon d’Ezra. ©JAL

Des dragons dans l’ancien funiculaire

L’exposition porte un nom qui annonce la couleur : « Obsidian, la légende du Dragon ».

Sept artistes investissent le tunnel : Bond Truluv, Tramber, Akhine, Guy Denning, Manolo Chrétien, Scaf et Ezra. Peintures, anamorphoses, installations utilisent la roche, les volumes et la pénombre plutôt que de tenter de les faire oublier.
Et au milieu surgit un dragon.
Celui d’Ezra mesure quelque douze mètres de long, sept mètres d’envergure et quatre mètres de haut. Un animal totémique et monumental, construit à partir de matériaux de récupération, tapi dans un tunnel qui devait autrefois recevoir des voyageurs et des machines.

J’aime assez l’ironie de l’histoire. Le funiculaire n’est jamais venu. Les dragons, si.
Mais réduire la visite à cette spectaculaire apparition serait passer à côté de l’essentiel.
Car le tunnel n’est pas une attraction isolée. Il est la porte d’entrée vers quelque chose de beaucoup plus vaste : Morlaix elle-même.

Remonter à la lumière… et continuer la visite

Une oeuvre majeure représentant un ange masculin sur une croix trône dans l'obscurité du Tunnel de Morlaix.

Une oeuvre majeure représentant un ange masculin sur une croix trône dans l’obscurité du Tunnel de Morlaix. ©JAL

Une fois ressorti du tunnel, il suffit en effet de descendre vers la ville. Et de lever les yeux, au-delà du sublime viaduc. Sur les pignons, les escaliers, les façades, parfois là où on ne les attend pas, apparaissent les œuvres du Morlaix Arts Tour. Certaines occupent plusieurs étages. D’autres jouent avec l’architecture. Certaines imposent leur présence de loin, quand d’autres se laissent découvrir au détour d’une venelle.

La ville et ses alentours comptent désormais plus de 80 fresques monumentales. L’Office de tourisme lui-même propose des visites consacrées au street art et au tunnel.

En ce sens, Morlaix possède quelque chose de particulier. Le street art s’est glissé dans une cité déjà extraordinairement graphique. Il faut imaginer les maisons à pans de bois et les maisons à pondalez, les venelles qui grimpent, les escaliers, le port, l’ancienne Manufacture des tabacs, les deux étages d’arches du grand viaduc de granit…

Et au milieu de tout cela, des œuvres contemporaines gigantesques. Le XVIe siècle rencontre le XXIe sans demander la permission au XIXe. Et le résultat fonctionne étonnamment bien.

Morlaix, ville de fresques ?

On visite Morlaix pour son viaduc, son centre historique ou ses maisons anciennes. Et de plus en plus de touristes viennent, appareil photographique en main, pour ses murs. L’été 2026 a été marquant de ce point de vue. Interrogés, les visiteurs parlent du viaduc et des fresques.

Il faut dire que Morlaix possède désormais un parcours artistique que beaucoup d’autres villes cherchent à posséder : une autre manière de circuler ! D’une fresque à l’autre, le sentier de l’art urbain mural vous entraîne vers une rue où vous n’auriez pas pensé aller. Une autre vous fait grimper un escalier. Une troisième vous oblige à reculer pour comprendre l’image. Et chemin faisant, c’est toute la poésie de la ville que l’on découvre.

Qui plus est, aucun risque de se perdre ! Pour s’y retrouver, une application gratuite, hyper bien conçue, fourmillante d’informations et de détails, MX ART CONNECT, rassemble les œuvres, leur localisation, les artistes et différents parcours. On peut donc décider de suivre la carte… ou de la refermer et de jouer à chercher. Perso, je préfère la seconde méthode.

Une identité culturelle qui n’appartient qu’à Morlaix !

Il existe évidemment des destinations françaises célèbres pour leur street art. Mais Morlaix joue dans une autre catégorie. Plus petite, plus intime, plus improbable aussi. Et c’est précisément ce qui fait son charme.

À Morlaix, nul besoin de choisir entre patrimoine et création contemporaine. Le tunnel industriel abandonné devient un étonnant lieu d’exposition. Une ancienne Manufacture accueille une femme peinte sur ses marches. Des artistes internationaux installent leurs œuvres à quelques mètres de maisons vieilles de plusieurs siècles.

Et peu à peu se dessine une singularité bretonne à découvrir !

l'anamorphose d'un korrigan apparait sur les contremarches de l'escalier quand on quitte le tunnel de Morlaix. ©JAL

L’anamorphose d’un korrigan apparaît sur les contremarches de l’escalier quand on quitte le tunnel de Morlaix. ©JAL

Zag y est pour beaucoup. Il serait injuste de l’oublier derrière le succès du projet. Il a su voir le potentiel des murs de Morlaix bien avant qu’ils ne deviennent un parcours touristique. Aujourd’hui encore, il en demeure le moteur artistique, et ce qu’il a réussi à faire naître dépasse désormais son créateur. Et c’est Morlaix qui en bénéficie : en acceptant de ne pas se figer dans le passé, de ne pas transformer ses rues en décor figé, elle fait de son patrimoine la toile de fond de ce qui se crée aujourd’hui.

On le sait, les Parisiens sont souvent les derniers à monter sur la tour Eiffel. Les Morlaisiens semblent avoir le même travers : beaucoup ne sont toujours pas descendus visiter leur tunnel, alors que plus de 10 000 curieux venus de tous horizons ont déjà franchi la porte du dragon !

Attention à ne plus trop tarder. L’expo et la visite du tunnel dureront jusqu’en 2027 avant que les battants de la double porte de fer ne se referment — on l’espère, pas définitivement — sur cet espace surprenant.

Alors oui… commencez la visite sous terre. Allez voir ce tunnel creusé pour rien, ce funiculaire fantôme et les dragons qui l’habitent désormais. Puis ressortez. La véritable exposition commence sur les murs de Morlaix.


 

Avant de plonger dans la seconde partie du tunnel, une sublime fresque nous accueille.

Derrière ce coude dans le Schiste, apparaît le Tunnel de Morlaix dans toute la splendeur de son aménagement artistique.

Infos pratiques

  • Adresse : Parvis de la Gare, 29600 Morlaix [1, 2]
  • Horaires : Du mardi au vendredi de 10h à 18h (dernière entrée à 17h30) ; le samedi et le dimanche de 14h à 18h (dernière entrée à 17h30). Fermé le lundi. [1, 2]
  • Tarifs : 7 € par adulte (13 ans et plus), 3 € pour les enfants de 5 à 12 ans, et gratuit pour les moins de 5 ans. [1]
  • Accès : Sans réservation pour l’entrée simple sur place, avec une jauge limitée à 18 personnes en simultané dans le tunnel. Des visites guidées « Morlaix Arts Tour et Tunnel » incluant la découverte de la ville sont également proposées sur réservation auprès de l’Office de Tourisme de la Baie de Morlaix. [1, 2, 3, 4]


En savoir plus :
https://www.takad-grafan.bzh/?utm_source=chatgpt.com

 

Télécharger l’application MX ART CONNECT :
https://mxartstour.com/mx-art-connect?utm_source=chatgpt.com

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