mardi 4 août 2026

L’Étrange affaire Émilie Artois

Bien plus qu’une histoire de vol de carte bleue, l’Étrange affaire Émilie Artois nous plonge dans un thriller sanglant et oppressant, sur le chemin d’une fausse vérité.

Un jeu angoissant, une histoire sanglante

Elle attend patiemment dans l’interrogatoire. En apparence, Émilie Artois est une femme ravissante et inoffensive, avec son rouge à lèvre éclatant et sa magnifique crinière brune. L’affaire dans laquelle elle est impliquée paraît très banale : le vol de la carte bleue de son petit-ami. Mais elle cache finalement bien son jeu… Un jeu sanglant et glaçant.

Mais alors, faut-il la croire, elle, avec son visage d’ange ? Finalement, qui pose les questions ? Qui mène la danse dans cette histoire ? Au jeu du chat et de la souris, Émilie Artois excelle dans l’art de la rhétorique. Du répondant, du tac au tac. Les échanges entre les deux acteurs sont fluides et rebondissants. Émilie Artois nous surprend au fur et à mesure de la pièce. Mais quel rôle joue-t-elle ? Est-elle réellement sincère ? C’est à en devenir dingue ! Comme l’inspecteur, les spectateurs se méfient de cet étrange personnage hors du commun. Nous mène-t-elle en bateau… ?

L'Étrange affaire de Lucas Andrieu et d'Emma Baudoux

L’Étrange affaire de Lucas Andrieu et d’Emma Baudoux ©Fabienne Rappeneau

Et si toute cette histoire était fausse… ?

Tout au long de la pièce, on pensait tout découvrir, comprendre, savoir. On pensait cerner le personnage d’Émilie Artois, ses secrets, son double facette… Et si cette pièce n’était qu’une illusion ? Nous sommes dans le faux depuis le début. Une chute impressionnante, un retournement de situation éblouissant… La fin est inattendue.

Jusqu’à présent, nous n’avons presque pas parlé de l’inspecteur et pourtant, derrière ses airs de jeune homme sensible et peu sûr de lui, se cache une personne trèèèèèès dangereuse ! Une fois de plus, l’habit de fait pas le moine.

Cette pièce ne cesse de surprendre et de monter en crescendo ! Un duo de choc, un suspense insurmontable, une enquête rebondissante… Toutes les raisons sont bonnes pour voir ce magnifique spectacle !


Informations pratiques
L’Étrange affaire Émilie Artois de Lucas Andrieu et d’Emma Baudoux
Mise en scène par Damien Dufour
Avec Lucas Andrieu et Éléna El Ghaoui
Du 04 juin au 29 septembre 2019
Théâtre de la Contrescarpe
5, rue de Blainville
Paris 75005

 

Cyrano joué par trois femmes

C’est une première : le célèbre poète romantique Cyrano représenté par trois femmes sur scène. Une magnifique représentation de la comédie dramatique culte d’Edmond Rostand.

Cyrano de Bastien Ossart

Cyrano de Bastien Ossart ©Fabienne Rappeneau

On connaît tous la tragique histoire d’amour de Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand (1897) et sa grande tirade sur son GROS nez. Cette comédie dramatique a été interprétée à de multiples reprises au théâtre, en bande-dessiné, à l’opéra et au cinéma comme le film de renom avec Gérard Depardieu en 1990. Alors on pourrait dire « Cyrano, c’est du vu et du déjà vu« . Et pourtant, Cyrano représenté par trois femmes, c’est ici une grande première !

La pièce Cyrano de Bastien Ossart, c’est trois femmes sur scène, un décor très sombre et simpliste et des costumes bariolés. Une mise en scène parfaite : d’une habilité surprenante, les comédiennes alternent à tour de rôle le personnage de Cyrano, un homme de lettres aussi instruit que romantique. Passer de Cyrano à la belle et douce Roxanne, en passant par le sot de Christian n’est pas chose simple et pourtant, nos trois merveilleuses comédiennes le font avec beaucoup de talent. Tout est joué dans l’exagération et la caricature du personnage de Cyrano. Des grimaces effrayantes, des rires diaboliques, des gestuelles superflues… Et surtout, on ne cesse de se focaliser sur ce GROS nez, si grotesque et imposant. Un nez bien atroce. Un réel plaisir de découvrir une nouvelle représentation de cette comédie dramatique.

