Si un géant avait jeté des cailloux dans l’Atlantique au large du Maroc, il aurait créé l’Archipel des Canaries. L’un des plus petits de ces cailloux serait La Gomera. Un îlot aride au climat subtropical en bord de mer et forestier, brumeux et frais sur les sommets (1487m) où la pluie est horizontale !

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Les pieds dans l’océan, la tête dans une mer de nuages

Là-haut, dans un brouillard quasi permanent prospèrent des milliers d’arbres, fringants spécimens rares, issus du Tertiaire. Forêts de lauriers, fougères arborescentes… Soixante cinq espèces d’arbres endémiques protégées au cœur d’un parc National déclaré patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1986 et nommé Garajonay. Un nom venu du fond des âges. D’une légende à la Roméo et Juliette propre à La Gomera. Ici, Juliette c’est Gara, une princesse. Jona, un prince d’une famille adverse. Ils s’enfuient pour vivre leur amour mais rattrapés, ils choisissent de s’empaler chacun à l’extrémité d’une branche, pour se rejoindre dans un ultime baiser avant de mourir. Voilà pour l’ambiance générale…

Sur cette île aux sommets brouillardeux, les légendes sont légions. Il faut dire que les troncs torsadés par les rafales de vents, les couleurs diluées par la brume, le lichen envahissant et tombant, les bruyères géantes, la dominante grise opaque des hauteurs sont des invitations à la rêverie. La raison sans doute à ce « rond de sorcières » à Laguna Grande où, une fois par an au moins les « humains » sont conviés pour une danse en l’honneur de l’esprit de la forêt et de la nature.

Dans les quelques maisons rurales, à louer au mois pour une poignées d’euros, on s’imagine volontiers assis au coin d’un feu crépitant à écrire des contes et légendes dont l’action pourrait se situer quelque part là-haut dans le Nord, en Écosse à Inverness, aux confins du monde dans les contrées chères à Winterfell et à la Maison Stark.

Le choix des randonnées est vaste et parfaitement orchestré depuis le Centre d’informations du parc, mais si vous ne devez en faire qu’une seule, choisissez la balade pédestre nommée El Cedro qui vous fera passer devant Lourdes Ermitage, un arbre source, des châtaigniers et serpenter au cœur d’une forêt préservée comme tous les environnements de La Gomera placés sous la protection de la Red Canaria de Espacios Naturales Protegidos : Benchijigua, la Puntallana, le parc naturel de Majona, le parc rural de Valle Gran Rey et le paysage protégé d’Orone.

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La Gomera, paradis des naturalistes

La Gomera, véritable paradis pour les naturalistes, est toute entière, y compris la capitale San Sebastien, une réserve de la biosphère reconnue par l’Unesco depuis 2012. Une exception mondiale. C’est le seul territoire sur la planète à bénéficier de ce titre pour 100% de sa « surface ».

Vous le remarquerez très vite : entre la plage et la mer de nuage : 10° de différence ! Il ne pleut pratiquement jamais à La Gomera, pourtant l’humidité sur les sommets atteints des records. L’explication est double. Les hauteurs ralentissent le passage des nuages comme chacun sait, gorgés d’eau. Cette eau, les Gomeros parlent de pluie horizontale, est recueillie par les plantes, les troncs, les feuilles. À ce phénomène s’ajoute la condensation de la vapeur d’eau due à la différence de température entre les côtes et les sommets qui augmente considérablement la quantité d’eau dans le sol.
Par conséquence, la végétation profite de cet apport d’eau engendré par ce cycle et conserve les feuillages durant toute l’année.
Normalement dans les forêts la mousse sur les troncs d’arbres est au Nord mais ici la mousse recouvre la totalité des troncs. Ne comptez donc pas sur ce moyen pour vous repérer si vous êtes perdu. Comptez plutôt sur la pratique du sifflement, le «Silbo».

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Le Silbo : un langage millénaire !

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Le silbo : un langage sifflé. Classé au patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco depuis 2009, le Silbo est enseigné à l’école dès 5 ans et nécessite 10 ans d’étude ! C’est une matière obligatoire au BAC. Le silbo de la Gomera est une des rares langues sifflées au monde. Elle a été inventée par les Guanches, premiers habitants de l’île, pour permettre une meilleure communication d’une vallée à l’autre lorsqu’il n’y avait pas d’autres moyens efficaces. Sa portée est estimée à environ cinq kilomètres.
Des démonstrations de silbo sont organisées quotidiennement au restaurant Mirador de Abrante avec sa terrasse de verre qui surplombe le vide ! Les serveurs s’amusent à cacher les objets des touristes. Pour le siffleur qui n’a pas assisté aux dissimulations, il s’agit alors de réattribuer à chacun son objet grâce aux indications sifflées communiquées par son collègue. Ça marche à tous les coups !
Une fois par an se tient le très célèbre Festival des Siffleurs.

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Une gastronomie locale très particulière

À peine plus de 20.000 habitants se partagent la petite île de près de 370 km2. Et ils l’aiment leur Gomera. Jaime (dites Raïmé) par exemple, y est né. En a parcouru dès son plus jeune âge les routes escarpées, où souvent le vide est à gauche et à droite de la voiture. Plus tard, il emprunta ces routes avec un camion de livraison. Il faut oser ! Aujourd’hui, il « fait » le taxi. A mon sens, le taxi le plus sûr de l’île (notez ses coordonnées dans les infos pratiques).
L’avantage avec Jaime c’est qu’il connaît la moindre parcelle de la Gomera, les points de vue d’exception, les bons restaurants… Certes, il vous conseillera de déguster les spécialités locales pour lesquelles il faut compter avec une petite période d’adaptation.
Comme le Goffio, une farine de maïs toastée ajoutée dans les soupes telle le Potaje de Berros, un cresson local qui pousse au bord des cours d’eau. Sûr que ça vous tient au corps ! À suivre le Corteza del Puerco, de la peau de cochon grillée, enrobée de farine. On aime ou on n’aime pas. Le ragout de chèvre d’une tendreté jamais égalée. Le porc aux pois chiche, le Garbanzas. Délicieux, les poulpes, les poissons, les fruits de mer et surtout les inconditionnelles Patatas à la « arrugadas ». Une micro production de pommes de terre jaune à la peau noire. Cuites dans une grande quantité d’eau salée jusqu’à évaporation, elles présentent une peau toute ridée où le sel a laissé un dépôt. Savoureuses avec les indispensables Mojo Verde ou Moja Piquente, deux sauces présentes sur toutes les tables. La verte à base de coriandre, la rouge de piments. On peut arroser les repas avec un vin local issu d’un petit vignoble, qui se teste, ne serait-ce que pour leur faire plaisir.
On finit par un dessert, le Leche asada, du lait rôti, un Quesillo ou un Frangollo suivi d’un Leche-Leche, un café au lait concentré sucré, sucré… une régalade. Ou avec un Corto-Corto, un expresso servi avec un verre plein de glaçons dans lequel on transvase le café. Étonnant et surtout très rafraîchissant.
Bien d’autres productions locales restent à découvrir notamment le mal nommé « miel de palme », un genre de sirop d’érable mais de palme, quelques liqueurs typiques comme la Parras, une grappa avec du jus de palme, des fromages de chèvre pimentés vendus en bocaux de verre… Et bien sûr des produits à base de bananes (platano) puisque la base de l’île est toute entière dédiée aux bananeraies.

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