mercredi 8 décembre 2021

Cappadoce & Montgolfières

Cappadoce & Montgolfières

Cheminées des fées. Anatolie. Montgolfière. Villages troglodytes. Berceau du christianisme oriental. Tels sont les mots clefs d’une des plus belles régions de Turquie, la divine Cappadoce ! Allez, prêts à embarquer dans le panier de notre montgolfière ?!

Les montgolfières volent au-dessus de Gorëme et font vibrer toute une ville sous leur charme. ©Judith Lossmann

La Cappadoce d’en bas

À peine posé à Kayseri, on roule, on roule… dans une région façonnée par les volcans. Et puis soudain, c’est là. Une dominante rose orangé. On entre dans l’espace du parc national de Gorëme, dans le règne du tuffeau, une pierre sableuse dont l’érosion, rapide, ébauche des sculptures géantes. Il faut arriver en fin d’après-midi quand rien n’illumine autant la beauté des lieux que les rayons du ponant au moment où ils caressent les masses minérales et donnent à la couche de sable en surface une épaisseur et une vie à part.
Ici, se dressent des champs de sculptures phalliques dessinées par des millénaires de vent, polies par des milliards de gouttelettes d’eau de pluie, aiguisées par des tempêtes de sable. L’œuvre de Dame Nature !
Les cheminées des fées ?! Un choc visuel. On reste pantois. On ne sait où poser les yeux. Là, au sommet d’une tour où s’ébroue un oiseau. Ou là-bas dans les entrailles ce bloc où, parait-il, se cache une église ? Ou bien derrière les fûts de pierre, dans cette ombre portée élancée, filiforme qui fait passer notre silhouette pour un mauvais dessin.
Au même titre qu’une rencontre amoureuse, c’est dans le ressenti physique et l’Art naturel que s’expriment les émotions. Le parc en fin de journée, alors que les dernières voix des touristes s’éloignent vers la sortie, semble être pour soi-seul. C’est comme si l’on entendait parler les fées. Un chuintement permanent, une langue inconnue, une Fourchelangue pourtant compréhensible. Celle de la beauté à l’état pur, celle d’un temps d’avant quand, les hommes dominés par la Nature, la respectait comme une Déesse. Peut-être est-ce elle que l’on entend murmurer ? Aller savoir… Son chant minéral, en tout cas, est une ode à la contemplation. Que faire d’autre devant ce silence, ces couleurs, ces montagnes, ces horizons et ces étranges sculptures dont on craint la fragilité, que de regarder en silence, de se plonger dans les vides et d’essayer de les emporter avec soi, autrement qu’en photo.

 

La Cappadoce d’en haut

La ville de Gorëme sous une pluie de montgolfières au petit matin. ©Judith Lossmann

Dur ce réveil à 4h30 du matin. La nuit trop courte s’éternise dans le bus qui conduit dans le silence, la quinzaine de personnes emmitouflées dans des doudounes, des cache-nez, des gants, la tête dodelinant au rythme des ornières. Un stop et nous voilà chacun doté d’une box petit-déjeuner. À 5h du matin pas le cœur à manger des chips. Un café serait bienvenu. On arrive sur une immense esplanade de sable, des vagues contreforts couleur du ciel et de l’horizon ferment ce cirque. Comme dans un film, où l’on aurait eu les yeux bandés, nous ne voyons rien ou presque. À peine de minuscules silhouettes actives autour d’énormes ventilateurs. Dans le jour naissant, telles des baleines éventrées, les gigantesques ballons couchés sur le sol frétillent de recevoir l’air qui les fera monter. Puis, le bruit caractéristique du propane en feu et la lumière jaillit, éclairant le temps d’un éclair, la scène d’un film à grand budget… Nous nous croyions seuls. Et là, sur des centaines de mètres carrés des équipes par dizaines s’activent chacune autour de leur nacelle. Et dans le bruit des souffleurs d’air électriques et celui de propane qui s’échappe en flammes, doucement, très doucement, les ballons prennent vie. Le premier est le nôtre. Il grandit. Grossit. Se décolle lentement. Puis, tel un vieillard fatigué, il donne un sévère coup de rein et se redresse de toute sa hauteur, droit et fier, prêt à nous embarquer. Nous, les premiers nous faufilons dans le panier d’osier compartimenté format « ogre » qui va nous servir de plancher des vaches pendant plus d’une heure. On ne peut pas s’empêcher de penser à la sécurité. Sont sûrs d’avoir tout vérifié, j’espère !? Allez, grimpons sur un escabeau, enjambons les rebords. Je m’installe dans un angle. Bonne place. Je patiente. À côté, l’embarquement dans d’autres montgolfières est plus rapide. Dans la fureur des gaz lâchés, les nacelles montent. En dehors de ce son si caractéristiques, c’est le silence. La couleur des toiles s’illumine de l’intérieur à chaque lancée de propane. Les ballons montent vite. Puis, c’est le nôtre. À peine un soubresaut et nous voilà arrachés à l’attraction terrestre. Dans la nacelle, on s’accroche au bord avant de vite lâcher, rassurés par le pilotage hors pair. On vole, on s’envole, on monte, on domine les cheminées des fées, on passe au raz des maisons, au raz des rochers, au raz des plantations, on vole à deux centimètres de la canopée, arrachant parfois une feuille ou deux. On monte en même temps que le soleil. Quand l’astre enfin éclaire la scène, nous sommes au paradis. Du sol, tel des générations spontanées de champignons géants et colorés, des dizaines et des dizaines de montgolfières s’arrachent du sol. C’est une danse. C’est un poème. C’est un délice. C’est fabuleux. L’immortalité de la pierre mêlée à une vie frissonnante, celle des ballons, donnent à admirer un tableau de maître impressionniste. Un moment de pure magie céleste ! Que notre Terre est belle !