Une pièce culte jouée par trois talentueuses comédiennes, on en redemande encore !


Cyrano de Bastien Ossart

Cyrano de Bastien Ossart ©Fabienne Rappeneau

Informations pratiques

Cyrano
De Bastien Ossart
Avec Iana-Serena De Freitas, Lucie Delpierre, Nataly Florez en alternance avec Marjorie Larquier
A partir du 9 Juillet 2019
Théâtre Le Funambule
53, rue des Saules
75018 Paris
www.funambule-montmartre.com

Bertrand Constant incarne Charles Péguy

Jouer Charles Péguy n’est pas chose simple et pourtant, Bertrand Constant incarne le personnage à merveille. Seul sur scène, le comédien nous conte l’histoire de ce formidable écrivain français du XXème siècle. Un biopic touchant et enrichissant.

Bertrand Constant nous plonge dans l’univers de Charles Péguy, l’écrivain, essayiste et poète français que l’on connaît, au moment où un jeune journaliste, un peu maladroit, se présente pour dresser son portrait. Nous sommes en Août 1914, Péguy ferme définitivement les Cahiers de la Quinzaine – la revue qu’il a fondée – pour partir à la guerre.

Sur la scène commence alors un long voyage dans les souvenirs de Charles Péguy. De son enfance à son départ le jour même, Péguy se raconte et raconte ce qui l’a fondé. Dès son enfance, il se passionne pour les lettres. Issu d’une famille de la classe ouvrière, il attache une grande importance à l’école et à l’enseignement. Persévérant et ambitieux, il passe trois fois le concours de l’ENS pour être enfin reçu en 1894. Tout au long de sa vie, il n’a cessé d’être un personnage atypique.

L’homme public

Charles Péguy est connu pour ses engagements politiques et ses prises de position sur l’Affaire Dreyfus dans laquelle il prend le parti du capitaine, accusé d’espionnage… Péguy c’est aussi le désir d’unifier le socialisme français, un humanisme de premier plan. Considéré comme un dissident de son époque, Péguy est resté fidèle à ses convictions…

Voilà tout ce que nous raconte Bertrand Constant, un comédien talentueux qui incarne Péguy et une kyrielle d’autres personnages sur le principe du flash-back qui vient illustrer les souvenirs.


Informations pratiques : 

Charles Péguy, le visionnaire de Samuel Bartholin, avec Bertrand Constant

peguy affiche

 

Théâtre de la Contrescarpe

5 Rue Blainville, 75005 Paris

Tél. 01 42 01 81 88

••• vendredis et samedis à 21h30 (du 23 mars au 30 juin 2018)

••• dimanches à 17h (du 6 mai au 1er juillet 2018)

Durée du spectacle : 1h10

Réservation sur : http://www.theatredelacontrescarpe.fr/charles-peguy-le-visionnaire

 

Lire Charles Péguy : Jeanne d’Arc, Domrémy (1897) – Le Mystère des Saints-Innocents (1912).

Pas d’souci, une pièce de théâtre de Philippe Fertray

Depuis trois ans, Philippe Fertray enflamme le Théâtre de la Contrescarpe… Ou plutôt, il enflamme la langue française ! « Pas d’souci », « c’est juste trop bien ! », « j’ai envie de dire »… L’humoriste dit stop aux abus de langage, sur le ton de l’humour…

