23e Rendez-vous de la bande dessinée à Amiens !

Posted on juin 07, 2018, 3:03
13 mins

En ce premier week-end de Juin se déroulait le 23e rendez-vous de la bande dessinée à Amiens. Cette exposition qui dure un mois est un évènement incontournable pour les passionnés de BD. À ne louper sous aucun prétexte.

festivalamiens panoramaexpo

Ce festival réunit chaque année de nombreux auteurs et attire de nombreux passionnés. Il se déroule désormais dans un nouveau lieu très caractéristique et atypique, entièrement réaménagé par les équipes de l’association « On a marché sur la bulle », près de la gare.

Cette 23e édition met à l’honneur un très grand auteur du 21e siècle : Zep, réalisateur de l’affiche de l’exposition et créateur, évidemment, de la bande dessinée Titeuf. Festival haut en couleurs, le festival accueille des expositions pour tous. Des jeunes enfants aux adultes.

Dans ce lieu de plus de 7000 mètres carrés, différents zones ont aménagées : de l’univers de Zep et de Tchô à celui de Bjorn ou celui de la conquête spatiale. Cette année beaucoup d’innovations ont été créées dont les modules de lecture transportable où les enfants pourront prendre place et déambuler dans les galeries.

Pour les plus jeunes, Matthieu Maudet a créé la boîte à album où tous se retrouvent pour lire des livres et créer des moments de partages et de joie. Les plus grands prennent, eux, la direction de l’exposition Tchô où un labyrinthe a vu le jour avec de nombreuses bandes dessinées présentes et des zones de jeux composés principalement de memory quizz.
Quant aux adultes ils ont leur espace dédié interdit au moins de 18 ans. Son titre vous dira tout : « I want your sex ».

festivalamiens theendexpo

Loin de la ferveur des rendez-vous des comics américains, le 23e rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens est un moment de convivialité à ne pas manquer. Nous avons eu la chance de rencontrer Zep, découvrez l’interview qu’il nous a accordée.

Interview de Zep :

festivalamiens inerviewzep

Vincent GASNIER :  Tout le monde vous connaît pour votre succès avec Titeuf mais vous n’êtes pas que ça, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Zep :
Je m’appelle Zep, j’ai 50 ans, je suis auteur de BD depuis mon plus jeune âge et j’ai réalisé The End qui est mon dernier album. C’est mon 53e album de BD et dans ces 53 albums il y a 15 albums de Titeuf, donc il y a aussi beaucoup d’autres choses.

V.G :
Quel a été l’élément déclencheur qui vous a amené à devenir écrivain et dessinateur ?

Z :
Dessinateur ?! Ça s’est fait dans ma petite enfance, j’adorais dessiner un peu comme tous les enfants. J’étais à la maison avec ma mère, j’avais du papier à volonté, je dessinais. Des fois ça tient à des choses comme ça. Donc il y avait du papier tant que je voulais et il y avait des bandes dessinées car mes parents en lisaient, ma grande sœur en lisait et donc assez naturellement j’ouvrais ces BD. Je trouvais ça fascinant car je ne savais pas lire encore mais j’essayais de recopier les dessins. Et ce qui me fascinait le plus c’était que ces dessins soient reliés avec une couverture en carton. C’est l’objet BD qui me fascinait. Chez nous, la BD était un objet quasi sacré.

Je rêvais de faire la même chose quand je serai grand. Un jour j’ai dessiné un bonhomme avec des lunettes et une moustache et il se trouve qu’il ressemblait à mon oncle. C’était involontaire, j’avais fait un bonhomme à moustache avec des lunettes et mon oncle avait une moustache et des lunettes (rires). Mes parents sont passés par là et on dit… oh mon Dieu, c’est tonton ! Ils ont affiché le dessin dans la cuisine. Il est resté là pendant des années je crois. Etre affiché dans la cuisine pour moi c’était comme être au Louvre. Je ne savais pas ce qu’était le Louvre de toute façon mais c’était le lieu où tout le monde passait et tout le monde voyait ce dessin. A chaque fois mes parents disaient « oui, c’est Philippe (Zep) qui l’a fait », donc je me suis dit « Putain… je suis dessinateur ! ».

V.G :
Comment avez-vous eu l’idée de créer la bande dessinée Titeuf ?

Z :
Je faisais beaucoup de bandes dessinées. J’avais déjà publié plusieurs albums qui n’avaient pas marché du tout alors je multipliais les projets. Je proposais beaucoup de BD aux éditeurs, aux magazines de BD. C’était dur, la bande dessinée était très en repli à ce moment-là par rapport à son âge d’or dans les années 50-60. La créativité n’était pas au top. On reprenait des vieux héros, on refaisait Black et Mortimer et Barbe Rouge, Tanguy et Laverdure. On a demandé à des nouveaux dessinateurs de reprendre des vieilles bandes dessinées. On me l’a aussi proposé mais je n’avais pas eu envie de faire ce métier pour reprendre des anciens titres. Je me suis questionné. Peut-être mettais-je trompé, que la bande dessinée que j’avais envie de faire, une bande dessinée de création, n’existait plus.