Dommage, les montgolfières se posent. ©Judith Lossmann

Dommage, les montgolfières se posent !

Alors… Oui, il faudra redescendre, oui il faudra marcher à nouveau. Oui, nous aurons droit à un atterrissage délicat et d’une précision exemplaire, posés que nous sommes, au centimètre près, au centre d’une remorque attelée à un camion. Oui, nous aurons notre brevet et oui nous aurons le champagne sans alcool à 8 h du matin. Mais, perso, je serai bien restée la journée là-haut à vouvoyez les nuages. Au point d’avoir envie de relire séance tenante « 5 semaines en ballon » de Jules Verne. Tout a une fin et heureusement c’est cela qui donne de la valeur aux instants. Celui-ci est à inscrire dans sa liste des « À faire absolument avant d’arrêter de vivre ». Je vous souhaite de cocher cette case.

Vice-versa, recto-verso

Hier en haut, ce matin en bas. Retenez de vous lever à l’aube, si sait-on jamais, votre hôtel oubliait de vous le dire. Tout le spectacle de la veille au matin va s’inverser. Hier, vous regardiez en bas, aujourd’hui, il faudra regarder en haut. Admirer les centaines de montgolfières jouer avec le vent et les rayons du soleil, s’amuser à raser les toits de hôtels, friser l’atterrissage d’urgence au bord de la piscine. Voire, se poser sur l’une des places publiques de Gorëme, le temps d’un clin d’œil avant de repartir attaquer les cieux. Ils sont taquins ces pilotes et aiment par-dessus tout montrer leur savoir-faire et leur passion. Tout ce que l’on voit d’en haut, s’admire d’en bas. Les photographes sont aux anges et ne savent où donner de l’objectif. Vous voilà prévenus. Pour la petite histoire, on ne m’avait rien dit et je me suis retrouvée … en nuisette et rien d’autre, à grelotter de froid pour courir prendre des clichés de cette pluie inversée de grosses lucioles…

Poétiques. Romantiques. Sensationnelles. Indissociables l’une de l’autre, la Cappadoce et les montgolfières s’enrichissent l’une l’autre et méritent un séjour de découvertes et de sensations qui sera, à coup sûr, inoubliable.
Judith Lossmann


INFORMATIONS PRATIQUES LA VIE EST BELLE VOYAGES

 

AVANT DE PARTIR

Toutes les infos sur : turquietourisme.ktb.gov.tr

https://goturkiye.com/

A LIRE AVANT DE PARTIR
Guide du Routard

BON À SAVOIR
Dispense de visa pour un séjour touristique ne dépassant pas 90 jours, sur une période de 180 jours, à compter du jour d’entrée en Turquie. Le séjour peut être continu ou fractionné. Pour un séjour de plus de 90 jours, visa obligatoire.
La carte nationale d’identité suffit, mais mieux vaut être muni d’un passeport (tous deux valables au moins 150 jours après la date d’entrée sur le territoire turc). Si vous entrez avec une carte d’identité, la douane vous remet un justificatif que vous devez conserver avec vous en permanence pour le présenter à la sortie du pays.

  • Meilleures saisons : les intersaisons : mai-juin ou septembre-octobre.
  • Durée de vol direct depuis Paris : 3h30.
  • Décalage horaire : + 1h

Y ALLER ?
Comme toujours, le voyage commence avec la compagnie nationale.
Donc avec Turkish Airlines. Une excellente compagnie, des avions propres, des rangs pas trop serrés, wifi à bord (note : à peine 4/10), films récents, plateau repas. Au départ de CDG, Terminal 2- www.turkishairlines.com

Vols domestiques vers la Cappadoce au départ d’Istanbul : avec la Compagnie Pegasus – www.flypgs.com

GUIDE ?
Ahmet Balci – Français/Anglais/Turc – Tel. +90 533 353 96 55 – Prévoir 100 €/J

THE PLACE TO BE ?
La nacelle d’une montgolfière au soleil levant…

DORMIR EN CAPPADOCE
Hôtel troglodyte (Cave Hôtel) – Aydınlı Mah, Yavuz Sk. No:1, 50180 Göreme/Nevşehir Merkez/Nevşehir – Tel. +90 384 271 25 31

MANGER EN CAPPADOCE
Il y a pléthore de restaurants en Cappadoce. Tous bons voire excellents…
  • Seten Anatolia (juste à côté de l’hôtel Kelebek) avec sa belle terrasse sur la ville de Gorëme propose une carte gourmande riches de délices culinaires – Aydınlı Mah, Aydınlı Sk. No:42, 50180 Göreme/Nevşehir Merkez/Nevşehir – Tel. +903842713025 – www.setenrestaurant.com/
  • Keyif – Aydınlı Orta Mahalle, Belediye Cd. No: 9 D:5, 50180 Göreme/Nevşehir Merkez/Nevşehir – Tel. +90 384 271 23 53 – www.keyifrestaurant.com
  • Yunak Houses – Restaurant/hôtel 4* (très beau, la façade fait penser à Petra en Jordanie) – Musaefendi, Balcı Sk., 50400 Ürgüp/Nevşehir – Tel.+903843416920- www.yunak.com
  • Tafana Restaurant – Musaefendi, Balcı Sk., 50400 Ürgüp/Nevşehir – Tel.+90 384 341 69 20
  • Bala Per restaurant – Çavuşin Köyü Yolu, 50500 Çavuşin/Avanos/Nevşehir – Tel. +90 532 359 74 50 – www.balaperrestaurant.com

Vol de nuit… ©Judith Lossmann

ACTIVITÉS :

  • Vol en montgolfière – Sky Way – www.skywayballons.com – Pilote : Emre Ersoy – info@skywayballoons.com
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