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Judith Lossmann : Dans le noir absolu, une « chose » assez informe pénètre sur scène par la droite. Une masse dont le visage, telle une luciole géante, est éclairé par une lampe de mineur. Dans une sorte de grommellement indistinct, la « chose » se déleste de sacs, cabas, valises, glacière portable. Et la chose devient un homme. Un drôle d’homme. Un hybride entre le Baba-Cool des années 1968 et le SDF qui balade sa maison et tout son fatras sur son dos.
Comme Caroline (lire ci-dessous), je me demande ce que je suis venue faire dans ce minuscule théâtre après avoir traversé tout Paris, d’Ouest en Est sous la neige. Il suffit à Philippe Fertray d’ouvrir la bouche pour me faire comprendre que j’ai bien fait. D’une tirade à l’autres, articulée au hachoir à viande motorisé, l’acteur-auteur-comique y va de son show déroutant sur l’usage abusif des mots sans sens. À l’affiche : « juste », « voilà », « du coup »… Très vite, il « dérape » sur d’autres usages. Fait la peau à Tristine Angoisse (à mourir de rire tant la caricature est juste). Dresse le portrait des Chinois et des Japonais visitant la ville-lumière à la vitesse de la lumière justement.
Pas d’souci cartonne depuis des années. Philippe rectifie de ci, de là et colle aux actualités, n’empêche le fond est là. Et le fond est d’une intelligence rare. Ce spectacle est exceptionnel. Le « louper » serait une erreur ! Allez je conclus : Ben voilà c’était seulement génial du coup !

Caroline M’zali : Quand Philippe Fertray monte sur scène dans le noir total avec une lampe torche sur le front, on se dit  » Mais dans quoi me suis-je embarquée ?  » L’humoriste ne laisse pas le temps au public de situer la scène : il enchaîne directement sur les expressions utilisées à mauvais escient. Vous les entendez souvent à la télé, à la radio… Et même dans la bouche de vos proches ! « Ça va être compliqué », « moins de compétitivité »… Tout cela n’a aucun sens. Mais d’où viennent ses fautes incurables que nous entendons à longueur de journée ? Avec beaucoup d’humour, Philippe Fertray nous fait revoir la langue française. Un spectacle à hurler de rire ! Alors j’ai envie de dire… « C’était juste génial ! »

Revisiter la langue sur le ton de l’humour, c’est à faire au moins une fois dans sa vie !


Informations pratiques : 

Néandertal l’expo
Du 28 mars 2018 au 7 janvier 2019

Musée de l’Homme
17 place du Trocadéro Paris

Plein tarif : 12€
Tarif réduit : 9€
Informations : 01 44 05 72 72

www.exponeandertal.fr

Bérénice de Racine, une tragédie classique diffusée sur France Culture

France Culture et la Comédie-Française collaborent sur la diffusion de diverses pièces de théâtre à la radio. De Tintin à Bérénice, le projet est étonnant et didactique !

L’œuvre de Racine, un classique immuable et si moderne

Durant la Rome antique, Titus succède au trône de Vespasien. Depuis presque cinq ans, il est fou amoureux de Bérénice, Reine de Palestine. Leur amour, logiquement, devrait déboucher sur un mariage, mais… Il fallait forcément un « mais » ! La venue de cette nouvelle Reine au trône de Rome inquiète le peuple et l’entourage impérial soumet Titus à un chantage : régner sans Bérénice pour conserver de bonnes relations politiques ou bien régner avec elle, au risque de créer des conflits. Un tourment amoureux auquel s’ajoute l’amour supposé caché d’Antiochus, roi de Commagène, fidèle ami de Titus, envers Bérénice. Lui aussi doit faire un choix : s’exiler pour l’oublier ou vivre près d’elle et dans le silence de ses sentiments. Un formidable trio tourmenté par l’amour et le sens du devoir.

Des comédiens de talent et des musiciens envoûtants

Douceur des vers en alexandrin et voix mélodieuses des acteurs nous transportent. Fermons les yeux pour vibrer au timbre de leur voix. Celle de Bérénice, jouée par Clothilde de Bayser, donne à son interprétation un caractère tellement émouvant qu’elle pleure et met les larmes aux yeux au public. Très grand moment de cette lecture publique, quand les larmes ruisselaient sur les joues de l’actrice. Impossible de résister au charme de sa voix. De même pour Titus, interprété par Eric Génovèse. Une prestation impressionnante.

Notons l’accompagnement musicale et la douceur du viole de gambe joué par Nima Ben David, le rythme enivrant de la luth jouée par Miguel Henri, les merveilleuses mélodies des percussions jouées par Michèle Claude.

Une magnifique pièce orchestrée par Eric Ruf, Blandine Masson et Christophe Hocké.

