Interview d’Arthur Hopfner, auteur de Prends ma force !

Posted on juin 06, 2018, 12:44
15 mins

C’est la suite d’une histoire époustouflante et riche en émotions. Arthur Hopfner poursuit les aventures de Jacques Mandrier, un ancien commando de la marine, drogué à l’adrénaline. Nous avons rencontré l’auteur du livre, un personnage atypique au grand coeur… A découvrir tout de suite !

Caroline M’zali : Première question… C’est vous, Jacques Mandrier ? Qu’est-ce qui vous différencie de ce personnage fictif ?

Arthur Hopfner : Oui, en grande partie ! J’écris à la première personne, avec mes ressentis, mes valeurs, mes expériences de vie. A chaque situation, je fais réagir Jacques comme je le ferais moi-même. A l’époque, on m’avait demandé d’écrire une autobiographie. Je n’ai pas voulu le faire. Je voulais plus m’orienter vers le roman, ce qui me permet de jouer entre le réel et la fiction et seuls ceux qui ont vécu les événements savent ce qui est vrai et ce qui est le fruit de mon imagination.

C.M. : Pourquoi avez-vous fait le choix d’un récit au présent plutôt qu’au passé simple ?

A.H. : Pour les émotions ! La peur, l’adrénaline… Je dois me sentir dans l’action. Après, tel un souffle, tout redescend.

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C.M. : Vous avez été vous-même commando marine. Quelles sensations ressent-on lorsqu’on doit quitter ceux qu’on aime pour partir en mission ? Est-ce difficile de mentir à ceux qu’on aime pour les protéger ? Comment mène-t-on une « double vie » sans se perdre ?

A.M. : Lorsqu’on part en mission, il y a un mélange de sentiments ! Lorsqu’on est jeune et célibataire, on est concentré, prêt à partir aux quatre coins du monde sans se poser beaucoup de questions. Puis lorsqu’on est marié et pire encore avec des enfants, la donne change. Il y a de la tristesse et un sentiment de culpabilité, mais de l’autre côté cette envie de repartir, d’aller combattre pour ces valeurs auxquelles nous croyons. Mais on a, au fond de nous, leurs images et quelque part cette image nous oblige à être encore plus prudent, plus réfléchi, plus posé, parce qu’on se sait attendu, aimé. Lorsqu’on part il faut très vite laisser l’affectif sur le tarmac, se transformer en combattant, avoir tous les sens en éveil. Mais il y a ces visages, ils sont là, présent! Quant aux mensonges, aux non-dits, ils sont essentiels. Nous nous devons de protéger ceux que nous aimons, au sens large du terme. Mais dès que l’on repose le pied sur le sol français, qu’on retrouve les nôtres, nos amis, qu’on retourne à nos clubs de rugby, d’escalade, on redevient un citoyen comme un autre et on laisse derrière nous ce que l’on a pu voir ([des choses] pas toujours très [belles]). Mais nous avons besoin de cette adrénaline, de sortir de notre zone de confort.

 

 

C.M. : P. 46 :  » […] Les banlieues sont devenus des zones de non-droit, alors plutôt que de rester derrière nos ordinateurs à refaire le monde, on nous donne la possibilité d’agir et de lutter à notre manière contre le terrorisme […] « . Cette phrase est-elle une « pic » pour ceux qui regardent la France s’affaiblir sans agir ? Comment rétablir l’ordre dans les cités selon vous ? Pensez-vous qu’un jour, certains « jeunes » se réveilleront pour libérer la France de cette oppression ?

A.H. : C’est surtout une pic vers ceux qui font la guerre assis bien au chaud et en sécurité derrière leur [ordinateur] ! Ces types qui insultent tous les Arabes, qui insultent les [policiers], les politiques, qui donnent des leçons à tout le monde en disant qu’ils faut tout renverser. C’est surtout eux que je pointe du doigt. Sur Facebook, il y en a des milliers [de personnes] comme ça ! Ce sont les mêmes qui marchent la tête basse en ville et ne vont pas donner leur siège à une femme enceinte ou une personne âgée dans le métro. Pour remettre de l’ordre dans les cités, il faut vraiment une volonté politique. Il faut tenir le terrain, les halls d’immeuble, désorganiser les réseaux, ne pas avoir peur des dommages collatéraux ! Il faut savoir que dans une cité ce sont 100-200 personnes qui règnent en maître. C’est sur eux qu’il faut frapper ! Il y a déjà dans les banlieues des jeunes qui commencent à en avoir marre. Ils sont encore une minorité.

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C.M. : P. 76 : « C’est terrible de voir cela en France, on a vraiment le sentiment d’être en guerre ». Selon vous, quelle serait la meilleure manière de combattre le terrorisme en France ?