Il m’a fallu survivre. J’ai fait plein de boulots, de dessins, des affiches, des pochettes de disques, du dessin de presse, des sets de table pour les restaurant, j’avais des petits boulots de dessin qui me permettait de survivre. Puis j’ai eu envie de raconter mes souvenirs d’enfance parce que c’était une manière de dire adieu à cette promesse que je m’étais faite enfant d’être un dessinateur de BD quand je serai grand. J’ai commencé par dessiner mon quartier, mon école, ma maîtresse, mes copains de classe puis au moment de me dessiner moi, je me suis dis que j’allais avoir trois pauvres histoires à raconter avec mes souvenirs. Vite je serai bloqué. Alors j’ai utilisé ce petit bonhomme que j’avais trouvé pour un autre projet. Il avait une mèche sur la tête, une tête d’œuf. Je l’ai appelé Titeuf (P’tit œuf).

J’ai d’abord raconté trois-quatre histoires complètement autobiographiques puis après, grâce à la liberté de ce personnage, j’en ai racontées pleins. C’était un journal intime qui n’était pas destiné à être publié. Je l’ai en total free-style, juste avec des souvenirs d’enfance.

J’avais un souvenir de l’enfance à ce moment-là qui n’était ni Les Triplés, ni Boule & Bill. C’était une enfance avec des choses assez cruelles, assez dures et surtout une urgence que ça finisse. Je ne voulais pas rester enfant toute ma vie, je ne trouvais pas ça poétique. Je voulais passer à autre chose. C’est un âge où on ne peut presque rien faire de ce que l’on a envie de faire, on passe notre vie à l’école alors qu’on a envie de tout sauf d’être à l’école et moi j’étais très curieux comme Titeuf. Je me posais énormément de questions. J’avais envie de comprendre ce que l’on ne m’expliquait pas et je suis parti là-dessus. Avec Titeuf j’ai fait 5, 10, 20, 30 pages et je me suis dit « en fait c’est vachement mieux que les autres choses que j’ai faites » donc je l’ai proposé à des éditeurs. Tout le monde l’a refusé.

Pour finir je l’ai publié dans un petit fanzine à Genève et par chance un exemplaire s’est retrouvé chez Glénat qui était le seul éditeur chez qui je ne l’avais pas proposé. Car à l’époque c’était un éditeur de BD très loin du monde de Titeuf. Quelqu’un m’a appelé et m’a dit « j’ai lu ça, j’ai adoré. On fait un album » ce à quoi j’ai répondu « mais vous êtes sûr ? Personne n’en a voulu donc c’est que ça ne doit pas être bien ». Et voilà c’est parti comme ça.

V.G :
D’où vous vient toute cette inspiration ? Comment faites-vous pour vous renouveler sans cesse ?

Z :
C’est le fait de mélanger les genres, de changer d’album, de faire un album plus réaliste, un album plus grave, un album plus adulte, un album plus potache. Le fait de mélanger les genres fait que chaque album me repose du précédent et me titille pour le suivant. Je suis content chaque matin de me lever et d’aller dessiner et si je ne peux pas le faire et bien ça me manque. Je suis ici trois jours mais déjà dans le train j’ai noté pleins d’idées, je me réjouis d’être chez moi lundi pour travailler. Ce que j’aime c’est vraiment raconter des histoires et dessiner.

V.G :
Quels sont vos prochains projets ? Pensez-vous ressortir de nouvelles bandes dessinées comme Titeuf ou autres ?

Z :
Ah oui plein ! C’est ma vie donc je fais ça tout le temps, là j’ai commencé à travailler sur un prochain album qui sera Happy Sex 2 puis un nouveau Titeuf. Je note des histoires dans des cahiers, j’ai aussi un prochain projet réaliste, là je suis en train de terminer un album de science-fiction qui sera dessiné par Dominique Bertail, qui est un magnifique dessinateur réaliste.

V.G :
Si je vous dis « la vie est belle » que pouvez-vous me dire en 1 mot ?

Z :
La vie est belle et en plus ça ne dure pas toujours !

Un immense merci à Zep de nous avoir accordé cette interview.


Informations pratiques : 

Plus d’informations sur www.bd.amiens.com/festival/23es-rendez-vous-de-la-bande-dessinee-damiens-2018/

Leave a Reply

  • (not be published)