Mars & Vénus, pour le meilleur et pour le rire…

La comédie aux 1000 représentations est de retour à Paris et en tournée dans toute la France pour le plus grand plaisir des adeptes du rire. « Chéri range tes chaussettes ! » ; « Chérie, où as-tu mis la télécommande ? » Autant de petites phrases qui rythment ce monde merveilleux de la vie de couple.

Pourquoi Madame se pose des milliers de questions, pourquoi Monsieur s’en moque, comment fait-elle pour se plaindre tout le temps, d’où vient cette manie de Monsieur de se vanter à tout bout de champ ? Mars et Vénus, c’est la vie de couple revue et corrigée entre frustrations, malentendus, quiproquos et autres situations délirantes à admirer et partager le temps d’une soirée.

Il est parfois difficile de qualifier des prestations tant elles frôlent l’excellence. C’est le cas de cette petite pièce d’une heure et de ses deux comédiens. Il n’est rien de plus difficile que de faire rire et c’est ce pari audacieux que relève brillement la pièce Mars & Vénus incarnée par Thom Trondel et Mélanie Belamy.
La pièce met en lumière nos petits travers qui, volontairement grossis, génèrent le rire d’une assemblée qui les identifie aisément. Qui n’a jamais pesté contre son partenaire pour une malheureuse histoire de match de foot ou pour une sombre histoire de temps d’attente pour l’accès à la salle de bain… Mars & Vénus met ainsi en avant nos plus belles scènes de ménage ainsi que nos petits secrets de l’élaboration du couple jusqu’à la nuit de noce.

C’est également une pièce qui a cette capacité incroyable à nous mettre en mouvement par le rire. On en ressort grandit et dans un sens remué par ce que l’on a vu et entendu car on réalise que Mars & Vénus, c’est nous. Au final, à quoi sert-il de générer des conflits pour un rien alors que chaque instant est si précieux et une fois perdu, il l’est à jamais ? Pour rependre la très belle citation de Donato Carrisi : « On nous apprend à compter les secondes, les minutes, les heures, les jours, les années… mais personne ne nous explique la valeur d’un instant. »

Alors certes on rit, on s’amuse, on s’esclaffe de bon cœur mais on apprend aussi. Il est donc vrai que c’est une bouffée d’oxygène, un moment d’échange et de partage pour le meilleur et pour le rire mais c’est également en grossissant les situations que l’on apprend à se regarder droit dans les yeux, et à faire face grâce au rire à son propre reflet.

Lina Lamara se déchaîne sur scène dans La Clef de Gaïa

Sur scène elle est son propre personnage Gaïa et Mouima, sa grand-mère chérie et adorée… Orchestré autour des relations intimes entres les deux femmes, Lina Lamara nous livre de larges bribes de son enfance et adolescence entre Algérie traditionnelle en Algérie et modernisme occidentale. Entre spectacle, musique et chant, son histoire est drôle et palpitante.

Lina Lamara, la comédienne et Pierre Delaup, le guitariste sont déjà confortablement installés sur scène lorsque les spectateurs entrent dans la salle. Du rarement vu ! Les lumières s’éteignent. Place au spectacle !

Depuis qu’elle est toute petite, Gaïa rêve de devenir chanteuse de soul. Sa grand-mère Mouima ne comprend pas… ou ne veut pas comprendre. Elle aimerait que sa petite-fille suive les traditions familiales… Mais Gaïa tient tête. Elle est déterminée et ambitieuse. Elle casse les codes et vit sa vie comme bon lui semble.

Lina fait son show. Lina se donne intensément sur scène. Sa présence est incroyable et son dynamisme enjoué. Son rire, ses mimiques… ce bout de femme nous fait fondre le cœur et nous confie son enfance et son adolescence. Entre, rires et peines, humour et fantaisies, on se laisse mener par le bout du nez dans l’univers riche et coloré de cette jolie fable.

On aime sa voix mélodieuse quand elle chante accompagnée à la guitare par Pierre, un musicien talentueux, bien dans son rôle de timide, histoire de braquer la lumière sur Gaia. Un mélange de soul et de musique orientale à vous coller des frissons !

Une belle leçon de vie, sensible et juste, dont la morale pourrait être : « tout s’arrange avec une orange ! »