A.H. : Il ne faut pas se voiler la face, le terrorisme gagne chaque jour une bataille. En effet, toutes nos vies sont modifiées, nous ne faisons plus rien comme avant (entrée au concert, stade, administration). Nous devenons tous plus méfiants les uns envers les autres. Des millions d’euros sont dépensés pour des installations, des mesures ! Toutes les écoles, toutes les entreprises sont sensibilisés au risque terroriste. La terreur présente ou latente est bien là, donc le terroriste a gagné ! Que faire? Je ne maîtrise pas toutes les alliances entres les états, les ventes d’armes, les accords commerciaux, mais si déjà on frappait fort… Il ne faut plus avoir peur de l’opinion publique, des biens pensants qui se disent que chaque terroriste a le droit d’être jugé ! Les victimes avaient le droit de vivre, elles ne demandaient rien et elles sont mortes. Il y avait des [catholiques], des musulmans, des juifs, des noirs, des chinois… Ce qui prouve bien que ces actes ne sont pas religieux, puisqu’il est interdit pour un musulman d’en tuer un autre. Oui il faut frapper fort, expulser les doubles nationalités, refuser le retour sur notre sol de ceux qui sont partis faire le jihad, qu’ils soient tout d’abord jugé par le pays où ils se trouvent. Il faut entrer dans les banlieues, rechercher les caches d’armes, infiltrer toutes les mosquées, écouter les prêches et si ce dernier est tendancieux, ne pas faire de cadeau. Condamner ou expulser ! Les peines doivent être fermes et sans remise de peine. Isoler oui ! Surtout isoler des autres détenus.

 

 

C.M. : Jacques tue accidentellement un jeune de cité… Il y a comme un mélange de l’affaire Théo (Aulnay-sous-Bois) et de l’affaire Martin (Lyon). Est-ce une coïncidence ?

A.H. : Oui et non ! C’est le reflet de notre société actuelle. Tout peut basculer très vite. La situation que je décris, je l’ai vécu, des jeunes qui « branchent », insultent alors que vous êtes en famille, entres amis ! Vous réagissez comment ? Pas facile ! Et puis cela peut finir en drame ! A Toulon, il y a eu une femme qui s’est faite insultée par un groupe de jeunes parce qu’elle était en shorty très court ! Ces jeunes qui ne connaissent rien à l’islam mais qui s’en servent quand cela les arrangent. Vous savez, tuer un ennemi au combat est une chose, tuer accidentellement un gamin cela doit être quelque chose d’horrible à vivre. A nouveau certains diront que dans les deux cas on retire une vie…

 

 

C.M. : P. 79 : « Profitons, soyons tous des fous de la vie, profitons de ces instants avec nos amis, notre famille, notre amour ». Est-ce la philosophie de Jacques… Ou la vôtre ?

A.H. : C’est la mienne… Donc celle de Jacques! Je vis chaque jour comme si je devais mourir demain. J’exagère, mais je pense vraiment qu’il faut savoir apprécier chaque instant de vie, ne se souvenir que des bonnes choses : un verre partagé avec un ami, le regard de sa femme au matin, dans la nuit, se lever pour juste regarder ses enfants dormir, les sentir en sécurité, sauter d’un avion en parachute, chuter, sentir le vent, se sentir vivant !! Et puis toujours avoir des rêves plein la tête ! Moi j’en ai tellement…

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C.M. : Le titre de votre livre Prends ma force ! est tiré de la lettre de Laëtitia en page 149… J’aurais parié qu’elle viendrait de Jacques. Donc finalement, la force vient-elle de l’amour ? Sans amour, Jacques aurait-il accompli autant d’exploits ?

A.H. : Eh oui, il est là tout le paradoxe et vous l’avez bien saisi ! Quand j’étais petit, je voulais réussir dans le sport, judo, rugby, natation, course, boxe pour les yeux de mon père, c’est son amour et la fierté que je lisais dans son regard qui me donnait la force de réussir. Aujourd’hui c’est dans les yeux de ceux que j’aime que je veux voir cette fierté et c’est leur amour qui me donne la force d’être capable de les protéger, de les guider d’être leur bouclier face aux dangers du quotidien ! Je vous le disais plus haut ! Lorsque je partais en mission, alors que j’étais déjà papa, c’est le regard de mes enfants que je voyais, celui de ma femme. C’est pour eux que je devais rentrer vivant. Donc être fort pour accomplir mes missions et c’est de leur amour que je tirais ma force ! C’est encore vrai aujourd’hui. D’ailleurs la couverture résume bien cela, cette femme derrière ce combattant.

 

 

C.M. : Avez-vous le projet d’écrire une suite ? Que va devenir Jacques ? Quand va-t-il enfin renoncer à sa « drogue » ?

A.H. : Oui j ai une suite de prévu… Le sixième tome.. Puisque Prends ma force ! est le volume 5 des histoires. Je n’ai pas la réponse à votre question car à titre personnel j’ai toujours besoin de ma dose d adrénaline..

Deux vies, une histoire… Prends ma force ! conte l’histoire de Jacques Mandrier, un commando de la marine. Tout comme son auteur, Jacques ne vit que pour ressentir des sensations fortes : amour, amitié, missions commandos… Il puise toute son énergie dans le regard de ses proches et surtout, de sa femme et de son fils… Un livre à lire sans modération !


Informations pratiques : 

Résumé :

Jacques Mandrier, ancien béret vert de la marine nationale, a enfin trouvé le bonheur et la paix auprès de sa femme Laetitia et de son fils 

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Michael. Il vit en Bretagne entouré de ses amis et pensait avoir définitivement déposé les armes. Mais voilà, partout en France ont lieu de nombreux attentats terroristes, les banlieues sont devenues des zones de non droit, les jeunes sont de plus en plus nombreux à partir en Syrie et Jacques ne supporte pas de voir son pays dans un tel état. Pour la première fois, il devra combattre sur son propre sol pour défendre notre liberté et son honneur.

A.Hopfner, Prends ma force, paru en janvier 2018 aux Éditions du Vénasque – 16 €

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